Joséphine à la garderie: témoignage d’une maman

Joséphine à la garderie: témoignage d’une maman
Par Geneviève Doray, Directrice, Naître et grandir
26 mai 2014

En cette Semaine des services de garde, je laisse la plume à la maman de Joséphine, une petite fille handicapée. Elle livre un touchant hommage aux éducatrices d’un centre de la petite enfance (CPE) qui ont ouvert « leur porte et leur coeur » à Joséphine.

Lorsque notre jolie Joséphine s’est pointée le bout du nez voilà 5 ans et que le néonatalogiste de garde nous apprenait qu’elle serait fort probablement « génétiquement modifiée » (entendre : handicapée), nous ne pensions pas que la vie nous réserverait encore de belles surprises. Jamais nous n’aurions pu imaginer, à cet instant précis, qu’un petit oasis de bonheur nous attendait à quelques pâtés de maisons, prêt à recevoir et aimer notre jolie Joséphine, mais surtout, prêt à nous aider à relever la tête et nous permettre de recommencer à respirer, à souffler et à avancer. Le CPE Le Petit Monde du Collège Ahuntsic porte bien mal son nom... Rien n’est petit dans ce lieu. Rien. Que de grandes Dames, de grandes Femmes.

Elles ont croisé notre route alors qu’on n’y croyait plus. Les 3 années de galère précédentes avaient presque eu raison de notre foi en un avenir meilleur : hospitalisations répétées, suivis médicaux étroits avec plus de 16 spécialités, exercices de réadaptation quotidiens, etc. La vie semblait vouloir s’enraciner dans une litanie de mauvaises nouvelles : déficience intellectuelle, alimentation par gavage, faible système immunitaire... Avec un portrait pareil,  la recherche de milieux de garde devenait un véritable parcours du combattant.

Chaque fois, les garderies qui osaient la différence finissaient par nous rappeler, dépassées par les particularités de notre jolie Joséphine : « Votre fille vomit encore madame », « Votre fille ne veut pas manger madame », « Madame, venez chercher votre fille, elle n’a pas toléré son gavage, elle semble moche ». Rebelotte. Mais comment leur en vouloir? Le quotidien avec une petite fille unique, à la santé précaire,  n’était pas un mince défi. Heureusement, Joséphine restait la plus jolie, la plus coquine et la plus câline d’entre tous.

Un nouveau départ

Et voilà qu’un jour, entre une organisation « travail-famille » impossible et une gestion complexe des millions de rendez-vous médicaux, le téléphone a sonné : « On aimerait vous rencontrer avec Joséphine. Nous souhaitons intégrer un enfant avec des besoins particuliers et l’organisme J’me fais une place en garderie nous a parlé de votre fille en des mots bien positifs. »  Pour la toute première fois, plutôt que de quémander une place, on nous ouvrait tout grand les bras. Comme ça, sans a priori, sans négociation. Se pouvait-il que ce soit si simple? Eh bien oui. Je me souviendrai toujours de notre première rencontre. Enrhumée comme mille, j’avais peine à rassembler mes esprits et à «vendre ma salade» de mère d’enfant handicapée. Ce ne fut pas nécessaire. Pour la toute première fois, on nous posa peu de questions.

Je me rappelle même avoir été accueillie par des sourires, des éloges : « Non mais, voyez-vous ça, elle est capable de faire ça, qu’elle est bonne Joséphine! » Le temps d’une rencontre, ces femmes nous ont ouvert leur porte et leur coeur... pour ne plus jamais les refermer. Elles nous ont accueillies. Comme ça. Sans jugement. Sans condition. Telles que nous étions. Différentes certes, mais aussi humaines, emplies de richesses et de capacités. Je me rappelle avoir vu des larmes couler, de part et d’autre... Mais les miennes, pour une fois en sortant d’une garderie, avaient un goût de joie. Enfin.

À cette époque, je ne savais pas encore quel grand bonheur croisait notre route. On ne m’avait pas encore dit, un petit matin de semaine : « Merci de nous confier ta fille, elle nous apporte tant. On l’aime tellement. » Je n’avais pas non plus encore connu ces semaines de travail où le téléphone ne sonne pas, où la garderie compose avec confiance avec les particularités de ma fille, ses hauts comme ses bas.

Une petite fille « comme les autres »

Je ne savais pas encore non plus quels énormes progrès ma fille ferait avec ses éducatrices Denise et Véronique, et son éducatrice spécialisée, son Isabelle adorée. Je ne savais pas qu’elle ferait ses premiers pas en sa compagnie, qu’elle commencerait à manger la main dans la sienne, qu’elle apprendrait à s’habiller, à dessiner et à jouer avec elle. Mais surtout, je ne savais pas encore que ma fille deviendrait une petite fille « comme les autres » dans son groupe d’amis. Que le handicap s’estomperait doucement sous le regard aimant de ses amis et même, souvent, celui des autres parents. Que ma jolie serait si entièrement et pleinement intégrée.

Mon seul regret, aujourd’hui, au moment où ma jolie Joséphine grandit et se rapproche de ses 6 ans? Quitter ce CPE plus grand que nature. Laisser derrière nous cet oasis qui nous a permis de reprendre pieds et de se poser pour mieux avancer. Jamais je n’oublierai le regard aimant de ces éducatrices, celui-là même qui m’aura permis de comprendre la chance que j’ai d’avoir une si jolie Joséphine dans ma vie. Merci.

Anne-Sophie Van Nieuwenhuyse
Maman de Joséphine, 5 ans, et Léonard, 3 ans

Photo : Joséphine

Geneviève Doray, Directrice, Naître et grandir Tous les billets de l'auteur

Commentaires (12)

  1. Katherine 26 mai 2014 à 10 h 35 min
    C'est tellement touchant! Je suis contente que vous ayez pu trouvé un endroit ou votre petite pourrait évoluer à son rythme, comme tous les enfants devraient pouvoir le faire!
  2. Gabrielle 26 mai 2014 à 11 h 38 min
    Merci de nous partager un si beau texte. J'ai la chance d'avoir travailler avec des enfants ''différents'' et ce sont eux qui m'ont le plus touché! Vous me mettez les larmes aux yeux :)
  3. Mélanie 26 mai 2014 à 14 h 16 min
    Votre histoire m'a profondément émue. Ma fille est elle aussi génétiquement modifiée et nous avons eu la chance de tomber sur une éducatrice en milieu familial extraordinaire, qui aime notre fille et s'en préoccupe beaucoup. C'est rassurant pour des parents habitués a gérer 1000 choses en même temps.
  4. Marie-Claude 26 mai 2014 à 16 h 25 min
    J'ai les larmes aux yeux... Merci pour le partage, c'est vraiment touchant!
  5. Nathalie 26 mai 2014 à 20 h 06 min
    Un témoignage bien touchant. Ça va faire 30 ans que j'intègre des amis différents, des amis si complètement formidables. Tranquillement...pas vite...pas vite... la peur de la différence s'estompe...on apprend à comprendre que "chaque enfant est vraiment unique"... on accepte de laisser une chance au coureur et on se donne la chance de grandir... avec eux !!!

    J'ai le goût de dire à tous les CPE : Donnez-vous cette chance...
  6. Marie-Eve 27 mai 2014 à 09 h 14 min
    Bonjour Anne-Sophie!

    J'ai été bien contente de lire ces belles nouvelles, ce texte touchant!

    Bravo aux éducatrices, à vous et à Joséphine!!!

    Marie-Eve (CLSC Ahuntsic)
  7. Linda 27 mai 2014 à 10 h 03 min
    Quel beau billet. Je vous admire et je suis si heureuse pour vous et votre petite Joséphine. La vie est remplie de toutes sortes d'épreuves, il fait si bon entendre une belle histoire positive. Bravo aux éducatrices au coeur d'or du CPE d'Ahuntsic.
  8. sylviane cazenave 27 mai 2014 à 11 h 15 min
    Merci pour ce beau témoignage Anne-Sophie je n'ai pas pu non plus retenir mes larmes.
    Gros bisous à Joséphine de la part de la mamie d'Héloïse.
  9. Geneviève Moulin 27 mai 2014 à 12 h 09 min
    J'ai 2 enfants "normaux" qui font ma joie mais je trouve quand même parfois difficile de tout concilier alors bravo Anne-Sophie, Denise, Véronique et Isabelle pour votre ouverture d'esprit, votre courage, votre patience, votre énergie et votre générosité. La petite Joséphine est très chanceuse de pouvoir compter sur vous toutes (sur son papa aussi j'imagine) et je suis certaine qu'elle se développera en beauté et en sérénité.

    Bon courage pour la suite et Joséphine je te souhaite tout le bonheur que tu mérites! :)
  10. Isabelle 27 mai 2014 à 13 h 32 min
    Un mot : WOW!

    Bravo à ses éducatrices hors-pairs! Je suis moi-même éducatrice, et on en vois de toute les couleurs mais c'est ce qui fait de notre métier un si beau métier! Bravo à ceux et à celles qui n'ont pas peur des différences et qui permette aux enfants "différent" d'être des enfants "normals"... la vie ne les a pas gâté, certe mais grâce à vous, ces enfants sont heureux et réussisent à oublier leurs malaises.

    Chapeau!!!
  11. Marie-Claude 27 mai 2014 à 15 h 37 min
    juste wow
  12. N.N. 16 juin 2014 à 15 h 43 min
    Je suis la maman d'un enfant difficile. Difficile, mais fragile : en effet, beaucoup plus fragile que la plupart des autres enfants de son âge. Le fait qu'il est difficile pourrait être lié à un diagnostic médical, mais on est toujours sur la longue liste d'attente à l'hôpital pour une évaluation.
    Vous savez, ce n'est pas un cadeau de travailler avec un enfant difficile. C'est le cauchemar des éducateurs et je comprends pourquoi tout le monde (ou presque tout le monde) veut se débarrasser de ces enfants, même si personne ne l'exprime aussi ouvertement. C'est normal. C'est logique. Je le comprends. Je le comprends, même si mon cœur se brise...
    Pourtant, dans ce monde logique, il y a au moins deux personnes, deux Éducateurs, qui font le contraire de ce qui est « logique » et « normal » et qui, dirait-on, travaillent contre leurs intérêts. Philippe Fortin et Gaétane Bellemare, ces deux éducateurs du CPE Au petit nuage à Montréal, qui ont réussi à créer une belle relation avec mon petit traisor, le même enfant difficile avec lequel même des spécialistes se sentent impuissants. En grande partie grâce à eux, mon enfant s'améliore vite, mais il y a encore un long chemin à faire. Et c'est toujours difficile, et cela exige toujours de grands efforts de leur part, une vraie ingéniosité. Mais ce que je trouve le plus « anormal » et qui m'amène au bord des larmes est le fait que ces deux Éducateurs ont proposé eux-mêmes de continuer à travailler l'année prochaine avec mon enfant difficile. Contrairement à leur intérêt. Contrairement à mes attentes. Contrairement à la logique de la rationalité. Merci Philippe! Merci Gaétane ! Sans vous, mon enfant serait perdu...

Partager