Le défi rapini

Le défi rapini
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
13 avril 2013

Avec certains enfants, faire manger des légumes relève de l’exploit, même s’ils connaissent bien les légumes en question. Imaginez quand vient le temps d’en introduire un nouveau. Tout un défi! Le mois dernier, j’en ai relevé un avec mes enfants : le défi rapini.

Le rapini est nouveau pour mes enfants… et pour moi. Je le connais de nom et de visu depuis des années, mais je suis demeurée au stade de contemplation. Si j’ai décidé de passer à l’action, c’est à cause du défi lancé par un collègue de travail chez Extenso. Un défi qui consistait à cuisiner un nouveau légume de quatre manières différentes une fois par semaine pendant quatre semaines. Ce ne sont pas les idées ni les recettes qui manquaient pour apprêter le rapini. Mais arriverais-je à en faire manger à mes enfants? J’étais optimiste.

Première étape pour donner aux enfants l’envie de manger un nouveau légume : susciter leur intérêt. Pas trop difficile, les miens adorent la bouffe (c’est génétique). Mais ça prend tout de même un petit quelque chose de spécial. C’est donc à la fruiterie que ça s’est passé. En y mettant les pieds, j’ai dit à Laura et à Benjamin : « On fait une chasse au trésor; c’est à vous de trouver le rapini ». Motivés par leur propre défi, ils me montraient tout sur leur passage de peur de passer tout droit. Je n’ai jamais vu des enfants aussi excités devant des fruits et des légumes!

Ça a pris des indices pour préciser la recherche. « C’est un légume vert, et il a des bouquets semblables à ceux du brocoli, en plus petits. »

« Non, ça c’est du persil. »

« Voilà, ça c’est du rapini. »

Et hop! Deux rapini dans le panier. Et deux enfants fiers d’annoncer au commis et à la caissière qu’ils mangeaient du rapini ce soir-là. Ça augurait plutôt bien. J’étais optimiste, je vous l’ai dit.

Plusieurs fois pendant la journée, les enfants parlaient encore avec enthousiasme du défi rapini et de l’expérience qui nous attendait au souper. Nous avons choisi ensemble la recette, puis cherché des renseignements de base pour confirmer que les tiges et les feuilles se mangeaient, et que c’était important de blanchir le rapini pour réduire son amertume. Ils étaient heureux de découvrir les secrets du rapini en même temps que leur maman.

Lave, coupe, blanchis, égoutte, fais revenir dans la poêle, assaisonne… en quelques minutes, le rapini est prêt… et prometteur. Mon enthousiasme ne fléchit pas. C’est prouvé que l’enthousiasme d’un modèle augmente les chances de se faire imiter des enfants.

« Avez-vous remarqué comme les feuilles ressemblent à des épinards, les tiges aux asperges et les bouquets à ceux du brocoli? » À la lecture, j’avoue que ça ne fait pas très vendeur, mais tout est dans l’intonation de la voix et l’expression du visage! Et bien sûr dans le « c’est croquant et tendre à la fois, c’est délicieux! » qui concluait ma performance.

J’ai mangé ma portion de rapini avec un plaisir que j’ai espéré contagieux… mais qui ne l’a pas été. Ma fille a touché le légume du bout des lèvres. Mon fils l’a regardé timidement sans oser y toucher. Je n’ai pas insisté. Et j’ai fini par manger les trois portions.

Les trois recettes suivantes n’ont pas eu plus de succès. Mis à part le pesto de rapini qui, mélangé avec les ravioli et beaucoup de parmesan, a réussi à passer.

Même si mes enfants n’ont pas mangé de rapini, je n’ai pas l’impression d’avoir raté mon coup ni même d’avoir essayé en vain. Non, parce qu’apprécier les aliments se fait parfois en plusieurs étapes. Regarder, sentir, toucher, goûter et éventuellement aimer est un processus qui peut nécessiter plus de 20 expositions à un aliment. L’important est que ça se passe dans un climat positif. Insister ou obliger un enfant à manger est contre-productif. Ça nuit au développement du goût.

Parviendrai-je à faire manger du rapini à mes enfants? Certainement que oui! Mais clairement pas en seulement quatre semaines. Ça m’importe peu. Le rapini reviendra périodiquement au menu et il gagnera sa place comme les autres légumes dans le cœur et le ventre de mes enfants. La patience est de mise. En fin de compte, il est sans doute là le plus gros défi des parents.

Et vous, quels sont vos défis alimentaires?

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (6)

  1. Catherine V. 16 avril 2013 à 09 h 36 min
    Même si j'ai toujours offert un menu varié à mes deux garçons (4 et 5 ans), mon plus vieux est assez difficile et mon deuxième mange de TOUT. Je continue malgré tout à faire des repas variés, je vois mon deuxième engouffrer ses betteraves bouillies et l'autre engloutir ses poivrons crus. Et parfois, surprise : même si depuis leurs 2 ans, aucun brocoli n'avait franchi leurs lèvres, un soir qu'ils en ont dans leur assiette, hop! encore du brocoli Maman! Donc je continue!
    Mais mon propre défi alimentaire est définitivement d'apprendre à plus cuisiner végé, surtout le tofu. Les vieilles habitudes sont difficiles à déloger, et ça demande surtout un investissement en temps au début (faire de nouvelles recettes qu'on ne connaît pas sur le bout des doigts). Et un jambon, ça dépanne (malheureusement) tellement bien!
  2. Andréane T. 16 avril 2013 à 09 h 58 min
    Bonjour Catherine,

    Manger davantage végé est notre défi depuis plusieurs mois également. Nous avons opté pour une bonne solution de transition: on ajoute tout simplement des légumineuses à presque tous nos repas de viande. Lentilles brunes dans le steak haché (pâté chinois, pain de viande...) pois chiches dans le porc haché, jambon et lentilles, fèves blanche de lima dans la sauce à spag, légumineuses mélangées dans la soupe, poulet et pois chiches, tofu soyeux au lieu du lait dans plein de recette (potage, poudding...) etc. Bref, on peut en mettre dans presque toutes nos recettes traditionnelles québécoises ou dans ce qu'on est habituée de cuisiner, donc on se casse pas la tête avec les livres de recettes. Ça ne paraît quasiment pas dans la recette, mais ça réduit considérablement la consommation de viande: je m'en rends compte sur ma facture d'épicerie. C'est notre truc et jusqu'à maintenant ça va bien et ça ne complique pas la tâche de cuisiner... ;-)
  3. Marie-France 16 avril 2013 à 10 h 39 min
    Ah, Stéphanie!
    Je me reconnais tellement dans tes billets, particulièrement celui là! On croit que notre enthousiasme viendra à bout de tout, mais c'est bel et bien de patience qu'il faut s'armer! Les mamans sont des semeuses des graines qui s'impatientent souvent de voir les fruits de la récolte, mais souvent, les fruits prennent du temps à se montrer le bout du nez.

    On dit que l'être humain est réticent au changement (à la nouveauté qui crée un inconfort). On change par intérêt et non par vertu...d'après toi, à quel moment une personne fait le «choix» de bien manger? Quand son alimentation lui cause des conséquences désagréables? À méditer...
  4. Vernon 17 avril 2013 à 02 h 44 min
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  6. Stéphanie Côté 22 avril 2013 à 22 h 49 min
    En effet, la patience et l'optimisme peut venir à bout de bien des défis!
    Merci de partager vos trucs Andréane.
    Marie-France, bonne et intéressante question... je crois que le "choix" de bien manger se fait différemment d'une personne à l'autre. Pour certaines, ça vient naturellement car elles savent y retirer un plaisir. Pour d'autres, c'est moins évident si ça rime avec privation ou obligation...
    C'est toujours un plaisir de lire vos commentaires!

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