Maternité et anxiété: un problème trop négligé?

Maternité et anxiété: un problème trop négligé?
Par Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
18 août 2016
Selon une étude, les troubles anxieux seraient un problème de santé mentale plus répandu que la dépression post-partum.

Bien sûr, il est normal qu’une nouvelle maman s’inquiète et ressente de l’anxiété parfois. L’arrivée d’un bébé signifie un nouveau rôle et de nouvelles responsabilités. Cependant, lorsque l’anxiété devient excessive et nuit à la vie de tous les jours, on parle alors de troubles anxieux. Selon une étude réalisée en Colombie-Britannique, ce problème de santé mentale serait en fait plus répandu que la dépression post-partum.

Les chercheurs ont rencontré 310 femmes, de 6 à 8 semaines après la naissance de leur enfant. Selon leurs résultats, 18 % des femmes interrogées souffraient d’un trouble anxieux et 5 % d’une dépression majeure. Cela signifie que l’anxiété toucherait environ 3 fois plus de mères en période post-partum que la dépression.

Les sources d’anxiété sont en effet nombreuses chez les nouvelles mères. « Elles s’inquiètent de leurs compétences en tant que mère et de ce qui pourrait arriver à leur bébé, explique Nathalie Parent, psychologue, auteure et chargée de cours à l’Université Laval. Tout ce que les intervenants en périnatalité disent en prévention et en promotion de la santé des bébés risque également de faire augmenter l’anxiété des mères qui se sentent facilement coupables de faire ou de ne pas faire quelque chose. »

L’importance de dépister et d’en parler

Malheureusement, le milieu de la santé se concentrerait davantage sur le dépistage de la dépression que sur celui des troubles anxieux, soulignent les chercheurs. « Il y a de très bonnes raisons de porter attention à la dépression post-partum, mais cela se fait au détriment des troubles anxieux, explique Nicole Fairbrother, auteure principale de l’étude, dans une entrevue accordée à la CBC. Ce qui nous préoccupe, c’est que les femmes qui souffrent de troubles anxieux ne reçoivent peut-être pas le dépistage, l’évaluation et le traitement dont elles ont besoin parce que nous ne pensons pas à ces problèmes. »

De plus, les mères sont souvent réticentes à parler de leurs problèmes d’anxiété. Nicole Fairbrother cite d’ailleurs le cas d’une mère traitée pendant 2 ans sans succès pour une dépression parce qu’elle n’osait pas avouer qu’elle était en fait complètement terrifiée à l’idée qu’elle pourrait blesser son bébé.

Nicole Fairbrother rappelle donc l’importance de sensibiliser la population, c’est-à-dire les nouvelles mères, leur partenaire et les professionnels de la santé aux troubles anxieux.

Les médecins devraient en particulier dépister plus systématiquement les troubles anxieux, de la même façon qu’ils le font pour la dépression. « Cela ne signifie pas de prescrire systématiquement des médicaments, mais plutôt d’amener la mère à parler de ce qu’elle vit et de ce qu’elle ressent », souligne Nathalie Parent.

D’ailleurs, selon la psychologue, lorsqu’une mère fait quelques séances de thérapie, toute la famille s’en porte mieux, car l’anxiété travaillée en thérapie ne sera pas projetée sur les enfants. L’anxiété non traitée chez une mère peut en effet nuire aux interactions entre elle et son bébé. Cela peut alors affecter l’attachement. Par ailleurs, les mères anxieuses sont plus à risque de souffrir ensuite de dépression.

Mieux gérer l’anxiété

Au quotidien, Nathalie Parent suggère aux nouvelles mères les quelques gestes suivants pour mieux gérer leur anxiété :

  • demander l’aide des proches, autant pour les tâches du quotidien que pour les soins du bébé;
  • oser parler des émotions vécues et rencontrer des personnes qui vivent quelque chose de similaire pour briser l’isolement;
  • faire des exercices de détente et de relaxation;
  • sortir sans son bébé;
  • ne pas se mettre de la pression pour retrouver le corps d’avant la grossesse;
  • vivre le plus possible le moment présent.

Surtout, il faut accepter de parler de la maternité et des troubles de santé mentale. « La nouvelle maman a une image idéalisée de la maternité et elle veut y correspondre, remarque Nathalie Parent. Cela l’empêche de voir qu’elle peut vivre une certaine souffrance aussi. Malheureusement, même la société n’ose pas en parler… »


Kathleen Couillard est aussi l’auteure du blogue Maman Éprouvette.

Photo : iStock.com/onebluelight

Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
D'abord microbiologiste, je suis maintenant journaliste scientifique et maman. Je concilie donc, pour mon plus grand plaisir, science et maternité.
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Commentaires (2)

  1. Cynthia 19 août 2016 à 11 h 00 min
    Bonjour! Je suis très heureuse de tomber sur ce blogue ce matin...car c'est ce que j'ai vécu. Je suis tout à fait d'accord que le dépistage de l'anxiété devraient être aussi fait, au même titre que la dépression post-partum. Pour ma part, j'ai pris 2 ans à reconnaître que j'avais besoin d'aide, ce qui a eu pour effet d'augmenter mon anxiété et de nuire à ma santé...et voir même à mettre en doute si je désirais retomber enceinte pour 2e fois, par peur de revivre tout ça. Donc merci de mettre un peu de lumière sur ce problème!
  2. Geneviève 31 août 2016 à 20 h 33 min
    Bonjour, Contente de vous lire. Je suis maman d'une fille de 3 ans et d'un bébé de 5 semaines. Pour ma première, c'est vraiment l'anxiété qui a miné tout mon congé de maternité. Ça s'est traduit par de l'insomnie sévère et une anxiété très forte. J'ai été médicamentée pour l'anxiété. Par contre, tous ceux que j'ai consulté parlent de post-partum, et de dépression, alors que je vois une réelle différence entre les deux. Je n'avais pas du tout d'humeur dépressive. Seulement épuisement et anxiété. Et cette anxiété, j'ai l'impression qu'elle a affectée ma plus vieille, jusqu'à tout récemment. Notre relation en était empreinte, et elle semble vivre une certaine anxiété aussi. Je suis donc vraiment pour qu'on en parle davantage et que la distinction soit bien expliquée en prévision de la naissance.

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