Moins gaspiller, sans forcer à manger

Moins gaspiller, sans forcer à manger
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
10 mai 2016
Comment laisser les enfants manger à leur faim sans pour autant banaliser le gaspillage d’aliments? Voici des trucs pour y arriver.

Mon amie Élise écrit des livres pour enfants, et elle dessine des monstres qui pètent. Elle est super drôle et aussi souvent profonde dans ses réflexions. Avec elle, j’ai régulièrement des discussions intéressantes sur l’éducation des enfants. Comment faire en sorte qu’ils soient bien dans leur peau et avec les autres, comment leur transmettre de bonnes valeurs, etc. Et ce qui m’a donné l’idée de ce billet : comment laisser les enfants manger à leur faim sans pour autant banaliser le gaspillage d’aliments?

Deux concepts très importants qui peuvent parfois sembler en opposition, puisqu’on ne souhaite pas forcer les enfants à manger, mais qu’on n’aime pas non plus jeter de la nourriture.

Lorsqu’un enfant nous demande une pomme, il y a de fortes chances que nous acceptions. Mais s’il prend deux bouchées et la rejette ensuite, que fait-on? Au souper, que faire s’il touche à peine à son assiette?

En fait, c’est en amont qu’il faut agir, en prévenant le gaspillage autant qu’on peut. Voici des trucs pour y arriver.

Instaurer et respecter un horaire de repas et de collations

En planifiant 3 repas par jour en plus d’une collation le matin, une l’après-midi et possiblement une en soirée, on offre à l’enfant suffisamment d’occasions de manger pour qu’il ne développe pas une faim insupportable. Entre deux occasions de manger, qu’il ressente un peu la faim et qu’il apprenne à reconnaître cette sensation est positif. Cela serait impossible si on lui donnait quelque chose à manger toutes les heures ou presque.

On souhaite qu’il expérimente les petits gargouillis pour éviter qu’il pense que « ne plus être plein », c’est avoir faim.

Le grignotage entraîne souvent du gaspillage, parce qu’au fond, l’enfant n’a pas si faim pour la fameuse pomme ou le yogourt qu’il a demandés.

Questionner l’enfant sur sa faim

Les quantités d’aliments qu’un enfant mange sont difficiles à prévoir, car sa faim et son appétit varient constamment. Il n’est donc pas logique de lui servir toujours les mêmes portions. Personne n’est mieux placé que l’enfant lui-même pour savoir quelle quantité mettre dans son assiette. L’idéal est donc de lui demander s’il a une petite ou une grosse faim et de lui montrer son assiette à mesure qu’on y met de la nourriture. Il a son mot à dire. Et attention au réflexe de dire « voyons, ce n’est pas assez, tu vas en manger plus que ça! » ou « tu en as besoin de plus ». Il y a beaucoup de gaspillage occasionné par les yeux des parents plus grands que le ventre de l’enfant!

Servir de petites portions

Si la situation n’est pas propice à faire participer l’enfant au service de son assiette ou s’il y a des aliments nouveaux, on peut servir d’emblée des petites portions. Bien sûr, on rassure l’enfant qu’il pourra en avoir une deuxième portion s’il a encore faim. Les nouveaux aliments sont souvent la cause de gaspillage. Cela dit, il est important d’en servir quand même régulièrement. Si on se limite aux aliments connus et aimés de l’enfant en voulant éviter de gaspiller, on limite énormément le développement de ses goûts. Alors, on met une toute petite portion d’un nouvel aliment accompagnée d’une portion raisonnable des autres aliments du repas qu’il aime déjà.

Sensibiliser

Selon l’âge de l’enfant, on peut lui expliquer que plusieurs personnes travaillent très fort pour produire les aliments et les repas. Par respect pour eux, leur travail et la planète, il faut éviter de jeter de la nourriture pour rien. Ce n’est pas une raison pour se forcer à vider les assiettes, mais plutôt pour souligner l’importance de se demander si on a une petite ou une grosse faim.

Il est aussi important de sensibiliser les enfants à ne pas gaspiller même lorsqu’ils ont l’impression qu’il y a une abondance de nourriture (par exemple : les buffets, les fêtes où il y a beaucoup de nourriture, l’autocueillette de pommes). On voit trop souvent des enfants (et des adultes) croquer dans une pomme au verger pour y goûter, puis la laisser tomber pour goûter à une autre. Le respect des aliments est essentiel pour diminuer le gaspillage. On se doit de leur enseigner, comme le dit si bien mon collègue Bernard Lavallée, comment on peut « sauver la planète une bouchée à la fois ». Les parents ont un rôle à jouer dans tout ça.

 

LAVALLÉE, Bernard. Sauver la planète une bouchée à la fois : trucs et conseils. Éditions La Presse, 2015.

 

Photo : iStock.com/Peter Burnett

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (2)

  1. Mélina 18 mai 2016 à 09 h 00 min
    Merci beaucoup d'aborder ce sujet très pertinent! Chez nous, une grande source de gaspillage vient de la préférence des enfants pour un aliment parmi les 3-4 offerts au repas. Ils ont tendance à manger tout le riz, par exemple, puis en redemander sans avoir touché le légume et la viande... Nous avons donc décidé de ne pas les servir à nouveau s'ils ne mangent pas le 1er service, dont les portions sont toujours petites. Je sais que vous préconisez que le dessert soit offert d'emblée, mais pour mes enfants ça faisait en sorte qu'ils ne touchaient presque pas le plat principal dans l'attente du fruit ou du yogourt... Ce sont de bons desserts, mais je n'étais pas à l'aise avec l'idée qu'ils ingèrent plus de dessert que de plat principal. Nous leur expliquons donc que s'ils n'ont pas faim pour le plat, ils n'ont pas faim pour le dessert non plus! Il y a un risque de les entraîner à trop manger pour avoir "droit" au dessert, mais c'est le seul compromis qui nous semble acceptable pour éviter de gaspiller le plat et s'alimenter de dessert seulement! Cela dit, nous appliquons aussi les trucs que vous donnez ci-dessus.
  2. Tanya 19 mai 2016 à 12 h 54 min
    Ça ressemble beaucoup à la situation chez nous, et on est arrivés à sensiblement la même solution!

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