Ces gadgets techno qui augmentent l’anxiété

Ces gadgets techno qui augmentent l’anxiété
S’inquiéter pour son enfant, c’est normal. Mais plusieurs entreprises proposent des services technologiques qui dépassent les besoins réels des nouveaux parents et exploitent leur sentiment d’insécurité.

C’est en magasinant un cadeau pour le nouveau-né de ma jeune cousine que je me suis rendu compte de l’omniprésence de l’exploitation de l’insécurité des parents pour leurs jeunes enfants ; un tapis qui envoie des informations sur la respiration de bébé, des moniteurs avec caméra vidéo, des logiciels qui permettent de voir à distance ce qui se passe dans la chambre de bébé… Wow !

S’inquiéter pour son enfant, c’est parfaitement normal. C’est même un réflexe parental bien adapté. En effet, se questionner si son enfant a froid, s’il a assez mangé, s’il a mal quelque part est non seulement sain, mais parfaitement normal. Un nourrisson a besoin de parents attentionnés pour se développer en toute sérénité. Mais plusieurs entreprises de nouvelles technologies proposent des services qui dépassent les besoins réels des nouveaux parents et exploitent leur sentiment d’insécurité, qui peut se transformer en anxiété.

L’intolérance à l’incertitude

L’anxiété est une émotion normale que chacun peut ressentir dans des circonstances qu’il estime menaçantes. Pour certains parents, une situation teintée d’incertitude est une situation menaçante. Or, ces parents sont très à risque de développer une intolérance à l’incertitude. Ils perdent ainsi de vue quels sont les comportements fonctionnels, ceux qui protègent leur enfant (p. ex. : s’assurer que son lit est adéquat ou qu’il ne dort pas avec des peluches), de ceux qu’ils développent pour réduire leur anxiété (p. ex. : faire des vérifications multiples ou éviter de sortir avec leur bébé de crainte qu’il arrive quelque chose).

Or, les objets technologiques se classent habituellement dans cette dernière catégorie, soit dans les comportements qui amplifient notre anxiété (p. ex. : se procurer un moniteur cardiaque pour bébé ou un lien vidéo direct entre la chambre de bébé et notre téléphone intelligent). Malheureusement, lorsque nous utilisons ces outils technologiques pour être rassurés, nous augmentons notre intolérance à l’incertitude. En effet, la meilleure façon de gérer notre anxiété reliée à l’incertitude, c’est d’accepter que l’incertitude existera toujours et qu’il vaut mieux apprendre à vivre avec plutôt que de tenter de s’en débarrasser.

Une illusion

Les nouvelles technologies nous donnent seulement l’illusion de contrôler l’incertitude. D’autres comportements adoptés par les parents anxieux ont comme résultat d’entretenir l’anxiété plutôt que de la diminuer. Par exemple, éviter certaines situations qui sont source d’anxiété ou tenter de contrôler tout l’environnement dans lequel évolue leur enfant, comme à la garderie, plutôt que de faire confiance aux personnes en place.

De plus, il ne faut pas oublier que trop de sécurité tue le sentiment de sécurité, c’est-à-dire que trop se fier à la technologie peut faire baisser le niveau de vigilance d’un parent. Aussi, malheureusement, la certitude que notre enfant est 100 % en sécurité n’est pas possible en ce monde. C’est très important que nous puissions nous questionner sur notre rapport aux probabilités. Par exemple, si je traverse la rue, je m’expose à un risque. Je peux réduire ce risque en utilisant un certain nombre de comportements sécuritaires (regarder des deux côtés, traverser au feu de circulation, etc.), mais je n’atteindrai jamais le risque zéro. La possibilité qu’un chauffard ne respecte pas la lumière rouge est bien réelle. Aussi, la seule façon de neutraliser ce risque et d’arriver au risque zéro est de ne pas traverser la rue. De la même façon, la vie avec un enfant comporte des risques, et notre acceptation de ces risques est importante pour permettre le développement de notre enfant dans un environnement sain.

En attendant, je vais offrir à ma cousine un moniteur audio, comme celui qu’on a utilisé avec nos trois enfants, moniteur qui nous permet d’entendre les pleurs de bébé. Car avec les pleurs comme limite, on est dans la communication avec bébé, pas dans l’anticipation, voire la science-fiction !

Dr Nicolas Chevrier, psychologue
Mes 3 enfants me permettent de peaufiner mes talents de psychologue tous les jours…
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Commentaires (4)

  1. Marie-Eve 13 janvier 2016 à 15 h 22 min
    Je suis d'accord avec vous par rapport au fait que les commerçants "jouent" sur l'anxiété parentale, c'est un peu leur job. Toutefois, l'anxiété par rapport à la mort subite du nourrisson me semble comporter des aspects particuliers : 1-L'information donnée à ce sujet à l'hôpital et l'insistance des conseils par rapport à ce risque précis justifient à mon avis l'anxiété plus répandue des parents à ce sujet; 2- On parle quand même d'un risque de mort de bébé, non ce n'est pas contrôlable à 100%, non on ne peut pas tout contrôler et bannir l'incertitude de nos vies, mais entre m'en faire pour mon travail et m'en faire pour la vie de mon nourrisson, je vais mettre mes énergies d'anxieuse sur le deuxième sans trop me sentir intense. En attendant de trouver les causes de la mort subite du nourrisson, et vu le pourcentage élevé de bébés qui sont victimes de ce syndrome (stats fournies par le personnel hospitalier quand on accouche), je pense qu'il n'est pas exagéré de faire tout en notre pouvoir pour éviter la mort du plus grand nombre de bébés possible, et oui, arriver à temps lors d'un problème respiratoire imperceptible à l'oreille grâce à un moniteur plus précis ou "vérifier" souvent font partie des comportements permettant d'en sauver quelques uns. C'est stressant, c'est anxiogène, c'est pas facile à endurer, mais il faut choisir ses sources de stress et je crois que celle-là est justifié (contrairement à faire de l'anxiété pour un allaitement "pas réussi", ou parce que tu laisses ton bébé pleurer pour s'endormir et que les autres te jugent, genre).
  2. Leon Lamothe 13 janvier 2016 à 18 h 38 min
    En fait, les moniteurs video ne sont pas par insécurité, mais plutôt pour se simplifier la vie.... Nous en avons un et c'est souvent arrivé la nuit qu'on entende notre enfant chigner... on peut alors regarder le moniteur pour voir: "OK, bébé est assis, il a besoin de nous pour se rendormir" ou "ne rentre pas dans la chambre, tout va bien il est en train de se rendormir par lui-même"... difficile de juger cela juste au sond ;)
  3. Marie-Denise Prud'Homme 14 janvier 2016 à 06 h 49 min
    Mon point de vue est que les moniteurs, tout comme n'importe quelle technologie doit être à notre service et non l'inverse. Tout dépendant de l'utilisation qu'on en fait, ils peuvent nous aider ou alimenter notre anxiété ou donner un faux sentiment de sécurité. Notre choix a été d'utiliser un moniteur audio lorsque nous sommes trop loin de sa chambre pour l'entendre. Une fois que c'est dit, chacun trouve la façon qui lui convient et qui lui permet de se sentir à l'aise.
  4. Dr Nicolas Chevrier 14 janvier 2016 à 08 h 00 min
    Marie-Eve, La situation concernant la mort subite du nourrisson est une parfaite illustration de mon propos. En effet, les personnels hospitaliers, à juste titre, mettent l’accent sur ce syndrome et donnent un certain nombre de consignes qui permettent de prévenir la mort subite du nourrisson (elles sont reproduites ici !). http://naitreetgrandir.com/fr/mauxenfants/indexmaladiesa_z/fiche.aspx?doc=naitre-grandir-sante-bebe-deces-syndrome-mort-subite-nourrisson#_Toc231204708 Aucune de ces consignes ne suggère l’utilisation de la surveillance pour prévenir ce problème. Je dis que c’est une bonne illustration, car dans cette situation, on doit accepter que si on a mis en place toutes les consignes gouvernementales nous arrivions à la limite de notre contrôle. Cette limite de notre contrôle implique que je dois accepter qu’il existe une zone d’incertitude, zone dans laquelle il est possible que mon enfant décède de ce syndrome sans que je ne puisse rien y faire! Maintenant je suis devant un choix; mettre en place des moyens pour réduire mon anxiété, moyens qui n’auront AUCUNE influence sur la probabilité que mon enfant décède du syndrome (puisque je suis dans la zone d’incertitude), mais qui peuvent augmenter substantiellement mon niveau d’anxiété (par exemple vérifier à plusieurs reprises si tout va bien) ou j’accepte que le risque existe, que je ne puisse rien y faire (car j’ai déjà été au bout de mon contrôle) et ainsi laisser mon niveau d’anxiété retrouver un niveau normal. Vous dites: « arriver à temps lors d'un problème respiratoire imperceptible à l'oreille grâce à un moniteur plus précis ou "vérifier" souvent font partie des comportements permettant d'en sauver quelques uns. » Si cette affirmation étaie vraie alors je serais d’accord avec vous. On ajouterait probablement une consigne qui dit ; - on demande au parent de se procurer un moniteur respiratoire pour votre enfant ou bien, - on demande aux parents de se relayer et de vérifier à toutes les quinzaines de minutes si bébé respire bien. Malheureusement, la réalité est que ces mécanismes tels que vous me les décrivez servent à gérer votre anxiété face à la mort subite du nourrisson, mais n’ont aucun impact sur la probabilité réelle de votre nourrisson de mourir de ce syndrome.

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