TDAH: attention aux conclusions hâtives!

TDAH: attention aux conclusions hâtives!
Par Dre Taz, Omnipraticienne
17 octobre 2012

 Certains événements se répètent annuellement, inlassablement, comme la migration des oiseaux ou les acomptes provisionnels : la réunion éducateurs-parents à la garderie. Je m’en souviendrai toute ma vie. Assise inconfortablement sur la minichaise de Fiston Senior (qui n’y tenait d’ailleurs pas plus de 2 minutes assis ), on me faisait remarquer:

  • Lundi : punition pour une crise de colère
  • Mardi : incapable de jouer 10 minutes à aucune des activités organisées
  • Mercredi : oubli de me dire que la réunion était en fait hier
  • Jeudi : perte de sa casquette
  • Vendredi : il a rêvassé une heure aux toilettes, imperméable à tous les appels du personnel qui le cherchait partout...


Et c’est comme ça depuis la rentrée.

En y réfléchissant, mon enfant est effectivement dissipé, volubile, très actif et profondément lunatique... mais problématique? Quelle est la nuance entre énergique  et hyperactif ? Entre être rêveur et avoir un problème d’attention? Entre vif et impulsif?

L’anxiété maladive d’une maman en herbe couplée à l’imagination débordante d’un médecin zélé donne un mélange explosif! Et si c’était le trouble d’hyperactivité avec déficit d’attention (TDAH)? Chaque rentrée me revient avec son lot de parents inquiets dont j’ai fait partie.

C’est vrai que c’est un sujet d’actualité: de 3 à 5% des enfants canadiens auraient un THDA. Mais attention aux statistiques trompeuses qui nourrissent les polémiques. Il n’y a pas d’épidémie de TDAH, seulement une meilleure identification des cas et une démocratisation du traitement.

Aucune analyse ni aucun test ne pouvant prouver ce diagnostic hautement complexe, il faut éliminer les causes courantes d’un dysfonctionnement à la garderie. Au préalable, envisageons d’abord :

  •  Manque de sommeil : un enfant du préscolaire doit dormir 12 heures pour être pleinement reposé et fournir la concentration nécessaire à une journée d’apprentissage. Et ce sommeil, est-il de qualité? Pas de poux? D’eczéma? De cauchemars? De toux allergique nocturne?
  • Les perceptions sensorielles : c’est impératif de vérifier la vue de tout enfant présentant des troubles de comportement ou d’apprentissage. Dans le même ordre d’idée, un rendez-vous chez l’audiologiste peut s’avérer pertinent si votre enfant a souffert de multiples otites ou s’il est né dans un centre sans test d’audition systématique.
  • Les médicaments : certains médicaments antiallergiques ou antitussifs et certains produits naturels contiennent des ingrédients sédatifs.
  • Le stress : si c’est assez évident dans certains cas, comme la mort d’un proche ou un divorce, parfois il suffit d’un rien; l’appréhension de faire pipi dans sa culotte, une dispute avec la grande soeur, la maladie du poisson rouge... Les stresseurs peuvent être  aussi divers dans leur nature que dans leur impact. Analysez le quotidien récent de votre enfant.
  • La maturité : il semblerait que les plus jeunes enfants d’une classe soient souvent suspectés à tort de souffrir de THDA. Je ne sais pas à quel point ces études sont valides, mais le tempérament d’un enfant et sa maturité sont à considérer au sein d’un groupe.
  • Autres : un dysfonctionnement de la thyroïde, l’épilepsie, l’anémie sont quelques exemples de problèmes organiques qui altèrent concentration et comportement.


Surtout, consultez des sources reconnues, comme le site Naitreetgrandir. Pas la voisine du cousin du facteur, ni n’importe quel forum sur internet. Le diagnostic de TDAH se pose par des professionnels.

Quant à Fiston Senior, le problème a été identifié : la structure! Il est passé de parents laxistes (qui le faisaient jouer dehors quotidiennement, sans réelle contrainte de temps), à une éducatrice très à cheval sur le principe de la routine. Après quelques compromis, on a remarqué une amélioration! Il est toujours volubile, actif et rêveur, mais ça ne pose problème à personne, surtout pas à lui!

Fiston Junior rugit comme un lion, fait tout le contraire de qu’on lui dit et mord tout ce qui bouge... Un trouble oppositionnel avec comportement antisocial?!

Respirons un grand coup... Et vous, sautez-vous aux conclusions trop hâtivement?

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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Commentaires (7)

  1. Laurence milstain 21 octobre 2012 à 10 h 56 min
    Bonjour,
    je suis bien heureuse de lire votre article.
    En effet, je suis psychomotricienne et psychothérapeute, et, cela fait des années que je me bats pour que les enfants ne soient pas trop vite catalogués TDAH.
    Comme vous l'évoquez fort justement, il est tellement important de prendre en compte les éléments environnementaux, développementaux, familiaux, affectifs qui pourraient sous tendre des problèmes d'agitation et de concentration chez les enfants.
    C'est enfin reconnaître le caractère unique de chaque enfant, de son rythme d'évolution, de sa créativité, de toute la richesse et la complexité de sa personnalité. Merci! Laurence Milstain
  2. Nadz 24 octobre 2012 à 16 h 22 min
    Chère Dre Taz,

    Je vous cite:

    "C’est vrai que c’est un sujet d’actualité: de 3 à 5% des enfants canadiens auraient un THDA. Mais attention aux statistiques trompeuses qui nourrissent les polémiques. Il n’y a pas d’épidémie de TDAH, seulement une meilleure identification des cas et une démocratisation du traitement."

    Il me semble pourtant, lorsque j'observe mon entourage, que ce pourcentage est plus élevé. Les parents eux-même semblent avoir le doigt rapide sur la gachette quand il s'agit de dire que leur enfant est hyperactif. Un enfant reste un enfant, qui a besoin de bouger, d'être parfois dissipé, rêveur, inattentif...il a toute la vie pour se corriger sans pour autant être étiquetté comme ayant un TDAH non?

    C'est mon humble avis.

    Dans le cas où le diagnostic est établi et confirmé, la médication est-elle la seule solution? Existe-t-il des méthodes "maison" pour contrer ce problème?

    Merci d'avance pour vos réponses, je continue à lire vos articles avec assiduité mais, bizarrement, il ne restent pas sur la page titre plus que quelques jours...dommage!
  3. Dre Taz 12 novembre 2012 à 14 h 01 min
    @Laurence Milstain: merci beaucoup, votre avis professionnel est précieux.

    @Nadz: Avant tout, merci pour vos compliments. Même si ma chronique n'apparait que brièvement sur la page d'accueil, je suis archivée dans la section "Blogues". Pour être certain de ne pas me rater, vous pouvez ajouter "Naitre et Grandir" à votre page Facebook.

    En ce qui concerne le diagnostic, il est effectivement possible qu'il soit parfois trop rapidement posé, et si j'en crois mon expérience, c'est par manque de ressources. Des classes surchargées, des psychologues ou des orthopédagogues qui se font rares, des médecins généralistes ou pédiatres surbookés... sans compter la pression des parents qui sont souvent épuisés.

    Quant à la solution, il y a de nombreuses études, mais rien n'est encore probant. Le meilleur traitement reste la médication alliée à la thérapie comportementale. Je vous réfère au site www.passeportsanté.net, très complet sur le sujet.
  4. Annick 27 octobre 2014 à 15 h 35 min
    Bonjour,
    Quels professionnels sont en mesure de donner un diagnostique?
  5. Benoit Hammarrenger, neuropsychologue 27 octobre 2014 à 17 h 40 min
    Bonjour Annick

    Au Québec, les professionnels autorisés à poser le diagnostic de TDAH sont les médecins, les psychologues et les neuropsychologues

    Au plaisir,

    Benoit Hammarrenger, Ph.D.
    Neuropsychologue
    Clinique d'Évaluation & Réadaptation Cognitive
  6. Benoit Hammarrenger, neuropsychologue 27 octobre 2014 à 17 h 36 min
    Bonjour Dre Taz,

    Je reviens sur ce texte fort intéressant et qui traite d'un sujet qui me tient fort à coeur : Le diagnostic juste et fiable du TDAH. En tant que neuropsychologue spécialisé auprès des jeunes, je reçois régulièrement des parents qui ont justement l'impression que l'étiquette de TDAH a été posée de manière hâtive, en fonction d'une simple liste de symptômes, et parfois d'un petit questionnaire pour parents et enseignant. Et régulièrement, suite à une évaluation plus approfondie, on en vient à renverser le diagnostic de TDAH, à conclure à un autre diagnostic que celui de TDAH, et parfois même à conclure qu'il n'y a pas de diagnostic pertinent chez un enfant qui se développe normalement et qui présente simplement quelques failles attentionnelles.

    Ainsi, afin d'aider les parents à s'assurer qu'un bon diagnostic est posé et afin de limiter les faux TDAH, Je propose une liste de 7 critères qui me semblent évocateurs d'une bonne évaluation:
    7 critères pour une bonne évaluation du TDAH

    Le diagnostic étant lourd de conséquences lorsqu'on pense à médicamenter un enfant, j'insiste toujours sur l'importance de s'assurer d'un bon diagnostic.

    Au plaisir de vous lire!

    Benoit Hammarrenger, Ph.D.
    Neuropsychologue
  7. Annick 28 octobre 2014 à 09 h 55 min
    Bonjour M. Hammarrenger,

    Tous les parents devraient avoir ses informations.
    C'est important de savoir qui a le pouvoir de faire un diagnostic et comment celui-ci devrait être fait.

    Merci!

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