Deuil d'un enfant: des mots qui touchent

Deuil d'un enfant: des mots qui touchent
14 octobre 2016
On n’a pas idée de la douleur des parents qui perdent un enfant. Essayez de l’imaginer et vous en serez encore à des années-lumière.

Mon amie Chantal est en train de dégeler. Pendant que nous nous affairons à nos tâches quotidiennes, à nous inquiéter du changement d’huile qu’il faut faire faire et à mille autres choses sans importance, Chantal se remet du vent glacé qui a percuté sa vie et l’a laissée pantelante au milieu du décor vide. Après la touchante et aimante cérémonie d’adieu que nous avons faite à sa fille, après avoir été serrée par tous ses amis aimants et compatissants, Chantal a mal aux bras. Sa fille n’y viendra plus jamais.

On n’a pas idée de la douleur des parents qui perdent un enfant. Essayez de l’imaginer et vous en serez encore à des années-lumière. C’est peut-être à cause de cette douleur qu’on n’ose pas les approcher. On pense peut-être que d’en parler aggravera la blessure. Mais on se trompe. Ce qui fait mal, c’est le silence. Le néant. C’est déjà assez affreux de voir mourir un de ses enfants sans que la communauté le fasse disparaître en ne prononçant plus son nom. Si vous lui posez la question, Chantal vous dira qu’elle a deux enfants. Un grand qui fait son chemin et une fille qui n’est plus là...

C’est vrai de tous ceux qu’on a aimés et qui ne sont plus.

Je songe à Nathalie et Marc qui ont accompagné leur petite fille dans un combat perdu d’avance contre la mort. Je me souviens du silence qui les accueillait quand ils arrivaient quelque part pendant les mois qui ont suivi le décès de Théodora. Au bout de trois ou quatre mois, je m’étais avancée vers eux, la gorge nouée, avec le sentiment d’être ridicule et maladroite, pour leur dire que je pensais souvent à eux et à leur petite qui n’était plus. Alors que je regrettais déjà d’avoir fait ce pas, Marc m’avait prise dans ses bras avec un grand sourire et murmuré merci à l’oreille.

Au cœur de cette rentrée automnale, mille signes rappellent ceux et celles qu’on a aimés et qui ne sont plus. Une chanson qu’elle aimait, un jeu auquel elle excellait, sa couleur préférée, une robe qu’elle avait cousue pour nous... Prononcer le nom de ceux et celles qui nous ont quittés, dire leur joie et rappeler ces signes qui sont les leurs, tout cela n’a rien de morbide. Bien au contraire, c’est reconnaître la part qu’ils et elles ont eue dans notre vie, la place qu’ils tiennent encore dans nos cœurs. Surtout, c’est peut-être dire à ceux qui les ont aimés encore plus que nous : « Tu vois je ne l’ai pas oubliée... Elle n’a pas été effacée de la vie...»

Dans les mois qui viennent, ne doutez pas un seul instant que tous les Marc, Nathalie et Chantal pensent à leur petit. Pas tout le temps. Pas à chaque instant. Mais ils pensent à eux et espèrent que ceux et celles qu’ils ont aimés si profondément n’ont pas été effacés de la vie.

Cette année, à la prochaine sortie aux pommes ou rencontre familiale, si quelque chose vous rappelle ces enfants, dites-le. Dites-le à ceux et celles qui les ont aimés et pensent souvent à eux. Dites-le tout simplement.

Parce que ça aide les vivants.

 

Ce texte a été originalement publié sur le blogue de  France Paradis.

 

Photo : iStock.com/laflor

France Paradis
Orthopédagogue de formation, je présente des conférences et j’offre des ateliers en intervention psychosociale depuis de nombreuses années. J'aime aussi me définir comme une archéologue du sens des choses.
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Commentaires (13)

  1. Linda Laurence 15 octobre 2016 à 09 h 26 min
    Merci d'en qvoir parlé. C'est très important que les gens sachent que ce n'est pas d'en parler qui nous fait pleurer, c'est le manque de notre enfant.
  2. Karine 15 octobre 2016 à 22 h 13 min
    J'ai vécu le deuil périnatal et je vais vais retenir votre citation, c'est tout à fait cela, merci!
  3. Estelle 15 octobre 2016 à 20 h 20 min
    J'ai lu et relu ce message, étant mère et mamie, peut importe l'âge que nous avons et l'âge de nos enfants. Perdre un enfant fend notre coeur en mille miettes à tout jamais. A tous les jours, j'ai une pensée pour elle, des fois belle et des fois triste. Elle me manque énormément, son rire, la manière des fois de me dire "maman" et ces conseils qu'elle me donnait. Ma belle Christine "pitchounette" xxx
  4. Karine 15 octobre 2016 à 22 h 10 min
    Quel beau texte, touchant et tellement vrai. J'ai trop souvent l'impression d'être la seule à garder vivante le mémoire de mon ange et cela me fait mal. Merci de rappeler aux gens l'importance pour les parents d'entendre dire par les personnes de leur entourage qu'ils se souviennent et y pensent encore, c'est très aidant. Je t'aime mon petit ange xxx
  5. Lisette 15 octobre 2016 à 23 h 59 min
    Merci pour ce texte. C'est une PERLE! Un des plus beaux textes qui m'a été donné de lire sur le sujet. Je suis endeuillée depuis un an et quelques jours et je l'ai partagé et invité mes amis à le lire aussi pour mieux comprendre. Je trouve qu'il n'en tient qu'à nous, les parents endeuillés, de faire suivre les textes qui peuvent nous aider! Merci Madame Paradis d'avoir "dit" ce que nous n'arrivons pas à bien mettre en mots.
  6. Annie 16 octobre 2016 à 07 h 41 min
    Merci pour ce texte. Nous avons aussi perdu nos deux garçons après la naissance, le premier à six semaines de vie et le deuxième le jour de son premier anniversaire. C'était en 2009 et en 2011. Et oui, encore aujourd'hui, il m'arrive d'avoir "mal aux bras". La douleur est véritablement physique. Après avoir lu ce texte, mon amie Karine m'a envoyé un message pour me dire qu'elle pensait à nous et à nos petits cocos. Après toutes ces années, ils sont encore parmi nous, maman et papa endeuillés, et parmi ceux et celles qui nous aiment. Les mots de Karine ne me font pas plus de peine, bien au contraire puisque la peine est toujours présente. Ses mots mettent un baume sur mon cœur brisé et je sens que nous ne sommes pas seuls et que mes garçons ne sont pas et ne seront jamais oubliés, malgré leur court passage parmi nous.
  7. Estelle 16 octobre 2016 à 08 h 45 min
    Bonjour Annie, peux importe l'âge que nous avons et l'âge de nos enfants, on sent un vide extrême dans nos cœurs. Ma fille est décédée le 10 juin 2012 à l'âge de 37 ans, mère de deux jeunes enfants (4 et 7 ans). Une tumeur au cerveau non opérable. Je l'ai vu dégrader pendant un ans et demi. Ce moment là a été le plus atroce de ma vie. Pour garder les bons souvenirs d'elle, j'ai fait un belle album de photos débutant avec ma bedaine et finir avec les photos qu'elle a pris avec ces enfants sans avoir eu le temps d'aller les chercher. Elle sera toujours mon ange qui veille sur moi. Ça m'a fait du bien de raconter mon histoire de deuil. Annie si tu as le goût d'en jaser, fais moi signe... xx
  8. Linda 22 octobre 2016 à 17 h 28 min
    J'ai beaucoup de compassion pour vous. Moi j'en ai perdu un à l'âge de 28 ans mais si je perdais l'autre et bien je ne sais pas si j'y survivrais honnêtement. Oui la peine est et sera toujours présente, depuis 2012. Et non, c'est pas parce que les autres en parlent que j'ai plus de peine mais quand ils m'en parlent, ça m'émeut de voir qu'eux aussi ne l'ont pas oublié. Et en même temps, je ressens ce manque qui jamais ne changera. Il n'y a vraiment que les parents ayant vécu la perte d'un enfant pour nous comprendre. Les autres n'ont qu'un petit aperçu. Mais entendons-nous bien, ils sont très bien capables de compassion. Bonne continuité....malgré tout :(
  9. Estelle 22 octobre 2016 à 17 h 44 min
    Merci beaucoup pour votre beau message, Elle est décédée 2 jours avant son anniversaire de 37 ans, Tous les ans, on se réuni toutes la familles et ses amies depuis le secondaire qui on toujours resté près de nous. Nous fessons une envolée de ballons et écrivant dessus notre pensée pour elle. Nous vivons cette journée avec une grande tristesse et en même temps une joie que nous ne l'oublierons jamais. En 2017, cela va faire 5 ans. J'ai une chanson que nous avons fait jouer au crématorium je l'écoute tous les semaines, des fois j'ai de la peine et je pleure et d'autre fois je pense à elle je me dis que ces souffrances sont terminés même si elle me manque tous les jours. J'aimerais pouvoir te la faire parvenir...
  10. Danielle 16 octobre 2016 à 15 h 23 min
    Mon fils c'est enlevé la vie et, pas un jour ne passe s'en que j'y pense, et oui, qu'on en parle me permais de le sentir encore parmi les vivants (du moins dans nos cœurs) et ca me réconforte ❤️
  11. Jocelyne 16 octobre 2016 à 20 h 53 min
    Merci à ces personnes qui osent parler du deuil d'un enfant .J'ai donné naissance à un beau couple de jumeaux une toute petite fille qui va bien et à son petit frère qui est né après elle mais malheureusement il avait une malformation pulmonaire il a vécu que 2 jours il a été baptisé à l'hopital et on lui à donné le prénom de Henri nous avons eu énormément de chagrin on ne réalise pas ce qui vient de nous arriver mais il nous reste une toute petite poupée qui sera séparée de son frère nous ne l'avons jamais oublié même après 46 ans nous en parlons très souvent nous l'appelons Henri il sera toujours vivant dans notre coeur il est là haut et veille sur nous .
  12. François 22 octobre 2016 à 07 h 05 min
    Merci a vous tous je suis dans votre cas aussi et je serai amputée toute ma vie 💕 de mon fils jusqu'à ce que nous nous retrouvions courage ils sont tous près nous pour nous faire avancer.
  13. Busson 24 octobre 2016 à 07 h 12 min
    Texte très réaliste que l'on devrait faire lire à tous nos amis. J'ai perdu mon fils Gautier en 2013 et cela me fait toujours du bien quand on me parle de lui. Cela n'est pas douloureux au contraire ce qui est douloureux c'est le silence ou la gêne.

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