Trop de mamans souffrent en silence

Trop de mamans souffrent en silence
Par Julie Fortier, Responsable éditoriale, Naître et grandir
19 mars 2015

iStock_000019699643_petiteEnfin! Avec les journées qui allongent et l’arrivée du printemps, ce sera bientôt le retour des poussettes sur les trottoirs et des longues promenades. Vous croiserez peut-être au parc cette maman avec qui vous avez sympathisé l’automne dernier. « Comment ça va? » « Comment va bébé? » Vous vous raconterez les nuits, les dents, les boires, les poussées de croissance…

Pendant quelques instants, cette maman avec qui vous parlez se sentira bien, presque normale. Ce qu’elle ne vous dira pas par contre, c’est qu’en vérité, elle est toujours de mauvaise humeur et fatiguée, qu’elle se sent inutile, presque vide à l’intérieur. Elle n’osera jamais l’avouer : plus rien ne l’intéresse, pas même son bébé. Le soleil lui fait un peu de bien, mais en général depuis qu’elle est maman, elle trouve la vie moche.

Cette mère qui présente plusieurs symptômes de dépression post-partum peut être votre amie, votre sœur, votre voisine, votre collègue… La dépression touche près de 15 % des mères. Sur les quelque 87 000 femmes qui accouchent chaque année*, c’est plus de 13 000 qui en souffriront. De ce nombre, environ 7 % présenteront des symptômes importants de dépression au cours des 3 premiers mois suivant l’accouchement; et 19 %, des symptômes légers ou modérés.

En parler, un premier pas

Malheureusement, ayant peur de passer pour une mauvaise mère, bien des femmes se taisent. D’autres se rendront compte après coup qu’elles ont souffert de dépression. C’est ce qui est arrivé à notre Drôle de maman, Catherine Goldschmidt, après sa première grossesse. Comme elle le dit si bien dans ce texte touchant, si elle avait su…

« Si j’avais su, j’aurais parlé. Si j’avais su quel nom portait mon ennemie, je me serais battue contre elle. Je me serais inscrite à des activités malgré l’hiver. Je me serais confiée à mon médecin. J’aurais rencontré plus souvent d’autres parents. Bref, j’aurais trouvé des alliés pour m’aider à profiter pleinement de ma nouvelle vie de maman. Lors de mes deux autres congés de maternité, je suis restée à l’affût des symptômes et, croyez-moi, la petite sournoise est restée sur le palier! »

Être soignée…

Selon certaines études, près de la moitié des cas de dépression maternelle ne seraient pas diagnostiqués ou traités. Nancy Verreault, psychologue qui a fait son doctorat sur la dépression post-partum, déplore aussi que les symptômes dépressifs souvent observés durant la grossesse sont encore peu traités. En effet, plus du tiers des femmes qui font une dépression post-partum commenceraient à avoir des symptômes pendant qu’elles sont enceintes. Des mesures préventives prises durant la grossesse pourraient diminuer le risque de dépression après l’accouchement, souligne la psychologue.

Tout comme les autres problèmes de santé mentale, la dépression post-partum doit être traitée. Le soutien social des amis, des parents ou des groupes d’entraide est certes essentiel, mais il se peut que cela ne suffise pas, affirme Nancy Verreault. Il est donc important d’en parler avec un médecin ou un psychologue. Le traitement proposé dépendra de l’importance des symptômes et des problèmes de santé mentale de la mère avant sa grossesse. Une psychothérapie pourrait être recommandée. Certaines auront peut-être aussi besoin d’antidépresseurs pour quelque temps, ajoute la psychologue. Mais peu importe la démarche choisie, il est important de savoir que plus la dépression post-partum est détectée tôt, plus il sera facile d’en guérir. Lentement, mais sûrement, la maman qui a le moral au plus bas retrouvera l’envie de sourire. Elle pourra alors profiter pleinement de sa famille et des journées ensoleillées.

*Donnée estimée à partir des données provisoires de l’ISQ sur les naissances simples et multiples en 2013.

Références

Naître et grandir 

La dépression post-partum

La dépression prénatale

Une pilule une petite granule

Dépression post-partum

Meilleur départ

Surmonter la dépression : un guide destiné aux femmes souffrant de dépression durant la grossesse et après l’accouchement

Ordre des psychologues du Québec

La dépression postnatale chez les mères : plus qu’un simple baby blues

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Commentaires (14)

  1. MamanX 19 mars 2015 à 10 h 50 min
    Je suis atteinte de dépression post-partum depuis la naissance de mon fils voilà 2 ans. À ses 6 mois, j'étais vraiment pas bien. Je n'avais le goût de rien et je me fâchais facilement, surtout contre mon fils. S'il se réveillait la nuit, je pouvais passer le boire à pleurer de rage. Je dormais très mal et je me sentais tellement incompétente. C'est la pédiatre qui m'a ouvert les yeux en me demandant simplement comment j'allais. J'ai éclaté en sanglots. La pédiatre a alors levé un drapeau rouge et m'a trouvé un médecin de famille. J'ai rapidement été prise en charge et j'ai commencé les anti-dépresseurs. En peu de temps, j'ai vu que j'allais mieux. Mon conjoint a été aussi d'un grand secours et toute ma famille. Je suis toujours médicamenté étant donné que c'est ma deuxième dépression (J'en ai fait une il y a une dizaine d'année). Je vais bien et je profite de la vie :)
  2. Sandra Chartier 19 mars 2015 à 15 h 13 min
    Maman X si vous saviez comme je vous comprend! "(...) S’il se réveillait la nuit, je pouvais passer le boire à pleurer de rage. (...)" Si vous saviez combien nuit les larmes ont coulé en silence pendant que j'allaitais ma fille... Et plus je pleurais, plus je me sentais coupable et plus je pleurais encore...Un cercle vicieux que j'ai mis 8 mois avant de comprendre, 8 mois ou j'ai fait vivre un enfer à ma famille et à moi-même. Je suis très heureuse de savoir que vous allez mieux :)
  3. Lysaiv 19 mars 2015 à 10 h 51 min
    Ce texte me parle totalement, j'ai vécu cela pour ma première grossesse ( dépression post-partum). Et au début j'en parlais à personne la peur d'être jugé.

    Lors de ma deuxième grossesse, j'ai pris les devant et je me suis fait suivre dés le début grossesse pour ne pas revivre cela.

    Il faut en parler, car ses très dur après de sans remettre ( en tous cas pour moi).
  4. Séverine 20 mars 2015 à 10 h 31 min
    En effet, c'est une chose bien méconnue que la dépression post-partum! Les 6 premiers mois de la vie de ma fille j'ai vécu l'enfer : envie de rien, de ne voir personne, ma vie me semblait un enfer du matin au soir : je ne supportais pas mon corps après la grossesse, ni la fatigue qui paralyse et vous faire sentir sans énergie, les journées ryhtmées uniquement par les besoins du bébé (que j'adore par ailleurs).
    Ce n'est qu'en reprenant le travail après 6 mois de congé parental que j'ai repris peu à peu goût à ma vie et que je ressentais du plaisir à m'occuper de ma fille en rentrant à la maison le soir...
    Plus tard, j'ai lu un article sur le sujet qui m'a mis la puce à l'oreille, je pouvais enfin mettre des mots sur les sentiments horriblement contradictoires que j'avais ressentis :-(.
    Personnellement, mon entourage a été très culpabilisant, surtout les grands-parents, enchantés de pouvoir pouponner à nouveau et plein de confiance vu leur expérience passée :-/.

    Une chose dont on parle encore moins est la dépression post partum des papas! Car mon compagnon en a souffert également après la naissance de notre 2e enfant (et oui, il a dû mettre la main à la pâte et avait donc beaucoup plus de contraintes qu'auparavant).

    Avec du temps, de l'organisation, un peu de bonne volonté et beaucoup d'amour, aujourd'hui notre famille se porte bien, et nous réussissons à nous accorder un peu de temps libre chacun par semaine.

    Je regrette que les jeunes parents ne soient pas mieux préparés pour traverser les nombreuses contraintes que représentent les premières années avec de jeunes enfants...

    Désolée pour ce pavé
  5. Marie 20 mars 2015 à 11 h 00 min
    En fait j'aimerais bien savoir à qui on s'adresse si on veut en parler. Je n'ai pas beaucoup d'amies, je ne suis pas à l'aise d'en parler avec ma famille car je me sens comme une mauvaise mère... J'en ai déjà parlé à mon médecin mais il m'a dit que c'était normal avec un 2e bébé et je n'ai pas les moyens d'aller voir un psychologue. Je m'inquiète de l'exemple que je donne à mes enfants, je suis aussi bébé qu'eux, je pique constamment des crises à la moindre difficulté... Parfois ça va mieux mais ça fini toujours par revenir.
  6. Christine 20 mars 2015 à 12 h 20 min
    Marie, n'hésitez pas à aller dans une clinique sans rendez-vous. Il vous faut voir un autre médecin. Ne laissez pas ce malaise ruiner votre vie... j'ai vécu ça à 2 reprises et j'aurais du aller consulter un autre médecin. Ce n'est pas vrai que c'est normal de se sentir si mal en dedans. Fatiguée oui mais déprimée, triste, colérique... non. Courage, il y a moyen de s'en sortir et si votre médecin n'est pas à l'écoute, allez dans une clinique sans rendez-vous. Et surtout, ne vous sentez pas coupable. Il y a des gens qui vont là que pour un simple rhume. Bonne chance et bon courage.
  7. MamanX 23 mars 2015 à 14 h 47 min
    Je suis contente de vous lire
  8. Marie 20 mars 2015 à 14 h 47 min
    Merci. Je vais essayer de trouver le courage d'y aller. J'ai un peu peur qu'on me prescrive des antidépresseurs... La moitié du temps, ça va relativement bien. Mais l'autre moitié...
  9. Geneviève Doray 20 mars 2015 à 16 h 06 min
    Pour celles qui sont aux prises avec cet état actuellement, voici les coordonnées de certaines ressources qui pourront vous aider: pour une assistance immédiate, appelez Info-Santé (8-1-1) ou 1-866-JAPPELLE. Il y a aussi la LigneParents, un service d’intervention accessible jour et nuit, gratuit et confidentiel (1-800-361-5085). N'oubliez pas, vous n'êtes pas seule!
  10. Anne-Véronique 20 mars 2015 à 18 h 41 min
    Il existe un groupe d'entraide postpartum à Montréal pour les mamans qui vivent de l'anxiété, des symptômes dépressifs, de l'isolement après la naissance. Si vous avez besoin d'aide, svp n'hésitez pas et appeler au 514 270-5471 (au Carrefour des Petits Soleils)
  11. maman3 21 mars 2015 à 09 h 29 min
    Depuis la naissance de mon 3ème je me découvre agressive... Je pleure souvent et je me trouve pas être une bonne Mere. Tout le monde me dit "çest normal.. 3 enfants en bas de4"... Mais c'est pas moi Ca!! Je pourrais être dépressive?
  12. Sandra J 21 mars 2015 à 10 h 44 min
    Pour les familles résidents sur le territoire du CLSC de la Vallée-du-Richelieu, il y a le groupe d'entraide mutuelle Les mères-veilleuses pour les mères vivant des symptômes de dépression (avec ou sans diagnostic). N'hésitez pas à téléphoner au Centre périnatal Le Berceau de Beloeil au 450 446-7760.
  13. NewMaman 21 mars 2015 à 15 h 21 min
    J'ai eu un diabète de grossesse, qui malgré beaucoup de restriction, j'ai bien réussie à gérer et passer au travers. Ça été dure de faire très attention à << pas trop de sucre, pas trop de féculents ( riz, patate, etc..) de surveiller ma glycémie, 4 fois par jour et de prendre des injections d'insuline 4x par jour, les millions de rendez-vous. À la fin, j'étais vraiment tanné et quand j'avais des rages de bouffe, il fallait se contrôler quand même :S. Mais bon, si je compare à la suite, finalement, c'était du bonbons.
    Les médecins ont dûs me provoquer, à cause de mon diabète, avant mon terme. J'ai assez mal vécu mon accouchement. :S Trop vite, trop dure.. je me pensais plus forte que ça et disons que je me suis sentie vraiment faible et pas capable de traverser ça. Après mon cervidil, mes contractions revenaient au 2 min mais durais 2 minutes. Donc, j'ai eu mal pendant toute la nuit, avec aucune possibilités de repos, pour la suite.. (travail actif). J'ai demandé des injections pour diminuer la douleur, y'a rien qui à fonctionné.. Je suis arrivée au matin complètement fatigué et avec aucunement envie d'accoucher. Même si mon chum à tout fait parfait. Il était là pour m'encourager et me soutenir, me masser pour aider la douleur.. Je me sentait seul là dedans..
    Quand la poche des eaux s'est rompus, les médecins ont trouvés du méconium dans le placenta et son coeur descendait. Bébé devait sortir au plus vite. J'ai poussés vite, le médecin à pris le forceps pour la dernière poussées et j'ai déchirée pas mal aussi. Ça été tellement vite, que j'ai pas eu le temps de m'habituer que j'allais accoucher de mon bébé. J'ai juste pas compris qu'elle était là, déjà devant moi.. Je me suis sentie un peu traumatisé de tout ça et ça pris au moins une semaine avant de ressentir un attachement. Je comprenais pas ce qui se passais, mais on dirais qu'il manquait quelques choses.. mais quoi. Je me sentait mal..
    Après une semaine, j'ai ressentie ce petit quelques choses qui manquais. Mon dieu, que j'avais hâte. Je voyais papa aller, si stressé durant la grossesse et après, savoir quoi faire. Moi, qui était désemparé devant bébé et je me demandais si j'étais apte à m'en occupé. J'ai fait une crise d'angoisse pas longtemps après, dû à une grosse fatigue, ça faisais une semaine que j'étais sur l’adrénaline et que je dormais pas.. je voulais tellement allaiter, mais ça fct pas, et bébé avec une jaunisse, nous avons dû rester au moins une semaine à l'hôpital. Ça été dure de se remettre de tout ça..
    Malgré un bébé tellement facile au début, les douleurs du post-partum m'ont vraiment déprimés.. ça partais pas.. Il a fallu aller en réeducation un bon bout. Avoir mal tout les jours, s'occuper de bébé, la fatigue et être déprimés car avoir l'impression que ça l'arrêtera jamais c'est dure sur le système.
    J'ai eu la chance d'avoir de l'aide à mon retour, mais malgré cela, j'ai l'impression d'avoir encore des séquelles. Un peu plus décourager facilement. j'espère retrouver un jour, cette impression d'être la plus forte et de pouvoir être capable de gérer tout. Aussi, de voir notre corps si différents après..
    Ce n'est pas ça qui m'empêche de m'occuper de bébé et de savoir que je fais le mieux pour ma fille. Même, si je me sens dépasser par toutes ses nouveautés. Au moins, je sais un peu à quoi m'attendre pour le ou les prochains. Je crois qu'en ayant pas cette vision de l'accouchement merveilleux et si facile et tout le tralala, je vais avoir moins cette impression de claque dans face! LOL J'espère juste que mon prochain soit mieux.
    En tout ça, malgré cela, je suis heureuse, c'est passé et on essai de garder le positif pour la suite.
  14. Mimi 26 mars 2015 à 08 h 45 min
    Depuis la naissance de mon 2e, je me demande si je fais une dépression post-partum...... mais je me demande comment distinguer la dépression vs les effets d'un manque de sommeil chronique??? Mon bébé a presque 1 an et il ne fait pas ses nuits. J'ai eu moins de 7 nuits complètes depuis sa naissance. Disons que je suis cernée...

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