Mettre au monde un parent

Mettre au monde un parent
8 avril 2016
Combien de temps faut-il pour mettre au monde un parent? Combien de nuits blanches à bercer un nouveau-né inconsolable? Combien de verres de lait renversés, de chutes de la balançoire et de baisers déposés sur les égratignures d’une main minuscule?

Combien de temps faut-il pour mettre au monde un parent?

Combien de nuits blanches à bercer un nouveau-né inconsolable et combien de matins lumineux de silence? Il les faut toutes pour arriver à les attendre toute la nuit, 20 ans plus tard; et soupirer de gratitude en entendant enfin le bruit de la porte d’entrée au petit matin?

Combien de verres de lait renversés, de chutes de la balançoire et de baisers déposés sur les égratignures d’une main minuscule? Il les faut tous pour être capable d’accompagner sa fille en chimiothérapie 10 ans plus tard?

Combien de temps faut-il pour mettre au monde un parent? Un père, une mère qui se tient debout, même quand la vie les met à genoux. Combien de fois Je n’en peux plus, avant de découvrir, ébahis, tout ce qu’on peut encore?

Combien de doutes et de moments de confusion faut-il connaître avant de laisser aller la quête de perfection et entrer dans l’aventure? Combien faut-il avoir fait d’erreurs, combien de regrets, combien de larmes faut-il avoir versées avant de trouver enfin un peu de compassion pour nous-même? Et combien d’autres en faut-il encore avant de trouver un peu de compassion pour les autres parents?

Ne faut-il pas tout cela? Et tout cela prend du temps. Il n’y a pas de raccourcis.

Le temps de la patience et du courage, mais aussi le temps des fous rires. Toutes les nuits de fatigue, de solitude et d’impuissance, mais aussi l’instant magique d’un bouquet de pissenlits inattendu.

Le temps de se laisser bercer entre les bras aimants d’une mère expérimentée qui frotte doucement notre dos secoué de sanglots; et puis l’instant bouleversant où nous sommes devenu le parent qui console les sanglots d’une autre.

Il faut beaucoup de temps et tout un village, pour nous aussi! La mère que je suis vient de tous ces jours de meilleur et de pire, partagés avec vous. J’ai eu besoin de chacun et chacune de vous, dans le cercle fécond des expériences qui nous mettent au monde, infiniment.

Les parents ne naissent-ils pas toujours des mains d’un autre parent?

 

Photo : iStock.com/Anne Clark

France Paradis
Orthopédagogue de formation, je présente des conférences et j’offre des ateliers en intervention psychosociale depuis de nombreuses années. J'aime aussi me définir comme une archéologue du sens des choses.
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Commentaires (7)

  1. Jennifer Simard 8 avril 2016 à 13 h 26 min
    Inspirant, merci pour ce magnifique texte!
  2. France Paradis 8 avril 2016 à 18 h 06 min
    Merci à vous Jennifer. Vous êtes aussi dans le cercle fécond... :)
  3. Edwige 9 avril 2016 à 08 h 03 min
    Tellement vrai. . J'ai trouvé il y a qq temps une joli carte avec cette phrase: les enfants naissent dans les choux mais où naissent les parents. ? ...merci pour ce texte. ..edwige maman de 2 kids..
  4. France Paradis 11 avril 2016 à 14 h 57 min
    Merci Edwige!
  5. Annie 11 avril 2016 à 13 h 54 min
    :) J'aurai bientôt 8 ans d'âge parental et, 4 enfants plus tard, j'ai l'impression d'avoir appris plus dans ces 8 ans que dans les 27 précédentes! :) J'aimerais tellement que le "village" ait une idée de l'impact qu'il peut avoir et de combien son support est important! Merci France pour ces beaux articles, merci de faire partie de mon village! :)
  6. France Paradis 11 avril 2016 à 14 h 57 min
    Je suis bien contente qu'on soit dans le même village! Merci Annie :)
  7. Anne-Muriel 20 avril 2016 à 10 h 57 min
    Quel beau partage!! :) Anne-Muriel de www.mamanschretiennes.com

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