Grossesse minceur?

Grossesse minceur?
Par Fannie Dagenais, Nutritionniste et directrice d’ÉquiLibre
29 avril 2014

Depuis environ un an, on entend beaucoup parler des problèmes d’image corporelle pendant la grossesse. Les mamans taille zéro ou mommyrexiques, comme les ont nommées certains experts, ont su capter l’attention des journalistes et du public. Notre société doit désormais composer avec une nouvelle réalité : sans nécessairement souffrir de troubles alimentaires, un nombre grandissant de femmes vivent leur grossesse avec la peur de grossir.

Selon une étude, 37 % des femmes dont le gain de poids pendant la grossesse respecte les recommandations auraient peur d’être grosses à la fin de leur grossesse. Le même auteur rapporte que 21 % des femmes adoptent au moins un des comportements suivants au cours de la grossesse : ne pas manger avant un suivi de grossesse, contrôler son poids pour ne pas paraître enceinte dans les premiers stades de la grossesse ou essayer de stopper sa prise de poids lorsque l’on sent qu’on en a trop pris le mois précédent.

Selon d’autres auteurs, l’insatisfaction corporelle vécue pendant la grossesse serait liée à plusieurs comportements qui pourraient nuire à la santé et au développement de la mère et du bébé, comme le tabagisme, les diètes restrictives ou l’abandon précoce de l’allaitement.

 De nouveaux standards de beauté spécifiques à la grossesse

Les pressions sociales pour se conformer aux idéaux de beauté de notre société ne datent pas d’hier. Mais au cours des dernières années, c’est comme si un microclimat pro-minceur s’était installé autour de la femme enceinte. Celle-ci se trouve alors exposée à de nouveaux standards de beauté, spécifiques à son état. Son bedon doit être bien rond, et sa prise de poids localisée à cet unique endroit sur son corps. Idéalement, les gens devraient ignorer qu’elle est enceinte lorsqu’elle est vue de dos…

Ces idéaux de beauté sont largement véhiculés par les vedettes hollywoodiennes, dont les grossesses sont suivies de près par le star-système. Ces mêmes vedettes font la première page des magazines quelques semaines après leur accouchement, exhibant leur corps sculpté, en bikini à cordons! Il suffit généralement d’acheter le fameux magazine pour en savoir plus sur la diète stricte et le programme d’entraînement intense auquel elles se sont soumises pour en arriver à ce résultat.

L’obsession de notre société à valoriser la performance va désormais jusque-là : on ne peut plus simplement vivre notre grossesse, il faut la contrôler! Une amie clinicienne disait, avec beaucoup de sagesse : «Si cela nous a pris 9 mois pour prendre ce poids, il est irréaliste de penser qu’on peut le perdre en quelques semaines! »

Le pouvoir des mots

Lorsque j’ai vécu ma première grossesse, il y a une dizaine d’années, j’ai été frappée de voir à quel point on me parlait constamment de mon poids.  Membres de mon entourage ou étrangers rencontrés au centre commercial me félicitaient de ne pas avoir pris trop de poids. Après mon accouchement, on me félicitait d’avoir rapidement retrouvé ma taille, en faisant allusion aux femmes qui se laissent aller après une grossesse et qui ne se prennent pas en mains. Comme chacun sait, s’il y a un moment dans la vie où on a le loisir d’être paresseuse, c’est bien après un accouchement!

Pourtant, j’ai vécu une grossesse tout ce qu’il y a de plus normal, même que ma prise de poids tendait plus vers le maximum recommandé que le minimum. Mais pourquoi alors me parlait-on constamment de mon poids? N’y aurait-il pas d’autres sujets plus pertinents à aborder avec une personne qui traverse ce qui sera sans nul doute l’une des étapes les plus importantes de sa vie? Le bébé et le lien d’attachement qui se développera entre lui et sa mère ne devraient-ils pas primer sur des considérations esthétiques?

S’il est vrai que les images de beauté projetées par les médias jouent un rôle important, elles ne sont pas les seules en cause dans le phénomène. On oublie trop souvent que nous contribuons tous à renforcer la norme sociale, par nos gestes et nos paroles.

Quelque chose à garder en tête lorsque vous croiserez les belles bedaines que le printemps nous apporte chaque année!

Découvrez d’autres billets de Fannie Dagenais sur monéquilibre.ca qui publie de l’information crédible sur la gestion du poids et de l’image corporelle.


 

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Commentaires (6)

  1. Isabelle 30 avril 2014 à 14 h 53 min
    L'important est de manger de bonnes choses, de rester active en tenant compte de notre condition et ne pas trop céder aux envies de grossesse. J'ai vu l'autre extrême moi: ce n'est pas pas parce qu'on est enceinte qu'on peut manger tout ce que l'on veut en quantité démesurée. J'ai vu beaucoup de femmes justifier le fait qu'elles mangeaient du "junk food" sur le dos de la grossesse...Il faut savoir se faire plaisir de temps en temps mais ne pas abuser non plus.
    Le bien être de l'enfant à naître devrait primer sur tout, peut importe qu'on parle de poids, d'habitudes alimentaire, de sport, etc.
  2. annir 30 avril 2014 à 15 h 02 min
    Moi c'est mon medecin qui me répète à chaque suivi que je suis au dessus de la moyen de 5 lbs et que je ne devrais pas prendre de poids dans le prochain mois! Qu'est ce que j'en ai a faire de la moyenne. Je mesure 5'11".... pas 5'4"!!!!! Il faut arrêter d'essayer de mettre tout le monde dans une même boite. 5lbs est-ce vraiment la fin du monde à 24 semaines de grossesse!?!?
  3. Soso 1 mai 2014 à 02 h 07 min
    C'est amusant car certaines femmes prennent énormément de poids durant leur grossesse (ex. 60 livres) et elles n'en sont pas alarmées du tout. La plupart vont perdre ce poids durant l'année suivant l'accouchement, ou jusqu'à 2 ans. D'autres prennent 30 ou 35 livres et sont affolées, alors que c'est la moyenne. Justement, cette fameuse moyenne, elle doit bien exister car il y a des femmes en deçà et d'autres au-dessus. Effectivement il faut bien s'alimenter et se faire plaisir parfois, mais au diable la panique de la part des «professionnels». Chaque maman est différente et chaque bébé aussi!

    Ces pauvres femmes du star-système gagnent leur vie avec leur apparence, mais les femmes «ordinaires» n'ont pas à se faire violence ni à priver leur bébé. Après tout, porter la vie ne devrait pas être synonyme de privation, et les semaines après l'accouchement devraient être consacrées au bébé et non à un programme de sport intensif!
  4. Maude Bujeault Bolduc 1 mai 2014 à 02 h 33 min
    Bravo Fannie!
    Étant enceinte, je me rends d'autant compte de la pression sociale entourant le poids durant une grossesse. Il est tellement important de se concentrer sur la santé et le bien être du bébé, d'abord en adoptant un mode de vie sain.
  5. Melissa 1 mai 2014 à 18 h 08 min
    En effet c'est préoccupant ce type de comportement. Je suis clinicienne et maman de 3 enfants. Bilan première grossesse je pesais 110 lbs avant, à la fin 160. Deuxième je pesais 105 avan, à la fin 175 lbs. Selon moi il s'agit de la mémoire du corps qui a emmagasiné pour l'allaitement. Troisième grossesse 115 avant, à la fin 150. Tout reperdu sans tien faire. Notre corps sait ce qu'il a besoin. On doit lui faire confiance!
  6. Mélanie 6 mai 2014 à 22 h 52 min
    De nature, je ne me préoccupe pas de mon poids. Depuis le début de ma grossesse, on me demande souvent combien j'ai pris de poids ou on me dit que j'engraisse à vue d'œil ou d'heure en heure..... On me dit grosse bedaine. Malgré toute la bonne confiance en moi et ma bedaine, c'est pas facile de ne pas se mettre a surveiller tout ça parce que les autres s'en préoccupent plus que moi... J'ai compris par contre que ce qu'on doit entendre c'est belle bedaine et non pas grosse. Ou tu prends tu poids c'est signe que ta grossesse va bien ça doit te rassurer.... Beaucoup de maladresse dans tout ça.... Je ne me gêne pas maintenant, quand on me dit grosse bedaine, je dit non belle bedaine ! Parce que ma bedaine je l'aime

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