Pollution et développement: des effets dès la grossesse

Pollution et développement: des effets dès la grossesse
Par Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
19 avril 2016
Selon une nouvelle étude, la pollution atmosphérique affecterait les bébés même dans le ventre de leur mère.

La pollution de l’air est une préoccupation importante pour la santé humaine. Des chercheurs américains sont d’ailleurs arrivés dernièrement à des conclusions inquiétantes pour le développement des enfants. En effet, selon leur étude, la pollution atmosphérique affecterait les bébés même dans le ventre de leur mère.

Les scientifiques ont fait cette découverte en étudiant des polluants bien particuliers, les hydrocarbures aromatiques polycycliques ou HAP. Les HAP sont produits entre autres lors de la combustion de l’essence des voitures. On les retrouve aussi dans la fumée libérée par les appareils de chauffage et dans celle du tabac. Tous ces processus libèrent en effet de minuscules particules polluantes qui se rendent facilement dans les poumons en raison de leur petite taille.

Les chercheurs ont donc évalué la présence de HAP dans le sang de 462 femmes enceintes vivant à New York. Ils ont ainsi remarqué que les enfants dont les mères avaient été exposées davantage aux HAP pendant la grossesse étaient plus susceptibles de vivre des problèmes d’autorégulation à l’âge de 9 à 11 ans. Cela signifie que ces enfants géraient moins bien leurs émotions et leurs impulsions. Selon les scientifiques, ces problèmes de comportements pourraient ensuite nuire aux compétences sociales des enfants. Les HAP ont d’ailleurs été associés dans d’autres études à des troubles du déficit de l’attention (TDAH), à l’anxiété, à la dépression et aux problèmes de comportement.

Les bébés dans le ventre de leur mère seraient particulièrement vulnérables aux HAP parce qu’ils sont en plein développement. Les auteurs de l’étude croient d’ailleurs que les HAP sont néfastes pour le cerveau parce qu’ils endommagent les circuits de neurones. Des techniques d’imagerie médicale ont d’ailleurs démontré que l’exposition aux HAP pendant la grossesse changeait la structure du cerveau. Par exemple, les bébés dont les mères avaient été exposées aux HAP pendant la grossesse avaient un volume plus petit de matière blanche du côté gauche du cerveau. Une région associée à la concentration, au raisonnement, au jugement et à la résolution de problèmes était particulièrement touchée.

Peut-on diminuer l’exposition aux HAP pendant la grossesse?
Certains groupes environnementaux font des pressions sur les gouvernements pour limiter la production de HAP et ainsi améliorer la santé des gens. Puisque les HAP sont principalement produits par les autobus et les camions qui fonctionnent au diesel, ces organismes recommandent par exemple de réduire la circulation de ces véhicules dans les zones résidentielles et d’exiger qu’ils soient munis de dispositifs contrôlant les émissions polluantes. La mise en place d’espaces verts contribue également à améliorer la qualité de l’air.

Les HAP peuvent aussi s’infiltrer à l’intérieur ou être produits à la maison. Lorsqu’un appartement est mal aéré, les concentrations de polluants peuvent même être plus grandes à l’intérieur qu’à l’extérieur. Cependant, il est possible d’agir. En effet, certains gestes simples peuvent diminuer l’exposition à ces polluants.

  • Ne pas fumer et ne pas laisser d’autres personnes fumer à la maison.
  • Ne pas faire griller, brûler ou carboniser la nourriture.
  • Utiliser la hotte du four lors de la cuisson d’aliments.
  • Limiter l’utilisation des chandelles et de l’encens.


Kathleen Couillard est aussi l’auteure du blogue Maman Éprouvette.

 

Photo : iStock.com/Tony Tremblay

Kathleen Couillard, Journaliste scientifique
D'abord microbiologiste, je suis maintenant journaliste scientifique et maman. Je concilie donc, pour mon plus grand plaisir, science et maternité.
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