Alimentation à la garderie: un nouveau virage?

Alimentation à la garderie: un nouveau virage?
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
22 avril 2014

À raison d’au moins un repas et deux collations par jour, nos enfants mangent autant au service de garde qu’à la maison. Parfois plus. L’offre alimentaire y est donc d’une importance capitale. Au-delà des aliments qu’on y sert, la manière de les offrir est tout aussi déterminante pour que les enfants développent de bonnes habitudes alimentaires. L’horaire, la pièce où ils mangent, le mobilier qui les accueille, les ustensiles qu’ils utilisent, les personnes qui les accompagnent et plus encore sont réfléchis. Ou devraient l’être.

C’est justement dans cette optique que le ministère de la Famille a chapeauté l’élaboration de lignes directrices pour encadrer les pratiques en services de garde. Un cadre de référence vient tout juste de voir le jour : Gazelle et Potiron. « Potiron » pour l’aspect alimentaire. Et « Gazelle » parce qu’il couvre aussi le développement moteur et l’activité physique. En fait, plutôt que de parler d’activité physique, on parle de jeux actifs. La nuance est très importante, car c’est par le plaisir que les enfants intègrent plusieurs apprentissages. Même chose pour l’alimentation.

Les repas et les collations sont beaucoup plus que des occasions de se nourrir. Ils sont également « considérés comme des moments particulièrement propices à l’exploration sensorielle, au développement de l’autonomie et du sentiment de compétence, à l’acquisition de saines habitudes alimentaires et au développement de compétences sociales », tel qu’on peut lire dans Gazelle et Potiron. À la table, les enfants se développent sous plusieurs angles. Le concept des compétences transversales, ça débute avant même de rentrer à l’école!

Pourquoi un besoin de cadre de référence? Pour favoriser le développement global des enfants... et aussi parce que la santé et l’alimentation des enfants au Québec gagneraient à s’améliorer. Les experts se préoccupent de plusieurs aspects :

  • Embonpoint, obésité et maladies chroniques. Le quart des enfants de 2 à 5 ans ont un surplus de poids. Cela augmente leurs risques d’obésité à l’âge adulte, et donc de problèmes de santé, comme les maladies cardiovasculaires, le diabète, l’hypertension, de même que certains types de cancer.
  • Qualité de l’alimentation. Les enquêtes révèlent que les petits québécois ne mangent pas assez de fruits et de légumes, de produits céréaliers à grains entiers, de lait et substituts, et de viandes et substituts. Que mangent-ils alors? Dans l’ensemble, trop d’aliments camelotes et de boissons sucrées.
  • Préoccupation excessive à l’égard du poids. Près de la moitié des enfants de 9 ans sont insatisfaits de  leur silhouette. Il arrive que cette préoccupation prenne naissance durant la petite enfance. Les conséquences? Risque d’anxiété, symptômes dépressifs, faible estime de soi, développement de comportements malsains, voire de troubles alimentaires.


Il est donc important d’ajuster le tir et il est évident que les garderies font partie de la solution. Ce nouveau cadre de référence, en plus des formations Croqu’Plaisir entièrement développées pour les services de garde par Extenso à l’Université de Montréal, en collaboration avec les acteurs du milieu, sont un signe que s’amorce un important virage dans le secteur de l’alimentation à la petite enfance.

Êtes-vous préoccupé par l’alimentation de votre enfant à la garderie? Est-ce que cette nouvelle vous rassure?

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (19)

  1. Ana 23 avril 2014 à 11 h 42 min
    Super cet article, très intéressante de repenser à la façon de comment on fait manger nos petits à la garderie, bien sûr la nourriture est très important, varier les repas, qu'ils soient équilibrés, etc. mais on oublie trop souvent le contexte, le lieu, la compagnie, c'est très bien de rappeler qu'il faut un équilibre pour que le repas soit agréable.
    Je suis une RSG, et le moment des repas est la plus part du temps très agréable et magique pour moi et les enfants et je vous assure, on mange de tout, des assiettes colorées et bien garnies.
    Continuez votre beau travail de vulgarisation du développement des enfants.
    Ana
  2. Stéphanie Côté, nutritionniste 25 avril 2014 à 11 h 00 min
    Merci Ana. Et vous, continuez votre beau travail d'éducation des enfants! :-)
  3. Annie 23 avril 2014 à 12 h 36 min
    Je trouve cet article particulièrement intéressant. Je suis maman d'une petite puce de 18 mois et dans quelques mois d'un tout nouveau garçon et le contenu de l'assiette de mes enfants me préoccupent beaucoup. À la maison je contrôle ce qui s'y retrouve, mais j'ai souvent des «frissons » dans le dos quand je regarde le menu de la garderie.

    Je crois comprendre que le bureau coordonnateur envoi fait une inspection au moins 3 fois par année de chacun de ses milieux de garde en milieu familial subventionné, ils s'intéressent à la sécurité, à la qualité des soins et des activités offertes aux enfants, mais quand est-il de l'offre alimentaire?

    L'éducatrice de ma fille est une vraie fée avec les enfants. Elle est passionnée par son métier et ça transparaît dans son rapport avec les enfants et avec nous, les parents. Par contre, je me rend souvent compte qu'elle offre aux enfants des viennoiseries comme collation le matin, des jus qui sont plutôt des punchs et des biscuits ou barres tendres du commerce à teneur élevée en sucre et en gras. Ça me désole de voir ça, mais je ne sais pas trop comment aborder la question avec elle.

    Merci pour cette réflextion, en espérant que mon éducatrice ait la chance d'assister à une formation Croqu'Plaisir!
  4. Stéphanie Côté, nutritionniste 25 avril 2014 à 11 h 06 min
    Merci pour votre commentaire Annie. La question est délicate, je vous l'accorde. Vous pouvez aborder le sujet avec doigté, tout en lui disant ce que vous avez écrit, c'est-à-dire que vous savez à quel point elle est compétente dans ce qu'elle fait. L'alimentation de votre enfant vous préoccupe, c'est normal de vouloir en parler. Son éducatrice l'a aussi à coeur, mais ne réalise peut-être pas certaines faiblesses de son menu.
  5. Julie 23 avril 2014 à 12 h 50 min
    J'ai posé des questions sur les repas et les collations à chacune de mes visites de services de garde avant de faire mon choix pour mon garçon.

    Pas besoin de vous dire que j'ai vite retiré de ma liste la garderie où la RSG qui m'a répondu "des choses que les enfants aiment" lorsque je lui demandais de me donner des exemples de repas qu'elle offrait (sans jamais préciser malgré mon insistance)!
  6. Stéphanie Côté, nutritionniste 25 avril 2014 à 11 h 08 min
    De nombreux services de garde font un travail admirable. Tant mieux si vous avez trouvé malgré quelques déceptions lors de vos recherches.
    Merci pour votre commentaire!
  7. Nathalie 23 avril 2014 à 13 h 39 min
    bonjour je suis aussi responsable en milieu familial, j'adore essayer des nouvelles recettes pour les enfants, mais eux ne l'apprécient pas toujours. C'est pas grave je réessaie, j'aime varier mes repas car moi aussi je mange avec eux et j'aime aussi que ça soit bon, souvent des bons muffins maison et des bonnes galettes. Moi je suis très fière de l'ensemble de mon milieu de garde :)
  8. Stéphanie Côté, nutritionniste 25 avril 2014 à 11 h 11 min
    Bravo Nathalie, vous avez la bonne méthode! Continuez votre bon travail.
  9. Soso 23 avril 2014 à 23 h 01 min
    Je n'envoie pas mon garçon à la garderie, mais si tel était le cas, je serais très exigeante quant à l'offre alimentaire dans son milieu. C'est long, une petite enfance en garderie! Les enfants y mangent toute la journée, toute la semaines... et qu'y a-t-il dans ces petits bedons??? Certes, je ne fais pas de la gastronomie chez-moi, je suis une cuisinière bien modeste mais je me préoccupe de ce que mon enfant mange. Il n'aime pas certains légumes? Allez hop! un potage. Je le laisse surtout manger à sa faim -car des portions ridicules en milieu de garde, j'en ai vu.

    Mais le plus choquant, c'est lorsque j'ai vu des bébés littéralement accrochés au mur dans un grand service de garde et nourris en ligne par une éducatrice. Ils étaient sûrement bien traités, mais jamais je n'aurais accepté que mon enfant vive cela chaque midi. Partager un repas, c'est aussi partager une conversation, des regards, des paroles, de l'amour quoi!
  10. Stéphanie Côté, nutritionniste 25 avril 2014 à 11 h 16 min
    Il n'est pas nécessairement facile de faire manger plusieurs poupons en même temps, et c'est une solution pour plusieurs services de garde. Je crois que les éducatrices font leur possible pour tout de même interagir avec eux en attendant de pouvoir s'asseoir à la même table.
    Vous faites bien d'accorder de l'importance tant aux repas qu'à tout ce qui les entoure.
    Merci pour votre commentaire.
  11. Isabelle sheehy 24 avril 2014 à 10 h 02 min
    Bonjour, je trouve cette nouvelle très rassurante. Je suis une nouvelle maman depuis peu et mon enfant a commencé la garderie dans une garderie privée qui est très bien. Les repas sont cuisinés sur place et me semble très bien jusqu'à maintenant sauf que les dessert et collations sont tout simplement trop sucrés. Des pitas à la confiture, gauffres au sirop d'érable, biscuits oréo et biscuits aux chippits de chocolat sont un peu trop sucré selon moi.
  12. Stéphanie Côté, nutritionniste 25 avril 2014 à 11 h 20 min
    Merci pour votre commentaire Isabelle. Vous pouvez en parler à la personne responsable. Les desserts ont leur place, mais les exemples que vous énumérez sont en effet des aliments que les enfants devraient manger seulement rarement. Il existe des ressources pour aider les garderies à améliorer leur menu, et je suis certaine que cela fait partie des préoccupations de votre service de garde.
  13. soso 24 avril 2014 à 14 h 54 min
    Isabelle: peut-être pourriez-vous en glisser un mot à la responsable...

    Ces collations et desserts que vous décrivez m'horripilent, car pour moi ça devrait être donné seulement qu'exceptionnellement. Mon enfant ne boit même pas de jus, c'est dire! Mais je lui donne des desserts sucrés, par exemple au resto ou à une occasion spéciale. Pour moi, un dessert c'est un fruit ou un yogourt, ou encore quelque chose fait maison.

    Une pomme, ça coûte trois fois rien et c'est tellement plus nutritif!
  14. Nicole 27 avril 2014 à 00 h 02 min
    Bonjour, je travaille dans un Cpe Où l'alimentation est importante. Les repas sont variés (légumes et légumineuses, volailles, poissons et viandes). La collation du matin est toujours un fruit et différent à chaque jour. On n'oblige pas l'enfant à manger mais on le félicite lorsqu'il goûte un nouvel aliment. Et bien sûr on favorise le plaisir d'être ensemble au repas. Les enfants aident à servir et on prévoit aussi des activités de cuisine avec eux.
  15. Stéphanie Côté, nutritionniste 30 avril 2014 à 14 h 41 min
    Merci pour votre commentaire Nicole et bravo à votre CPE!
  16. Marie-Claude 28 avril 2014 à 21 h 04 min
    Bonjour, mon garçon fréquente un CPE depuis maintenant 1 an et je suis très satisfaite des repas et collations qu'on y sert. Les collations du matin sont toujours des fruits, les repas le midi contiennent toujours une soupe ou une salade au lieu d'un dessert et la collation de l'après-midi consiste toujours en un muffin, une galette ou des craquelins, question de tenir jusqu'au souper. Les menus sont très appétissants, j'aimerais bien goûter plusieurs de leurs recettes! hihihi! Et à la maison, il y a quelques fois des exceptions (il a déjà mangé du kraft dîner, mea culpa! hihi!) mais rien ne peut lui faire plus plaisir pour dessert qu'une pomme rouge, quelques fois accompagnée d'une galette maison... Bref, bravo à mon CPE!
  17. Stéphanie Côté, nutritionniste 30 avril 2014 à 14 h 44 min
    En effet, bravo à votre CPE!
    Quant aux exceptions dans l'alimentation de votre enfant, eh bien c'est parfait qu'elles y soient! Une alimentation saine a de la place pour des aliments moins nourrissants de temps à autre.
  18. Geneviève 29 avril 2014 à 22 h 43 min
    Bonjour, j'ai travaillé 10 ans dans une garderie privée où la qualité et la quantité de la nourriture était une priorité pour la propriétaire. Puis, est arrivé un associé, un business man, qui a tout changé et pas pour le mieux, je dois dire. L'excellente responsable de l'alimentation a été remplacée par un service de traiteur médiocre. Toutes les éducatrices ayant des enfants leur apportaient des collations supplémentaires pour combler le manque de nourriture. Ce nouveau propriétaire n'a pas voulu écouter le point de vue du personnel éducateur qui vivaient cette problématique au quotidien avec les enfants. Je ne travaille plus pour la garderie maintenant dû à mes convictions profondes pour le bien-être des enfants. C'est la loi du silence qui règne désormais dans ce milieu et ceux qui en souffrent le plus sont les enfants, c'est tellement triste. Les parents ne s'en doutent aucunement, ils font peut-être parfois trop confiance. C'est important de se rendre sur les lieux à l'heure des repas de temps en temps et de poser des questions. Quand il y a seulement une demie-pinte de lait pour un groupe de 8 enfants, votre enfant a-t-il eu sa portion de produits laitiers qu'il doit avoir à la garderie? Lorsqu'il mange des melons d'eau à la collation du matin 5 fois par semaine, son alimentation est-elle variée? Lorsque qu'une inspectrice est venue, je lui ai demandé s'il était possible qu'elle fasse des recommandations écrites au gestionnaire pour l'alimentation. Elle m'a dit que le menu devait respecter le Guide alimentaire canadien et que notre menu était conforme. J'espère que le Ministère de la Famille sera plus sévère à l'avenir avec son nouvel encadrement. Parfois, un menu sur papier, ça semble bien, mais en vrai, ça l'est peut-être moins et surtout si on ne le respecte pas! Je sais que mon point de vue sur la question est peu reluisant dû à ma mauvaise expérience, mais je sais qu'il y a d'excellents milieux pour qui l'alimentation est une priorité, merci à ceux-ci de continuer leur beau travail!
  19. Stéphanie Côté, nutritionniste 30 avril 2014 à 14 h 48 min
    Ouf, votre exemple est triste. Dommage que le but lucratif domine sur certains principes fondamentaux. Il y a pourtant des améliorations possibles sur le menu qui ne coûtent pas si cher et qui souvent, aident même à économiser de l'argent.

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