Un coup de main pour les enfants qui ont faim

Un coup de main pour les enfants qui ont faim
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
22 mai 2014

Presque chaque jour, j’entends :

« Maman, j’ai faim! Qu’est-ce qu’on mange pour souper? »

Que je serais malheureuse d’entendre plutôt :

« Maman, j’ai faim! Est-ce qu’on mange pour souper? »

Mes enfants doivent avoir faim environ 1 heure par jour. C’est à cela que j’estime grosso modo le cumulatif des quelques minutes avant chaque repas et collation. Il y a des enfants qui souffrent de la faim entre leurs trop rares repas et qui ne connaissent tout simplement pas le concept de collations.

Crédit photo : Yannick Mitchell-Ferlandphoto Inc. Mes enfants ne savent pas ce qu’est avoir faim, vraiment faim au point d’avoir du mal à s’endormir et du mal à trouver l’énergie pour jouer. Je ne leur ferai évidemment pas vivre l’expérience pour qu’ils comprennent, mais j’ai tout de même le souci de les sensibiliser à cette réalité que vivent des milliers d’enfants au Québec. Une activité de sensibilisation s’est présentée à nous le mois dernier. Nous avons été invités chez Moisson Montréal pour aider à préparer des sacs de denrées qui avaient été recueillies durant la campagne La grande récolte pour les enfants.

En quelques mots, j’ai tenté de faire comprendre à mes enfants ce qu’on irait faire là, par un beau (non, pluvieux) samedi matin.

« Un bébé qui pleure parce qu’il a faim, on le nourrit. Mais si on manque d’argent pour lui offrir à manger ou à boire, on fait quoi? Un bébé qui pleure parce que sa couche est sale, on le change. Mais si on n’a plus de couche et plus d’argent pour en acheter jusqu’à ce qu’on reçoive des sous, on fait quoi? Les parents à qui ça arrive peuvent appeler la banque alimentaire la plus près de chez eux en espérant recevoir un sac comme ceux qu’on va faire. »

Dans leurs yeux d’enfants qui ne manquent de rien, je crois que c’était de l’empathie. Concentrés, presque solennels, Laura et Benjamin ont rempli des dizaines de sacs en suivant les instructions bien précises. Aussi efficaces que les adultes. Aussi motivés. Couches, préparations pour nourrissons, purées, céréales et biberon dans un sac. Couches, préparations pour nourrissons, purées, céréales et biberon dans un autre. Etc.

Mes enfants ont-ils compris ce que vivent de trop nombreux enfants près de chez eux? Sûrement pas très bien. Mais quand je leur reparlerai de l’importance de faire des dons aux banques alimentaires plusieurs fois par année et pas seulement à Noël ou lors des campagnes spéciales, ils se souviendront de cet avant-midi. Ils repenseront au contenu des sacs qu’ils ont préparés et imagineront peut-être une petite bouche grande ouverte devant une cuillère de céréales.

Trouvez-vous cela important de sensibiliser vos enfants à la pauvreté et à la générosité? Comment vous y prenez-vous?

Crédit photo : Yannick Mitchell-Ferland photo Inc.

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (6)

  1. Hugues 22 mai 2014 à 15 h 45 min
    Un texte très touchant et une expérience qu'il vaut définitivement la peine de vivre avec ses enfants. Merci !
  2. nini 22 mai 2014 à 21 h 47 min
    c'est important de les sensibiliser. Nous avons fait partie du programme OLO il y a 3 ans...Tu n'es pas fière quand ca arrive, ta première épicerie avec tes tickets tu l'a termine en pleurant dans ta voiture. Surtout quand la caissière a demander de l'aide à sa voisine, parce qu'elle ne savait pas comment scanner le ticket olo... Tu te sens démunie, mais tu l'es aussi pour de bon. Non pas que nous sommes faignants, mais un démarrage d'entreprise, des problèmes de papiers pour le chômage de mon mari, mon patron qui finalement ne m'engage pas a l'année suite à mon annonce de grossesse...Bilan: des mois sans un sous, un enfant de 1 an et demi a nourrir, un bébé à venir à nourrir aussi, et noel à la porte...Je ne me suis jamais senti aussi accablé, et aussi honteuse. Tu coupe les ponts avec ton entourage par ce que tu n'as pas un sous pour aller au restau, ni pour inviter.
    Aujourd'hui nous avons releve la tête apres des temps pénibles. Le travail va bien, et lorsque mes enfants ne finissent pas leur assiette, je leur explique que même ici, au Québec, il y a des enfants qui n'ont pas de déjeuner, ou de collation, que nous, nous sommes chanceux de les avoir, alors de profiter et d'apprécier ce que maman leur sert! Ils ont une "ma tante" qui vient du Cameroun, du coup je prend son exemple pour qu'ils comprennent encore plus leur chance.
    Je ne souhaite à personne d'en venir à ses ressources, mais elles sont là, et je dis merci a vous qui donnez. A mon tour, je donne lorsque j'ai l'occasion.
    Merci pour cet article, pour votre expérience avec vos enfants, merci à vos enfants d'avoir participer à cette expérience.
  3. Véronique 23 mai 2014 à 08 h 44 min
    Félicitations Nini, pour ton courage et ta détermination. Ça n'a pas dû être facile...
  4. Stéphanie Côté, nutritionniste 27 mai 2014 à 15 h 15 min
    Merci de partager ce témoignage. C'est touchant et convaincant.
  5. Soso 23 mai 2014 à 15 h 39 min
    Je viens d'un milieu extrêmement modeste mais jamais je n'ai eu faim. Même pas une seule journée! Ma mère avait un budget et le suivait, si bien que le frigo était toujours plein, nos vêtements toujours propres et notre maison bien mise. Et nous avions toujours nos articles scolaires à temps et souvent neufs! Elle s'est sacrifiée, toutefois, comme elle le dit: pas de sorties entre adultes pour elle, pas de «vices», pas de nouveaux vêtements durant des années. Mais des restos en famille, ça on y avait droit au moins 2 ou 3 fois par mois. Je me demande bien comment elle a fait, d'ailleurs. Quel courage ont les mères monoparentales!

    Tout ceci fait en sorte que je ne comprends pas comment au Québec, en 2014, des enfants peuvent avoir faim. Je sais bien que souvent les familles pauvres sont celles qui ont un revenu au salaire minimum ou très bas, ou encore celles avec de l'aide sociale qui peinent à arriver avec les gros loyers, la nourriture qui coûte de plus en plus cher, etc. Ou encore de la malchance temporaire, comme nini. Et les banques alimentaires qui peinent à répondre à la demande toujours croissante. Ne tombons pas non plus dans le cliché des familles où l'alcool et la drogue font des ravages, laissant les enfants le ventre vide, bien que ça existe.

    Bref, je sensibilise mon enfant de 4 ans à la pauvreté, lui expliquant que tout coûte cher et que tous ne sont pas chanceux comme lui et la plupart des enfants du Québec. Et lui de me répondre: «maman, alors il faudra aller à la caisse plus souvent...»
  6. Nespoulous 3 juin 2014 à 15 h 53 min
    Merci Nini
    Merci de nous rappellerais l'essentiel
    J'ai été une maman monoparentale et j'ai eu peur de manquer je fais toujours des réserves au cas ou .. Comme a la campagne quand les magasins sont loin ou qu'il y a la guerre c'est mes grand mères qui m'ont appris a faire des stocks ..mais quand on a vidé les stocks et que le frigo et les étagères sont vides ... Ce n'est pas si facile d'aller a la banque alimentaire demander de l'aide ..c'est dur très dur ça vous pouvez la croir pleurs de honte et de soulagement a la fois quand on revient avec de quoi nourrir sa famille... ses enfants ..,oui dans nos pays aussi on peut avoir rapidement faim... J'ai toujours cette hantise et mes filles sont grandes pourtant maintenant ..

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