Les caprices alimentaires, une affaire de gènes?

Les caprices alimentaires, une affaire de gènes?
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
18 juin 2013

« Nos goûts alimentaires inscrits dans nos gènes? », était titrée une nouvelle sur le site web de Radio-Canada récemment. D’Ici Radio-Canada, je veux dire. Selon les résultats d’une étude scientifique faite sur des poissons-zèbres, il se produit une activation d’un gène particulier lorsqu’ils mangent un aliment acide ou amer qu’ils n’aiment pas. Cette réaction diminue au fur et à mesure que l’aliment devient plus familier et mieux accepté.

C’est intéressant d’expliquer ce phénomène d’un point de vue de la génétique, mais d’un angle pratico-pratique, c’est quelque chose qu’on connaît assez bien. C’est l’histoire du développement du goût, comme on la connaît notamment chez l’enfant.

Avant même la naissance, le fœtus est en contact avec des saveurs dans le ventre de sa mère. Dès ce moment, des chercheurs ont remarqué par différentes observations que le fœtus apprécie les saveurs sucrées et n’aime pas les saveurs amères. Même chose à la naissance : bébé rejette d’emblée les saveurs amères, mais il tète instinctivement et aime instantanément le lait maternel. C’est naturel et c’est ainsi depuis la nuit des temps, puisque dans la nature, les poisons sont souvent amers. Il s’agit ni plus ni moins d’un mécanisme de protection. C’est un peu une question de survie de la race, quand on y pense!

Ce sont donc les préférences innées. Mais il y en a aussi qui sont acquises, puisque les goûts se développent. Les enfants apprennent à aimer ce qu’ils connaissent. Et pour connaître des aliments, ils doivent être en contact souvent avec eux. C’est ce que les chercheurs soulignent quand ils écrivent qu’après 2-3 jours, les poissons-zèbres ne démontrent plus de variation génétique.

Dans la vraie vie et avec des petits humains plutôt que des larves de poissons, la période d’adaptation peut prendre plus – voire beaucoup plus – que 2-3 jours. Ça peut prendre 15 ou 20 fois, et même plus avant qu’un enfant démontre un intérêt et un signe d’acceptation d’un nouvel aliment. Il ne faut donc pas vous décourager après 2-3 tentatives infructueuses. Continuez plutôt de mettre l’aliment au menu régulièrement, sans forcer votre enfant à en manger et en en mangeant vous-même avec plaisir. Le temps et le contexte positif viendront à bout de presque tous les refus!

Une explication peut aussi vous faire voir les « caprices » de votre enfant d’un autre œil. Saviez-vous qu’il a sur la langue et dans la bouche plus de papilles gustatives que vous? Et qu’elles sont plus sensibles que les vôtres?  C’est ainsi que pour lui, une nouvelle expérience gustative est plus intense que pour un adulte. Et c’est aussi pourquoi il apprécie généralement les saveurs plutôt douces.

Bref, les aversions ne sont pas de simples caprices. Elles ont leur fondement génétique. Mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’elles déclenchent un mécanisme d’adaptation et de développement du goût. Les aversions sont inscrites dans les gènes, pas dans le béton!

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (10)

  1. caroline 18 juin 2013 à 11 h 20 min
    Cest bizarre mon garcon de 8 mois n'aime pas la compote de pomme de toute sorte et compagnie mais aime le citron et la rhubarbe !!!
  2. Stéphanie Côté 18 juin 2013 à 11 h 37 min
    @Caroline, votre garçon défie les statistiques et les scientifiques! Chaque enfant est unique, on le confirme!
  3. Syndhi 18 juin 2013 à 21 h 07 min
    Parfois je pense que c'est nous comme parent qui pensons que notre enfant n'aimera certainement pas certaines choses. Personnellement, je n'aime pas le pamplemousse et j'ai hésité avant de le faire goûter à ma fille. Surprise, mais sans ajouter de sucre, elle aime ça!!
  4. Mylène 19 juin 2013 à 21 h 22 min
    Ma fille n'aimait pas la compote de pommes non plus à cet âge. À maintenant 3 ans, elle mange non seulement de la compote de pommes, mais des escargots à l'ail, des sushis, des sardines, des huitres... Elle ne rechigne jamais devant un brocoli, du pain à grains entiers, des légumineuses... Tellement d'aliments qu'on ne croirait pas pouvoir faire manger à un enfant! C'est étonnant à quel point le goût peut se développer si on permet aux enfants d'explorer à leur rythme!
  5. Stéphanie Côté 20 juin 2013 à 10 h 26 min
    @Syndhi, c'est tout à fait vrai! C'est une mauvaise habitude qu'on a parfois comme parent, de présumer certains goûts. http://naitreetgrandir.com/blogue/dans-mon-assiette/2011/08/15/les-mauvaises-manieres-des-parents/
    Il faut donc faire attention à nos réactions et notre façon de présenter certains aliments. Dans le meilleur des cas, il faut être enthousiaste. Sinon, mieux vaut avoir une attitude neutre plutôt que négative. Les enfants ont toujours de quoi nous surprendre!

    @Mylène, votre commentaire est inspirant, merci!
  6. Christine 20 juin 2013 à 12 h 44 min
    Chez nous, c'est la viande qui n'est pas très gagnante...il faut dire que je ne l'apprécie pas vraiment moi non plus. Ai-je transmis sans le vouloir mon aversion à mes enfants? Ma fille et mon fils on détesté la viande dès la première bouchée de purée. Lorsque nous mangeons du boeuf (ce qui est extrêmement rare) ça reste dans les assiettes...à moins qu'une sauce vienne agrémenter le tout. Au grand désespoir de papa, qui s'ennuie de ses steaks...Le poulet passe mieux mais le porc est difficile aussi

    Mais ils adorent le poisson, les fromages (surtout le fromage bleu pour mon fils), le tofu et les légumineuses. . Alors somme toute j'équilibre avec d'autres sortes de protéines et je pense qu'on finit par manger sainement. Mais devrais-je obliger mes enfants à manger de la viande pour qu'ils développent leur goût?
  7. Valérie 20 juin 2013 à 22 h 19 min
    Durant ma grossesse j'ai eu de gros reflux gastriques, pour les diminuer j'évitais tout ce qui contenait des tomates! Mon fils a maintenant 13 mois et il commence a manger des choses tomatées, qu'il refusait jusqu'à maintenant...je n'ai donc aucune difficulté a croire a cela!
  8. caftan jabador 21 juillet 2013 à 17 h 02 min
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    je suis stressee,mon fils de bientot 3ans refuse de manger comme tout le monde je dois continuer d'ecraser son repas et accepte que le yaourt et les compotes a la cuillere....le reste ne passe pas c'est a dire legume,viande,poisson tout doit etre ecrase.Voila ma situation,c'est vrai que je suis pas tres passionnee de cuisine mais quand meme.J'espere qu'en septembre pour la rentree a la cantine il fera un effort,c'est mon premier bebe et j'ai l'impression que j'ai rate son apprentissage a la nourriture.
  10. caftan in long sizes 22 juillet 2013 à 21 h 52 min
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