Éducateurs en garderie: défaire les préjugés

Éducateurs en garderie: défaire les préjugés
Par Mireille Dion, Sexologue
28 mars 2013

J’ai dernièrement offert une formation à des responsables en service de garde et c’est ainsi que j’ai rencontré Hélène. Elle m’a raconté qu’il y a quelques années, elle a ouvert une garderie en milieu familial avec son conjoint. Comme il s’agit d’un projet commun, ils sont propriétaires à parts égales et participent équitablement aux différentes tâches et responsabilités afin d’assurer le bon fonctionnement de leur entreprise. Ce qui est, à mon avis, tout à fait logique.

Or, Hélène a souligné que lorsqu’elle reçoit une nouvelle demande pour une place disponible au sein de sa garderie, elle devance presque chaque fois la question du parent, en indiquant que son mari travaille avec elle, MAIS qu’il ne participe pas aux changements de couches, ni à tout ce qui a trait à l’apprentissage de la propreté (aider l’enfant à descendre son pantalon, par exemple, ou encore, essuyer ses fesses).

Voyant que j’étais à la fois étonnée et déçue, elle a ajouté qu’il lui est souvent arrivé que des parents n’aient pas choisi sa garderie parce que son conjoint travaille avec elle. Résultat : elle défend qu’il ne participe pas aux soins personnels des enfants et ainsi, les places disponibles sont plus facilement comblées.

Mon questionnement a alors été : quel message envoyons-nous aux parents, mais aussi au conjoint d’Hélène (et à tous les autres hommes travaillant en petite enfance)?

Hélène aime son mari; ils ont une belle relation et elle a confiance en lui. Malheureusement, rassurer les parents en leur indiquant clairement que son conjoint n’exerce pas certaines tâches, leur donne raison de croire que son propre conjoint est « dangereux ». Par le fait même, elle entretient indirectement, la pensée selon laquelle tous les messieurs sont de potentiels agresseurs.

Le comportement d’Hélène a aussi eu un impact sur l’estime de son conjoint et sa confiance en lui. Effectivement, bien que n’ayant aucun reproche à se faire, il est devenu mal à l’aise à l’idée de changer les couches (et surtout à ce que pourraient dire ou penser les parents de l’enfant en question) et préfère de loin ne pas avoir à le faire, même en l’absence d’Hélène.

Je comprends qu’il est difficile de laisser son enfant à des étrangers. Je comprends aussi que les histoires d’horreur selon lesquelles le mari de l’éducatrice a abusé ou a maltraité des enfants alimentent la méfiance. Par contre, je crois que les hommes ont une place dans l’éducation des enfants et que ces derniers peuvent bénéficier de leur présence, par exemple dans le cas d’une famille monoparentale dont l’enfant n’a pas de modèle masculin. De plus, c’est connu, les hommes jouent différemment, ce qui permet aux enfants de faire des jeux plus physiques et compétitifs lorsqu’ils sont en contact avec un éducateur.

J’ai osé aborder la question lors de ma récente conférence sur la sexualité et le développement des enfants avec les participantes. Une maman m’a répondu qu’elle vivait présentement cette situation; les propriétaires du service de garde que fréquente sa fille sont un couple dont le conjoint participe à toutes les tâches et responsabilités. Elle m’a avoué avoir eu des inquiétudes, mais qu’elle avait choisi de se fier à son bon jugement et de faire confiance. Je suis d’avis que les qualités requises pour bien s’occuper d’un groupe d’enfants ne sont pas liées au sexe de la personne. Je pense aussi qu’il est important de voir au-delà des préjugés et de faire confiance à son jugement.

Commentaires (10)

  1. Geneviève 28 mars 2013 à 10 h 54 min
    J'estime que ma petite fille a eu beaucoup de chance d'avoir été entourée de plusieurs hommes dans son CPE. Elle a eu notamment un éducateur dans son groupe de 18 mois et je suis convaincue que c'est grâce à lui qu'elle a développé ses habiletés artistiques et sa fougue... Les hommes éducateurs que j'ai côtoyés sont souvent très sensibles, créatifs et adoptent rapidement l'émerveillement des tout-petits, ce qui permet aux enfants de développer différents aspects de leur personne. Ils amènent une nécessaire diversité dans le milieu de vie de nos enfants.
  2. Karine 28 mars 2013 à 10 h 58 min
    Bonjour, ma fille va dans une garderie cpe, mais dans une maison privée. Le mari de l'éducatrice est retraité et il aide sa femme avec les enfants. Il est présent lors des activités extérieur et il prépare les repas. Moi personnellement je n'ai aucun problème avec ce cher monsieur. Lors de notre première rencontre , c'est lui même qui m'a dit qu'il ne s'occuppait pas des changements de couches et des soins personnel. Le fait qui m'a dit ça m'a porté à réflexion sur le sujet, puisque pour moi mon conjoint est aussi compétent que moi pour les soins des enfants. Je trouve ça dommage qu'il ait encore des préjugés envers les hommes. Ils ne sont pas tous des prédateurs...
  3. crunchie 28 mars 2013 à 11 h 37 min
    Bonjour,
    J'ai moi même un service de garde avec mon conjoint depuis 12 ans. Pour notre part, il fait tous les changements de couches, prend la tampérature des enfants lorsque c'est fait en même temps qu'un changement de couche. Par contre c'est moi qui va aller prendre la température si c'est en dehors de ce temps là. Par la suite c'est moi qui prends la releve pour l'apprentissage à la propreté et c'est moi qui prends la température de tous les enfants qui n'ont plus de couches.
    Nous aussi ce n'est que pour nous protéger.
    Les parents n'ont jamais eu de rétissences :)
  4. Isabelle 28 mars 2013 à 12 h 15 min
    Bonjour! Mon mari et moi sommes parents de 2 filles (poupon et deux ans et demi). Nous voulons un 3e enfant et donc, l'idée d'ouvrir notre propre garderie a fait son chemin. Ce sera mon mari qui sera RSG. Il a animé dans les scouts et ça l'a peiné de devoir arrêter en raison de son travail, il adore les enfants, est très patient et créatif. Nous avons sondé le terrain autour de nous, et oui, il y a encore beaucoup de préjugés. Nous avons posé la question suivante: est-ce que vous enverriez votre enfant se faire garder en milieu familial par un homme sans formation d'éducateur, seulement l'expérience d'être lui-même un bon père? et au moins la moitié des réponses étaient des NON. "Et si c'était Kevin (mon mari)??" "même à ça! une femme, c'est patient, ça a plus l'instinct maternel...", "ah mais là, lui on le connait, c'est pas pareil..." Pourquoi les hommes, vos frères, vos conjoints seraient-ils des êtres dont il faut se méfier au premier abord? Les cas d'abus sont largement médiatisés, d'où les peurs et les préjugés. Mais il existe aussi des gardiennes qui font la une des journaux avec des garderies illégales, où les enfants sont négligés, et où leur santé et leur sécurité peuvent être mises en danger. Il est où l'instinct maternel,alors? Avoir plus de modèles masculins en garderie et à l'école primaire, pas seulement au soccer le samedi, est une nécessité pour nos enfants. Je suis très d'accord avec l'énoncé de l'auteure: les qualités requises pour bien s’occuper d’un groupe d’enfants ne sont pas liées au sexe de la personne. Nous nous lancerons dans ce projet en 2014, avec l'appui du bureau coordonnateur régional, et nous espérons vraiment que certains parents nous feront confiance.
  5. Marie-Hélène 28 mars 2013 à 12 h 25 min
    Le parent d'une petite fille de la garderie de mon garçon est justement en train defaire son cours d'éducation à l'enfance... Quand je le vois aller avec sa fille et les autres enfants de la garderie, je suis convaincue qu'il sera absolument incroyable dans ce travail!
    Je crois que ce qui me rassure avant tout , n'est aps le fait que l'éducatrice soit une femme, mais que mon enfant ne soit pas seul avec un-une éducateur-trice.
  6. Nadine 28 mars 2013 à 12 h 32 min
    Depuis que j'ai une mauvaise expérience avec l'un de mes anciens étudiants en formation, je suis très prrudente dans l'accompagnement d'un stagiaire (gars) en CPE. J'ai été marquée d'apprendre que deux ans après avoir été diplômé, cet étudiant était formellement accusé d'agressions sexuelles sur des enfants en bas âge. Il a subi un procès et a eu une peine d'emprisonnement. Jamais je n'ai eu de doute durant son stage. Maintenant, je suis très vigilante avec les futurs éducateurs et à la recherche d'indices suspects (pédophilie). L'équipe du CPE a aussi été très marquée par cette expérience. À bas les préjugés, oui, et hop, la vigilance...
  7. Myriam 28 mars 2013 à 13 h 35 min
    Mon fils de 3 ans et demi est en CPE depuis l'âge de 15 mois et n'a eu que des éducateurs jusqu'à maintenant. Mon fils étant très actif et très moteur, je suis convaincue que l'approche masculine dans le développement de ses habiletés l'aide beaucoup. Il a un sentiment d'attachement fort avec chacun d'eux et j'ai pleine confiance en ces éducateurs de grande expérience. Je crois que la présence féminine ET masculine est un plus dans l'éducation d'un enfant et je n'ai jamais eu de réticence à confier mon fils aux bons soins d'un éducateur, même pour les couches ou la propreté.

    Je crois que l'énoncé le plus important a déjà été mentionné par Marie-Hélène: ce qui est rassurant (surtout en CPE) c'est que l'enfant n'est pas seul en tout temps avec un éducateur(trice). Les locaux sont ouverts et la vigilance de chacun est rassurante.
  8. Lozeau Jean 28 mars 2013 à 14 h 39 min
    Je suis un homme qui a changé d'orientation en 2000 pour devenir éducateur.On m'avait dit que je serais en demande puisque peu d'hommes se retrouvent dans ce domaine.Ce n'est qu,en 2010 que j,ai pu me trouver un emploi dans le domaine pour un remplacement de congé de maternité.Évidemment un AEC n'est pas considéré comme étant formé,il m'est difficile de trouver un emploi.Mais pourtant mon expérience de vie puisque je suis dans la cinquantaine devrait amplement compensée.Mais bon me voilà donc avec la crainte de me présenter en garderie puisque il m'est arrivé à plusieurs occasions de me faire dire que j'étais un danger puisque je suis un homme.On me case trop souvent du côté moteur puisque je suis quelqu'un imaginatif qui fait rêver les enfants et qui développe par le fait même le language.Finalement je ne suis pas que moteur et heureusement.J'écris même des pièces de théâtre qui seront jouées dans les prochaines années par une compagnie théâtrale.Mais mon drame est simple pas d,emploi parce que je suis un homme avec en prime un AEC.Il me manque 18 mois pour être considéré comme formé.Vraiment à un moment donné les papiers ne veulent pas dire grand chose.Sommes nous vraiment en 2013?
  9. Jean-François Quessy 28 mars 2013 à 15 h 05 min
    Merci Mireille d'avoir amené cette réflexion.
  10. Mireille Dion 1 avril 2013 à 17 h 19 min
    Merci à tous pour vos commentaires!! Je suis TELLEMENT d'accord avec vous, mais surtout, ça me rassure de savoir que vous êtes nombreuses à être vigilantes oui, mais que vous êtes ouvertes à ce que les hommes aient une place au sein de l'éducation des enfants.

    @Karine,
    Je suis du même avis que vous; "Je trouve ça dommage qu’il ait encore des préjugés envers les hommes. Ils ne sont pas tous des prédateurs…"

    @Marie-Hélène,
    Effectivement, au-delà du sexe de la personne en charge du service de garde, il est sécurisant de savoir que nos enfants ne sont pas seuls avec cette dite personne. Excellente information complémentaire à mon texte :)

    @Nadine,
    Je comprends bien la situation: une mauvaise expérience peut rapidement semer des craintes et il est vrai que la vigilance est de mise et ce, peut importe le sexe de la personne.

    @Jean Lozeau,
    Beaucoup de tabous persistent même si nous sommes en 2013.. Oui, nous sommes en 2013 et non, les voitures ne volent toujours pas! Les choses changent avec le temps, mais les changements sont lents..
    La formation peut être un obstacle à la recherche de travail et malheureusement, l'expérience n'est pas toujours reconnue. J'espère que mon texte ainsi que les nombreux commentaires vous donne un peu d'espoir.. Je suis certaine que vous trouverez un emploi dans le domaine; les enfants en ont tant besoin!
    Je vous souhaite bon succès avec l'écriture de vos pièces :)

Partager