« Plus tard, je serai un garçon! »

« Plus tard, je serai un garçon! »
Par Mireille Dion, Sexologue
5 décembre 2012

J’ai récemment animé un atelier sur le corps humain avec un groupe d’enfants âgés de 2 ans ½ à 3 ans, accompagnés de leurs parents. L’objectif de la rencontre était de les aider à se reconnaître en tant que fille ou garçon. Il y avait parfois un peu d’hésitation dans la réponse de certains, mais pour la majorité d’entre eux, la notion d’identité sexuelle était déjà bien comprise.

Effectivement, un enfant de 3 ans devrait savoir qu’il est un garçon ou une fille et est capable d’identifier les personnes de sexe masculin et féminin. Dès la naissance, vous contribuez au développement de son identité sexuelle par le nom que vous lui donnez, le choix que vous faites de la décoration de sa chambre, les couleurs des vêtements avec lesquels vous l’habillez, les jouets que vous lui proposez, etc. Tout cela l’aide à se reconnaître en tant que fille ou garçon.

En lui enseignant le nom des parties du corps, votre enfant comprendra que les garçons et les filles ont les mêmes, à l’exception des parties sexuelles. Lorsque vous lui indiquez les différences anatomiques, évitez de lui dire que les filles n’ont pas de pénis. Dites-lui plutôt qu’elles ont une vulve. De cette façon, il sera plus facile pour une fillette de se conforter dans son identité de fille au lieu d’avoir l’impression qu’il lui manque quelque chose. En ajoutant qu’il est bien qu’il soit un garçon/une fille, vous aidez votre enfant à se conforter dans son corps de garçon ou de fille. Vous  favorisez ainsi le développement d’un sentiment positif face à la perception que l’enfant a de lui-même.

Vous pouvez aussi l’aider à se différencier en lui indiquant des caractéristiques vestimentaires ou des comportements propres à chacun des sexes. Par exemple, ce sont habituellement les filles qui portent des robes tandis que les garçons portent des cravates; les filles ont des boucles d’oreilles tandis que les garçons ont une moustache, etc. Par contre, ne soyez pas trop catégoriques, car certains garçons portent des jupes et des filles ont les cheveux très courts…

Avant l’âge de 4 ans, un garçon aura autant de plaisir à jouer avec une poupée qu’une fillette avec un camion de pompier. Pour eux, les jouets n’ont pas de sexe et, ce qui est bien, c’est qu’ils peuvent s’amuser à découvrir de multiples possibilités et jouer avec ce qui les intéresse vraiment. Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter si votre garçon préfère le service à thé plutôt que les jeux de construction.

Justine m’a dit lors de l’atelier : « Moi, je suis une fille, mais quand je serai grande, je serai un garçon! » Il se pourrait aussi que votre fils vous dise qu’il est une fille parce qu’il porte une robe de princesse. Ces exemples illustrent bien l’absence de constance et de cohérence sexuelle; notions que les enfants acquièrent de l’âge de 5 ans à 8 ans. Vous pouvez alors lui indiquer qu’il ne changera pas de sexe en vieillissant, pas plus qu’il ne change de sexe parce qu’il porte une robe et le rassurer afin qu’il se sente bien dans son corps de fille ou de garçon. Dans le cas où l’enfant insisterait ou ne semblerait pas comprendre qu’il n’est pas (ou ne deviendra pas) du sexe opposé, il y aurait alors lieu de consulter.

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Commentaires (6)

  1. Dre Taz 6 décembre 2012 à 01 h 52 min
    Chronique très informative et intéressante.

    Que pensez de cette histoire selon laquelle des parents auraient caché à tous (et y compris à l'enfant si je me souviens bien) le genre sexuel de leur enfant? Tout était conçu dans l'ambiguité: le nom, l'habillement, etc. Je ne me souviens plus des détails malheureusement... est-ce que cela nuit au développement de l'enfant ou au contraire, comme le clament ces parents, lui donnent un entière liberté de choix pour plus tard???
  2. Catherine 6 décembre 2012 à 08 h 20 min
    Je me souviens d'une petite fille qui était dans la même classe que ma fille lorsqu'elle avait 7 ou 8 ans. Depuis qu'elle avait 4 ans, elle refusait d'être une fille et clamait haut et fort que plus grande elle serait un garçon. Elle refusait de porter des maillots de bain ou des robes, portait des casquettes, des pantalons larges, etc. et ne supportait pas les autres filles. Ma fille qui a aujourd'hui 17 ans l'a retrouvé récemment sur Facebook. Elle est devenue une magnifique adolescente qui a en croire ses photos, assume entièrement sa féminité :-)
  3. Christine 6 décembre 2012 à 09 h 40 min
    Mon fils, après la naissance de ma fille, a eu une phase où il niait catégoriquement qu'il était un garçon. Il avait un peu moins que 5 ans. Après quelques discussions, j'ai compris qu'il voulait être une fille parce qu'il voulait devenir maman plus tard. Avec mon mari, nous avons alors mis l'emphase sur le travail de papa en le valorisant et en expliquant comment il est possible de prendre soin d'un bébé même si on ne l'allaite pas ou si on ne peut pas être enceinte. Petit à petit, il a finit par comprendre et la phase a pris fin...mais ce fut plus difficile pour son père que pour moi, qui trouvait franchement ça plus mignon qu'autre chose!
  4. Mireille Dion 6 décembre 2012 à 10 h 00 min
    @ Dre Taz
    Je viens de consulter quelques sites en lien avec des histoires semblables à celle dont vous faites mentions. En réponse à votre question, je vous dirais qu’à la lumière de mes récentes lectures sur le sujet, je constate que dans la plupart des cas, cacher le sexe de leur enfant est pour les parents, une façon de lui faire éviter les stéréotypes, bien plus que de vouloir « changer » son identité de genre.
    Il est vrai que nous sommes bombardés de stéréotypes et le fait d’évoluer dans un environnement neutre (pouvant jouer avec les jouets qui lui plaisent et s’habiller avec les vêtements qu’il a envie de porter) peut effectivement permettre à l’enfant d’explorer de nombreuses possibilités (par exemple de jeux, de coiffures, etc.) et possiblement (et malheureusement) plus que certains autres enfants. Les gens sont aujourd’hui beaucoup plus ouverts, mais reste que ce ne sont pas tous les parents qui laisseraient leur fils aller à la garderie avec une robe et des lulus…
    Mais les jeux, les vêtements, voire même la personnalité (être plus sensible par exemple) d’une personne ne déterminent pas son identité de genre; il est question ici de préférences.
    Une des histoires consultées révélait qu’un garçon n’aimait pas être pris pour une fille malgré qu’il porte une robe. Ce qui le dérangeait (et qui dérangeait probablement aussi ses parents) était bien plus qu’il ne puisse pas être à l’aise de porter une robe (dû aux regards et aux commentaires des autres), que le fait qu’il soit un garçon (plutôt qu’une fille).
    À ma connaissance, les personnes qui changent de sexe le font parce qu’ils ne se sentent pas confortable dans leur corps d’homme ou de femme et non pas parce qu’ils préféreraient être l’un plutôt que l’autre. En ce sens, ils ne choisissent pas d’être un garçon ou une fille.

    @ Catherine et Christine
    Très beaux exemples, merci!

    L'exemple de Christine démontre bien l'importance de comprendre la raison qui pousse l'enfant à vouloir (dans ce cas-ci) être une fille, plutôt qu'un garçon. Il ne s'agissait pas d'une problématique d'identité de genre, mais plutôt, d'une envie à vouloir prendre soin du bébé comme maman le fait.
  5. yoda 13 mars 2013 à 12 h 37 min
    Quand j'étais enfant, je voulais être un garçon car : la couleur rose me déplaisait, on grimpe plus facilement aux arbres en pantalon qu'en jupe, et d'une façon générale, les stéréotypes véhiculés par la fiction (fille passive, garçon intelligent) ne me correspondaient pas. J'ai mal vécu mon identité de fille, et je me demande si mettre l'accent sur l'identité sexuelle de l'enfant par la décoration de sa chambre et le choix de ses vêtements est une bonne chose et ne risque pas de le mettre mal à l'aise.
  6. Mireille Dion 13 mars 2013 à 13 h 56 min
    @ Yoda,
    Je suis effectivement d'avis que les parents se doivent de respecter le choix des enfants à propos de leurs couleurs favorites ou des vêtements qu'ils préfèrent porter (pour reprendre votre exemple). Aider l'enfant à se reconnaître en tant que fille ou garçon est important. Par contre, il faut comprendre qu'une petite fille qui n'aime pas le rose n'est pas moins 'fille' et surtout, ce n'est pas parce qu'elle joue moins à des jeux typiquement féminins ou qu'elle n'aime pas le rose qu'elle sera plus homosexuelle qu'une autre fille qui elle, aime les jeux de filles et les couleurs plus féminines. Nous devons les aider dans le développement de leur identité sexuelle, mais nous ne devons pas les obliger à aimer tels vêtements ou telles activités; c'est selon moi une question d'intérêts et de goûts.

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