La petite séduction de Coke auprès des enfants

La petite séduction de Coke auprès des enfants
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
8 mai 2014

Mise en contexte : j’étais récemment à Whistler en Colombie-Britannique (chanceuse, je sais), durant le World Ski & Snowboard Festival. Il y avait de nombreuses activités et plusieurs kiosques promotionnels, dont certains ne dérougissaient pas. Un en particulier a attiré mon attention.

Questions quiz à ce sujet :

1- Que font ces enfants en file?

a) Ils veulent l’autographe d’un médaillé olympique de planche à neige.
b) Ils attendent pour faire un tour de manège.
c) Ils veulent recevoir une paire de mitaines gratuite.
d) Ils veulent recevoir une cannette de Coke gratuite.

Réponse : d)

Si je voulais vous piéger, j’aurais choisi un autre titre! Restez à l’écoute, le punch s’en vient.

2- Que doivent-ils faire pour recevoir leur cannette de Coke?

a) Chanter une toune.
b) Répéter le slogan de Coke.
c) Faire un câlin à une machine distributrice.
d) Fournir leur adresse courriel.

 Réponse : c)

UN CÂLIN À UNE MACHINE DISTRIBUTRICE!

Ces images arrachaient des « ohhhh » et des « hihihi » à une foule qui trouvait ça « cute ». De mon côté, j’avais la bouche ouverte et les sourcils relevés d’étonnement et de déception.

Je sais bien que cette stratégie de marketing va dans la lignée des slogans de Coke qui, depuis tellement d’années, veut nous convaincre qu’on ouvre du bonheur quand on ouvre une cannette. Là, ce n’est plus juste du bonheur, c’est rendu de l’affection. Un câlin, un Coke. Et à des enfants en plus! Bien sûr que les enfants n’étaient pas la cible première. Dans le village, au bas des pentes, il y avait bien plus de pantalons-à-fond-de-culotte-entre-les-genoux que de salopettes de neige. Néanmoins, en plein long congé de Pâques, les petites familles étaient nombreuses.

Cette campagne « Donne-moi un câlin, je te donne un Coke » me dérange. Au-delà du fait que Coke ne convienne absolument pas aux tout-petits, c’est l’idée que ces enfants adoptent déjà la marque. On sait tous que la mémoire des enfants est marquée par des événements qui semblent parfois anodins aux adultes. J’imagine le portrait :

- Tu te souviens de Whistler, mon trésor? Tu sais, là où les montagnes montent plus haut que les nuages?

- Ah oui, c’est là que j’ai fait un câlin à une machine distributrice et que j’ai bu un Coke pour la première fois, c’est ça?

La fidélisation à une marque prend racine dès l’enfance. Et voilà des milliers d’enfants charmés par le logo rouge et blanc. La file ne dérougissait pas, je le répète. Il devait sortir une cannette à la minute.

Au Québec?

Il y a peu de chance de voir la même stratégie au Québec, grâce aux règles sur la publicité faite aux enfants encadrées par la Loi sur la protection du consommateur. Ici, la distribution directe aux enfants est interdite. La Coalition Poids est toujours sur un pied d’alerte, prête à poursuivre les compagnies qui contreviennent à la loi. Bien que ce type de promotion soit interdite ici, il ne faut toutefois pas oublier que les opérations de séduction sont souvent plus subtiles. Toutes les publicités auxquelles nos enfants sont exposées à la télévision et ailleurs agissent aussi sur eux, leurs demandes, leurs futurs choix et leur santé.

D’entrée de jeu, je déteste le fait que des compagnies comme Coca-cola fassent autant de publicités. Je déteste cela parce que… c’est d’une redoutable efficacité. Je déteste surtout admettre que parfois, je les trouve bonnes, leurs pubs. Mais l’idée derrière, jamais. Et encore moins ce dernier coup de marketing dont j’ai été témoin.

Et vous, comment réagiriez-vous devant une stratégie de marketing qui vise directement vos enfants?

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (10)

  1. Andréane 8 mai 2014 à 14 h 18 min
    Même si mon fils à seulement 2 ans, je prends un mâlin plaisir à lui «expliquer» les trucs publicitaires pour arnaquer les enfants lorsque je fais l'épicerie ou que je magasine: «Bien oui mon amour, c'est l'avion de ton film préféré sur la boîte... C'est des adultes pas très gentils qui essaient de faire croire aux enfants que leur céréales sont bonne pour la santé...» etc. Je me dis qu'en le faisant à voix haute je vais peut-être conscientiser d'autres enfants!!! Je suis peut-être un peu tannante, mais je trouve que manipuler des enfants c'est intolérable. J'espère qu'en faisant cela mon fils va apprendre à consommer les produits qu'il désire par choix et non pas par mode. Ça ne m'empêche pas de consommer certains produits moins santé, mais on le fait en toute connaissance de cause.
  2. Stephanie 9 mai 2014 à 00 h 10 min
    Pas mal pareil pour moi!
  3. Stéphanie Côté, nutritionniste 9 mai 2014 à 08 h 56 min
    C'est une bonne idée de présenter les choses de cette façon aux enfants. Ils n'ont pas encore la maturité de distinguer la vraie vie et ce qui est créé de toute pièce, mais ça ne peut que faire du chemin dans leur esprit!
  4. Kim 8 mai 2014 à 14 h 40 min
    C'est lors de situation comme celle là que je suis heureuse qu'il soit interdit, ici, de faire de la publicité adressé directement aux enfants. Lorsque mon garçon était plus jeune, juste le petit palapapapa lui a suffi à reconnaitre la signification des arches dorées et a vouloir y aller... sans pour autant apprécier leur nourriture. Je trouvais vraiment fatiguant ses petites crisettes dès qu'il voyait l'enseigne... simplement parce que le thème musical est accrocheur à l'oreille.
  5. Petit Bourgeon 8 mai 2014 à 15 h 00 min
    A la maison nous n'avons pas grand-chose de "marques", même des fameux dessin animés, pour notre fille de 4 ans, donc pour l'instant elle reste encore assez insensible aux tentatives d'attirer l'attention sur toutes sortes de produits par les supermarchés etc... Et je lui explique qu'un objet sans son personnage adoré est aussi bien que celui avec.
    Pour l'instant notre "travail" est donc plutôt facilité, mais je compte bien mettre la vitesse supérieure dès qu'il le faudra, surtout si l'on croise ce genre d'initiative !!!
  6. Stéphanie Côté, nutritionniste 9 mai 2014 à 08 h 57 min
    C'est une mission à long terme, en effet!
  7. Fanny (via Facebook) 8 mai 2014 à 15 h 08 min
    Moi, qui suis accro au Pepsi et qui d'ailleurs se prépare mentalement à me débarrasser de cette dépendance, je trouve horrible qu'on s'en prenne aux enfants. Tout le coté affectif de la chose, me révolte alors qu'on cherche à combattre l'obésité qui commence de plus en plus tôt. C'est un non-sens!
  8. Stéphanie Côté, nutritionniste 9 mai 2014 à 08 h 58 min
    On est d'accord!
  9. Valérie (via Facebook) 8 mai 2014 à 15 h 12 min
    J'ai vu aux Grands reportages (RDI) qu'ils prennent d'assaut le Mexique, surtout les régions très pauvres. Le coke y est moins cher que l'eau (ils vident d'ailleurs la nappe phréatique à qui mieux mieux) et les enfants en ont même parfois dans leur biberon. On voyait même des cérémonies religieuses ou le coke avait pris la place d'une boisson locale. Les ventes commencent à baisser dans les pays riches alors...
  10. Stéphanie Côté, nutritionniste 9 mai 2014 à 10 h 10 min
    C'est bien vrai, malheureusement. J'ai vu du Coke et des publicités de Coke dans des villages pauvres et des plus reculés en Inde aussi. Rien pour améliorer la santé et le sort des populations qui peinent à se nourrir.

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