«T’aimerais pas mieux que ton enfant ne soit pas là?»

«T’aimerais pas mieux que ton enfant ne soit pas là?»
6 novembre 2014

-  Dis-le que t’aimerais mieux que ton enfant ne soit pas là. C’est correct tu sais. T’as le droit, m’a-t-il dit.

-iStock_000009843859 Non, c’est pas ça, lui ai-je répondu.

- Ce ne serait pas mal d’affirmer ça. Dans le fond, ce serait un peu normal : t’as un enfant malade, qui a plusieurs problèmes, dont le quotidien est extrêmement stressant et insécurisant, qui affecte ta vie toute entière, qui t’empêche de faire plein de choses que t’aimerais faire et pour qui tu passes ton temps à te demander s’il aura un avenir qui aura de l’allure! Dis-le que t’aimerais mieux que ton enfant ne soit pas là. Tu peux.

- Euh... non. J’y pense, pis non. C’est pas ça. Non, c’est pas comme ça, ai-je rétorqué.

Hésitant. Surpris. Déstabilisé.

- Mais quand même... Ce serait moins compliqué, ce serait plus facile, ce serait plus simple s’il n’était pas là. T’aimerais mieux que ton enfant ne soit pas là?, renchérissait-il, insistant.

Ce professionnel de la santé voulait me faire parler. Il tentait probablement d’utiliser une technique de provocation pour que je m’exprime davantage, pour que je lui crache des émotions, pour que je braille sur son bureau, pour que je me mette en boule devant lui, pour qu’il puisse « faire sa job » par la suite et travailler sur mon mental.

Cette journée-là, il m’en a demandé beaucoup.

Je préférerais nettement que mon enfant soit en santé?

Vrai.

Mon quotidien est stressant, insécurisant?

Vrai.

Sa situation me fatigue, affecte toute ma vie et m’empêche de faire bien des choses que j’aimerais mener à terme?

Vrai.

Tout ça, c’est la pure vérité.

Serait-ce plus simple si mon enfant n’était pas là?

J’y pense et je n’ai d’autre choix que de vous répondre que oui, ce serait fort probablement plus simple. Quelqu’un a-t-il déjà fait un enfant pour se faciliter la vie? Mais ce qu’il m’a demandé, ce jour-là, ce n’est pas ça. Ce qu’il voulait entendre, c’était que j’aimerais mieux que mon enfant ne soit pas là.

Je préférerais qu’il vive dans un corps plus « standard » avec lequel il serait un peu mieux outillé pour affronter la vie. Je préférerais que notre rythme de vie soit celui de la « famille moyenne », avec ses hauts et ses bas un peu moins bas que ceux auxquels je suis habitué. Et je préférerais que moins de choses dépendent d’un état de santé sur lequel j’ai bien peu d’emprise.

Mais, vous vous en doutez...

Je ne lui ai jamais dit que j’aimerais mieux que mon enfant ne soit pas là.

Parce que je n’ai jamais pensé ça.

Et, vous vous en doutez aussi...

Je n’ai jamais remis les pieds dans son bureau.

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Jean-François Quessy
Je suis un père passionné, mais aussi un grand amoureux qui aborde sa vie avec humour.
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Commentaires (21)

  1. Virginie 6 novembre 2014 à 10 h 19 min
    Bonjour,
    je viens de lire votre billet et ce que vous avez écrit me touche beaucoup. En France, - car je crois que vous êtes au Québec ?!- une BD vient de sortir et elle parle d'un sujet proche ! Bonne continuation à vous :
    http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/ce_n_est_pas_toi_que_j_attendais
  2. Jean-François Quessy 8 novembre 2014 à 23 h 58 min
    Merci pour le partage Virginie!
  3. Emilie 6 novembre 2014 à 10 h 38 min
    à la limite d'être insultant ce "professionnel " de la santé.... pfffffff
    Bonne journée JF!
  4. Nathalie Plouffe 6 novembre 2014 à 11 h 59 min
    Ce "professionnel" voulait te faire dire ce qu'il voulait entendre tout simplement...mais si tu ne le ressens aucunement, y'a pas de raison de lui faire entendre. Je sais depuis le temps que je te suis que tu aimes ton (tes) fils plus que tout et à voir tout ce que ta douce et toi faites pour l'aider, y'a nul doute que vous n'avez jamais souhaité qu'il ne soit pas là! Tu fais bien de ne pas remettre les pieds dans ce bureau! +++
  5. Jean-François Quessy 9 novembre 2014 à 00 h 24 min
    Merci Nathalie!
  6. stephanie 6 novembre 2014 à 14 h 11 min
    merci xxx!!
  7. Jean-François Quessy 9 novembre 2014 à 00 h 24 min
    Grand plaisir!
  8. Sue 6 novembre 2014 à 14 h 20 min
    Chapeau!
    Je vous comprend TELLEMENT!!!
    Merci de le partager, ça me touche beaucoup et ça fait du bien!
  9. Jean-François Quessy 8 novembre 2014 à 23 h 59 min
    Merci Sue et tant mieux si mon texte vous a interpelée.
  10. Nicole 6 novembre 2014 à 20 h 09 min
    Cet enfant que vous aimez du plus profond de votre âme vous dit sûrement à sa façon qu'il est content que vous soyez là, que vous faites une grande différence dans sa vie. Là est l'essentiel. Qui a dit qu'aimer son enfant était facile? L'amour qu'el qu'il soit n'est jamais totalement facile; il est le plus souvent accompagné d'une vision de la vie qu'il faut toujours garder en tête et dans le coeur. Aimer est la plus grande des responsabilités humaines, un immense dépassement de l'ego.
  11. Jean-François Quessy 9 novembre 2014 à 00 h 00 min
    Aimer est la plus grande et la plus belle des responsabilités: C'est tout donner sans s'oublier.
  12. Stephanie 6 novembre 2014 à 21 h 14 min
    Bonjour, je suis ts et jamais je n'aurais osé dire de tel propos. Ceux-ci relèvent davantage d'un intervenant incompétent plutôt que de techniques d'interventions. Vous avez bien fait de ne pas y retourner, heureusement je peux vous garantir qu'ils existe des intervenants compétents qui peuvent accompagner les gens dans le respect et sans tenter de leur induire des émotions qui n'ont pas été verbalisées.
  13. Jean-François Quessy 9 novembre 2014 à 00 h 02 min
    Bonjour Stéphanie,

    Ne craignez pas, je sais que la plupart des intervenants sont compétents. Dans ce cas-ci, je ne sais pas s'il s'agit d'incompétence ou d'un individu affreusement maladroit, mais il m'aurait fallu un petit rendez-vous supplémentaire pour être capable d'avoir une meilleure idée, chose que je n'avais pas trop envie d'avoir! :)

    Merci pour vos commentaires
  14. MILLOT Richard 7 novembre 2014 à 07 h 06 min
    Surement un nouveau procédé pour "aider" les parents,chose que je doute fortement...Oui au debut quand le verdict tombe on se le dit et aussi un classique "pourquoi nous"....Un procedé qui je pense en fin de compte pourrait avoir l'effet inverse...s'est a dire sombrer...Un parent d'enfant autiste ou autre qui se bat a belle et bien accepté cette situation parce que sans ca on ne dure pas longtemps....Au debut on aimerait venir en arriére ca oui s'est légitime mais la vie n'est pas ainsi faite et a partir de la il est la,l'amour aussi et la force de l'amour est sans limite...ON parle trop peu de la Richesse qu'apporte notre enfant handicapé...Nos limites que nous pensions bien definient sont repoussées encore et encore pour faire de nous des adultes très différents au file des années....Merci mon enfant de m'avoir rendu ainsi et pour rien au monde je te changerais bien que ton avenir est a present le plus gros soucis au quotidien...Cette richesse certe dure a acquérir mais au combien utile pour la vie est apporté a toute la famille,parents bien sur mais aussi frére et sœur,grands parents,oncles et tantes...L'handicape fait peur,provoque des moqueries mais qui pourrait enrichire autant de personnes par sa simple présence...
  15. Jean-François Quessy 9 novembre 2014 à 00 h 05 min
    Vous avez bien raison, Richard. Ces limites que nous pensons toujours atteintes mais qui, à chaque fois, sont repoussées. Ce corps que nous croyons souvent à bout de forces, mais qui en trouve toujours à quelque part. De grands apprentissages! On s'étonne souvent soi-même à force de se battre dans la maladie et on devient plus forts. Merci pour votre commentaire!
  16. Isabelle 7 novembre 2014 à 08 h 14 min
    Je suis une professionnelle, psychologue. Je suis estomaquée par cette intervention aussi maladroite et insistante, qu'inappropriée ! Je m'inquiète pour les autres parents que cette personne rencontre. Vous avez assez de force pour faire la part des choses mais ce n'est pas tout le monde qui se retire rapidement d'une relation professionnelle dont ils ont besoin.
    Bravo d'utiliser votre tribune pour dénoncer ce genre d'intervention. Cependant je suis perplexe : le texte me donne l'impression que vos êtes un peu hésitant : peut-être que c'était fait avec une bonne intention ? "Pour travailler mon mental" dites-vous. On ne "travaille" pas le mental en le brisant. On ne met pas en doute les personnes fragiles avec des questions insidieuses donnant l'impression du professionnel qui "sait" que le client cache ou se cache quelque chose à lui-même. Ce type d'intervention parle davantage de celui qui pose la question ... Ça ressemble à "moi en tout cas à votre place je voudrais que mon enfant ne soit jamais né!"
    De toute évidence il n'en sait rien. Car ce n'est pas ainsi que les choses se placent dans la vie n'est-ce pas ? L'enfant est là. Comme il est. Et le parent l'aime quoi qu'il arrive. Il le protège. Il l'intègre à sa vie. Et oui, c'est tout un travail de faire ça. Cette personne que vous avez vu n'était pas la bonne pour vous accompagner dans cette voie. Elle aurait dû s'en rendre compte avant vous.
  17. Jean-François Quessy 9 novembre 2014 à 00 h 21 min
    Très pertinent, vous avez bien compris, Isabelle. J'ai reçu sa question exactement comme vous l'avez écrite: « Moi en tout cas à votre place je voudrais que mon enfant ne soit jamais né! ». Si vous ressentez une certaine perplexité en me lisant et que vous me trouvez hésitant dans mes propos, c'est qu'en écrivant ces lignes, je n'étais pas prêt à condamner l'intervenant contre vents et marées. J'ai écrit ce que j'ai ressenti, j'ai cru qu'il avait un objectif derrière sa question et qu'il n'était pas un être totalement incompétent, bien que le tout était amené très maladroitement. C'est pour cette raison que je l'ai rédigé ainsi dans ce billet. Parce que la question, je la trouve justifiée. Mais la façon de la poser et l'insistance avec laquelle il a voulu me faire parler ( en me mettant presque SES mots dans la bouche) était déplacée.

    Lorsque vous écrivez que le parent accepte son enfant comme il est, qu'il l'aime, le protège et l'intègre à sa vie, je me questionne. J'ai l'impression que la frustration envers la maladie, la difficulté à l'accepter, peuvent pousser un parent à croire qu'il aurait envie de mettre son enfant de côté. (Là, il peut y avoir une porte à ouvrir pour discuter avec un intervenant.) Le parent peut peut-être en venir à voir son enfant comme « LA MALADIE » et croire qu'il serait préférable qu'il ne soit pas là. Dans les faits, si l'enfant n'était pas malade, le parent ne voudrait probablement le remplacer pour rien au monde. Le véritable problème n'est donc pas l'enfant, mais bien l'état de santé. Je crois que, dans cette optique-là, il y a moyen d'avoir un échange intéressant où des prises de conscience et des échanges pertinents peuvent se tenir. Qu'en pensez-vous?
  18. Celeste Fabricio 7 novembre 2014 à 09 h 34 min
    Bonjour JF. C'est abérrrant ce qui s'est passé dans le bureau de ce professionnel. Toutefois, je ne peux pas m'empêcher de penser que cette confrontation vous a permis de mettre sur papier les différences entre des sentiments ou des états mentaux que souvent se confondent. Vous voudriez mieux que votre enfant soit en santé, non pas qu'il ne soit pas là. C'est la grande différence, mais dans le quotidien de la vie peut être difficile d'articuler. Merci pour partager.
  19. Jean-François Quessy 9 novembre 2014 à 00 h 23 min
    Bonjour! Vous avez visé juste. C'est exactement ce que j'ai répondu au commentaire d'Isabelle un peu plus haut! :) C'est dans optique-là que je pense qu'un intervenant peut faire parler un parent qui vit avec un enfant malade. La grosse différence est là et il peut sûrement arriver de croire que l'on aimerait mieux que notre enfant ne soit plus là alors qu'en réalité, ce n'est pas l'enfant que nous voudrions voir disparaître, mais plutôt ses problèmes de santé. Merci pour votre commentaire, très pertinent.
  20. Catherine 10 novembre 2014 à 21 h 43 min
    Bonjour!
    Je vis aussi avec un enfant qui a été très malade dès la naissance. C'est mon troisième coco (il a deux grandes soeurs en santé) et JAMAIS je ne pourrais dire que j'aimerais mieux qu'il ne soit pas là. Je suis d'accord avec vous que ce serait plus simple, moins stressant, moins de rendez-vous, plus de temps pour les deux autres, mais c'est mon fils, avec ses sourires, ses calins, ses petites mains sur mon visage et ses grands yeux qui me demandent de rester avec lui lors d'examens médicaux... Il a maintenant 6 mois, il va mieux et je suis fière qu'il soit dans nos vies.
    Sincèrement, je crois que la question ne se pose pas lorsqu'on est dans cette situation. Elle se pose pour les autrs autour qui regardent de l'extérieur. Ils ne peuvent comprendre complètement ce que c'est....
    Je sais que vous ne souhaitez pas qu'il ne soit pas là. Pas plus que moi.
  21. Camille 29 novembre 2014 à 09 h 49 min
    J'ai un fils de 8 ans qui a besoin de soins constant depuis l,age de 3 ans, jour et nuit. Je suis parfois épuisé, impatiente, frustré...mais jamais abattu! Il m'apporte tellement plus que sa maladie m'enlève. Je l'aime. Je l'aime plus que tout. Lui et sa maladie font de moi qui je suis aujourd'hui, une femme plus forte, plus à l'écoute des autres, avec plus de compassion...je suis plus ''toute''! Je l'aime. Il n'existe aucune guérison possible, risque de complications multiple mais le risque d'être heureux est plus grand!!! Tu aimes ton fils comme j'aime le miens c'est pour cela qu'ils nous ont choisi. Ils savaient que nous les aimerions inconditionnellement!

    Camile <3

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