Les allergies alimentaires: agissons!

Les allergies alimentaires: agissons!
Par , Omnipraticienne
23 août 2012

Longtemps, on m’a perçue comme une mère-médecin-poule paranoïaque lorsqu’il s’agissait des allergies de Fiston senior. Pourtant, si je me fie aux statistiques sur les allergies alimentaires, je suis loin d’être la seule à m’inquiéter à ce sujet! Je crois même que c’est une préoccupation réelle de la société.  

Des données récentes affirment que les allergies alimentaires chez les enfants ont augmenté de 18 % dans le monde ces dernières années. Santé Canada soutient que 1,8 million de Canadiens souffrent d’allergies alimentaires potentiellement mortelles. Six pour cent des enfants sont atteints de ce que j’appelle un « handicap invisible ».

Dans notre vie, au quotidien, nous côtoyons de plus en plus de personnes allergiques. Dans l’avion que j’ai pris au mois de mai dernier, le pilote a fait l’annonce suivante : « Attention, un passager à bord est très allergique aux arachides. Nous vous demandons de ne consommer aucune collation personnelle qui pourrait en contenir. »  Si vous avez organisé une fête d’enfants récemment, il y avait sûrement au moins un petit invité allergique dans le groupe.

Mais, malgré le nombre croissant d’enfants allergiques, je me rends compte qu’un travail important de sensibisation et d’éducation reste encore à faire. Une revue scientifique à laquelle je me réfère souvent, Pediatrics, a publié une excellente étude qui illustre bien comment nous ne prenons pas toutes les précautions nécessaires pour prévenir les réactions allergiques. Des chercheurs ont suivi, durant 3 ans, 500 enfants de 3 mois à 15 mois allergiques au lait, aux oeufs ou aux noix. Plus de 70 % d’entre eux ont été accidentellement exposés à un allergène causant une réaction significative, dont 11 % très importantes.

Quatre-vingt-sept pour cent de ces réactions étaient dus à une ingestion non intentionnelle d’un aliment incriminant : 

  • 65 % par négligence ou oubli
  • 16 % par erreur lors de la lecture des ingrédients
  • 15 % par contamination croisée (par exemple, utilisation d’un couteau qui a servi pour le beurre d’arachides et ensuite pour la confiture)
  • 4 % par erreur dans la préparation du repas
  • 0,1 % en raison d’une erreur dans l’étiquetage

L’épinéphrine injectable n’a été utilisée que dans 30 % des cas! Les raisons invoquées :

  • la non-reconnaissance des symptômes d’allergie;
  • attendre que les symptômes soient plus graves;
  • la peur d’utiliser l’injecteur;
  • ne pas avoir l’injecteur sous la main.

Mais la conclusion la plus importante de cette étude, selon moi : dans 50 % des cas, c’est un adulte qui n’est pas le parent qui a offert l’aliment fautif et qui était présent lors de la réaction!

Il faut faire plus!

Le 4 août dernier, une nouvelle réglementation quant à l’étiquetage des aliments est entrée en vigueur au Canada, obligeant les fabricants à mentionner de façon claire la présence des allergènes dans la liste des ingrédients. D’accord, être plus précis dans l’étiquetage des aliments, c’est un beau geste, mais c’est loin d’être suffisant puisqu’il n’éviterait que 0,1 % des réactions allergiques! Il faut en faire plus, même quand on n’a pas d’enfant qui souffre de cette maladie. Agissons!

  • Apprenons à reconnaître une réaction allergique grave, qui peut être très variable : vomissement, difficulté à respirer, urticaire, enflure des lèvres, etc.
  • Vaut mieux un remord qu’un regret : même si on n’est pas certain que c’est approprié, même si l’épinéphrine injectable peut avoir des effets secondaires, administrons-le dès qu’on a un doute.
  • Visionnons sur YouTube une vidéo qui montre comment utiliser l’auto-injecteur d’épinéphrine (EpiPen) ou le double injecteur (en anglais seulement).
  • Parlons des allergies à TOUT le monde : profs, amis, famille, gardienne, voisins, etc.

Ne faudrait-il pas, en tant que citoyen responsable, prendre en main ce qui me semble aussi socialement important que le recyclage ou l’excès de vitesse sur les routes? Les allergies ne sont qu’un tremplin pour émettre une suggestion : les cours de premiers soins (incluant l’éducation sur les allergies) devraient être obligatoires à l’école. Avec renouvellement au secondaire, au cégep, à l’université, au travail.

Selon vous, dois-je aller soigner ma soi-disant paranoïa ou, au contraire, demander à un candidat d’ajouter cette promesse à sa campagne électorale?

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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Commentaires (13)

  1. Isabelle BB 23 août 2012 à 13 h 56 min
    je pense que vous avez raison, il y a encore beaucoup d'éducation à faire. je suis moi-même allergique aux fruits de mer et je dois constamment me justifier auprès des gens pour ne pas manger certaines choses, par exemple des brochettes de poulets dont l'étiquette indique "peut avoir été en contact avec des poissons, crustacés, molusques..." Beaucoup de gens ne voient pas le risque réel pour nous, et nous trouve paranoique...
  2. Eve 23 août 2012 à 19 h 00 min
    Je ne penses pas que ce doit de la paranoïa que d'avoir à coeur la vie de nos enfants, car lorsque l'on parle d'allergie, il ne faut pas oublier que ça peut entrainer la mort. Je me trouve chanceuse, car mes enfants n'ont aucune allergie alimentaire. Par contre, je connais des gens dont les enfants sont allergiques aux oeufs et j'avoue moi-même que je l'avais oublié. À la fête de mon plus vieux, j'ai fait faire un gâteau. Bien entendu lorsque j'ai vue la jeune fille j'ai averti les parents que le gâteau avait été fait avec des oeufs ( car j'avais oublier de mentionner au pâtissier qu'il y avait des allergies). Vous auriez dû me voir dans la maison afin de trouver un dessert sans oeufs. Pauvre enfant, je me suis tellement senti mal car les autres enfants mangeaient du gâteau et elle mangeait du chocolat. Je me suis promis à l'avenir de ne plus oublier.
  3. sophie 24 août 2012 à 13 h 04 min
    Je suis tout à fait d'accord! Mon fils a des allergies sévères aux noix et arachides et partout où je vais, je tente de sensibiliser et informer les gens. C'est un travail de longue haleine puisque la méconnaissance porte les gens à banaliser la situation. Lorsque je parle de contamination croisée, j'ai parfois l'impression d'être d'une autre planète... Ce n'est pas d'être parano, mais bien responsable! Il faut une meilleure connaissance des allergies, des symptomes et du traitement, il en va de la vie des personnes allergiques.
  4. Lianne Lamy 24 août 2012 à 13 h 27 min
    Je comprend très bien l'étiquette médecin-mère poule-parano.Il y a 5 ans,mon fils a fait une réaction sévère à la maison où j'ai dû administrer l'Epipen. On s'est évidemment précipité à l'urgence.Quelle ne fut pas ma surprise à l'arrivée au triage de l'urgence.L'attitude de l'infirmière était condescendante! Elle ne regardait comme si j'étais une mère qui s'énervait pour rien puis qu'il ne présentait pas d'oedème aux lèvres et paupières ou éruption. Alors qu'elle se dirigeait lentement à son poste, j' ai dû insisté et dire que j'étais médecin et que si elle n'accélérait pas le pas, j'allais moi-même lui administrer une deuxième dose. Pas particulièrement impressionnée par mes propos,c'est seulement quand elle a pris sa saturation qu'elle l'a rapidement amené à l'arrière et alerter le médecin!!!tout s'est bien déroulé heureusement par la suite. Quand va-t-on reconnaître que les parents qui vivent avec des enfants allergiques savent mieux que n'importe qui évaluer et reconnaître les réactions allergiques sévères. Et moi je suis médecin et j'ai quand même eu droit à une attitude que je juge dénigrante!!
  5. Evelyne Gauthier 24 août 2012 à 16 h 24 min
    J'approuve! Ma fille est allergique aux oeufs et nous avons tenté de sensibiliser tout notre entourage. Généralement, les gens sont réceptifs, mais il y a un travail parfois sérieux à faire, car ce n'est pas tout le monde qui fait l'effort ou comprend vraiment le danger des allergies. Sans compter que cela demande de développer de nouveaux réflexes que certains, même avec de la bonne foi, n'acquièrent pas toujours.
  6. sabot nelly 24 août 2012 à 19 h 23 min
    Je me reconnais tout a fait dans votre article...c'est a croire que la paranoïa est une maladie répandue ;-)
    J'ai profité des dernières élections présidentielles en France pour écrire un courrier au chef de l'État qui m'a d'ailleurs répondu hier ! En France comme au Canada il y a encore du chemin a faire pour faire changer les mentalités et prévoir les aménagements qui s'imposent. Mon courrier est visible sur mon blog : http://www.les-recettes-d-hugo.com
    Bonne continuation a vous et merci pour cet article très représentatif.
  7. Véronique 26 août 2012 à 20 h 00 min
    Je suis bien d'accord pour dire qu'il faut sensibiliser la population au sujet des allergies et surtout au sujet des conséquences qu'une banalisation peut avoir sur la vie des gens allergiques...

    Par contre, j'aimerais qu'on se penche d'avantage sur la CAUSE des allergies, sur ce qui peut être mis en oeuvre pour en diminuer le nombre et voir si les recommandations actuelles ne sont pas désuettes.. C'est bien beau protéger les gens déjà allergiques mais que pourrions nous faire pour l'avenir? Pourquoi y-a-t-il une recrudescence du nombre de personnes allergiques? Est-ce dans l'eau que l'on boit, dans ce que l'on mange, dans ce que l'on respire?

    Je parlais justement avec un collègue allergologiste il y a quelques temps au sujet des recommendations actuelles (qui sont, règle général, de retarder le plus possible l'introduction des aliments allergènes chez les enfants "non à risque" et de les retarder encore plus chez les enfants provenant de famille à risque) qui me disait que plus les études avances à ce sujet, plus on commence à comprendre que l'on fait fausse route au sujet des allergies... Plusieurs nouvelles études tendent à démontrer que plus on attend, plus le système immunitaire sera mature (et fort) et plus il y a risque de réaction allergique! On s'entend ici que c'est TOUT le contraire de ce que l'on peut lire dans le Mieux-Vivre (pour ne citer que cette "Bible")

    Il me disait donc que la prochaine nouvelle tendance sera plutôt d'encourager les parents à profiter du système immunitaire faible et immature des enfants pour introduire les allergènes (car il serait plus probable, finalement, qu'un système immunitaire immature n'attaque PAS un allergène par "peur" de perdre le combat... contraire au système plus mature d'un enfant d'un ou deux ans qui risque plutôt d'attaquer donc d'engendrer une réaction allergique)...

    Bref, comme beaucoup de sujet médical, les tendances changent et les études se démentent les unes après les autres sans parler de celles qui se renouvelle... J'ai bien hâte de voir ce qui nous sera révéler bientôt au sujet des allergies alimentaires...

    Par contre, je remercie la vie de m'avoir donné deux beaux enfants qui n'ont aucune allergie... Ça semble tellement compliqué, le monde des allergies. J'espère donc qu'on trouvera "la solution" pour régler ça ou pour du moins réduire les risques qu'un enfant développe une allergie.
  8. Mylène 28 août 2012 à 15 h 29 min
    Sans banaliser les allergies alimentaires des enfants, l'école que fréquente mes filles a choisi d'adopter une politique sans restriction alimentaire. Je réalise maintenant que ça semble plutôt rare de nos jours ! La direction a choisi la voie de l'éducation et de la sensibilisation de tous ceux qui y vivent plutôt que de contraindre les parents de toutes les familles à un régime strict. L'école est petite (200 enfants pré-maternelle à 6e année), peut-être que c'est donc plus facile de surveiller ce qui se passe à l'heure du repas. Néamoins, depuis les 3 ans que mes filles vont à cette école, il n'y a eu aucune réaction allergique. Dès le début des classes, les enfants qui ont des allergies sont "identifiés" et les autres amis sont mis au courant des dangers et risques que leur camarades courent s'ils consomment les aliments auxquels ils sont allergiques. Les échangent de lunchs entre les enfants sont bien évidemment interdites ! Malgré cette politique, plusieurs parents d'enfants allergiques choisissent cette école (qui est au privé), et semblent bien vivre avec cette façon de faire. Je crois donc qu'une grosse partie de la solution réside beaucoup, comme vous le dîtes, dans l'éducation et la sensibilisation de la population !
  9. Krystel 28 août 2012 à 15 h 47 min
    J'aime beaucoup la pensée de l'école de vos enfants, Mylène! Bien que je ne suis pas encore mère, ma colocataire a un enfant d'âge primaire qui va à une école où toutes les arachides sont barrées des boîtes à lunch des enfants.

    Ce que je trouve très déplorable avec cette réglementation, c'est que la question des allergies n'est jamais abordé par les enseignants ou par les surveillants de l'école (sans compter certains maux de têtes avec la boîte à lunch!). D'après moi, il s'agit là d'une excellente occasion d'apprendre aux enfants les dangers des allergies pour leurs amis, non seulement à l'école, mais partout (à la maison, chez un ami, en visite, etc.).

    Je ne peut que souhaiter de trouver un école similaire quand le temps sera venu!
  10. Natalie 28 août 2012 à 19 h 27 min
    Pour avoir eu un enfant allergique au sésame (il ne l'est plus depuis deux ans), je ne partage pas votre «paranoïa». Je trouve qu'en général les parents sont bien informés et vont même au-delà des demandes des parents d'enfants allergiques.Je n'ai jamais été inquiète de laisser mon enfant manger ailleurs à part chez ses grands-parents... Parce qu'au-delà de la sensibilisation, il restera toujours des personnes qui ne semblent pas « croire » aux allergies ou penser que ce n'est pas si grave. Mais je dirais qu'en général les gens sont sensibilisés et font preuve de prudence.

    Il ne faut pas oublier que plus l'enfant vieillit plus il sera en mesure de faire attention lui-même et de s'abstenir de manger quelque chose plutôt que de prendre un risque.

    Je trouve également que l'école des enfants de Mylène adopte la bonne attitude en responsabilisant les enfants plutôt que de restreindre tout le monde.
  11. Gabrielle 30 août 2012 à 21 h 45 min
    Bien que je sois en accord avec les propos de Dre Akbaraly, je crois qu'une question importante devrait aussi être posée: pourquoi y a-t-il de plus en plus d'allergies alimentaires dans notre société (et pas dans d'autres)? Devrons-nous rendre les arachides illégales lorsque, dans plusieurs décenies, 60% de la population y sera allergique?
  12. Dre Taz 1 septembre 2012 à 09 h 46 min
    La cause des allergies, comme j'aimerais moi aussi qu'on la connaisse clairement!
    C'est vrai qu'à priori, on s'y perd facilement:

    Au début des années 2000, l'American Academy of Pediatrics recommandait de retarder les aliments allergènes selon les risques d'allergies personnelles des enfants. On recommandait aussi certains régimes aux mères enceintes et allaitantes selon le risque d'avoir un bébé allergique.

    Malgré ces mesures, l'incidence des allergies n'a non seulement pas diminué, mais augmenté!

    Dorénavant, on recommande d'introduire les aliments, incluant ceux à fort potentiel allergique, comme les oeufs, les noix et le poisson, de la même façon chez les enfants à risque que les autres enfants: un aliment à la fois, pendant trois à cinq jours, mais dans un ordre beaucoup moins strict.

    Il n'y a non seulement plus d'arguments pour retarder l'introduction des solides après 6 mois, mais on murmure même que l'introduction tardive (le "tardif" reste encore à déterminer) pourrait en fait augmenter le risque d'allergies. Mais cela reste à prouver.

    Ce qu'on sait, en revanche, c'est que c'est entre le 4e et le 6e mois que la microflore intestinale se forme, et cette dernière est déterminante dans la "tolérance" que le système immunitaire présentera face à un aliment. On pense aussi que les bébés qui présentent beaucoup d'eczéma sont à fort risque d'allergies car les particules allergènes pourraient se présenter via la peau...

    Je constate finalement que ma réponse de docteur est peu aidante pour les mamans que nous sommes, mais patience, encore quelques années pour en savoir plus...
  13. Dre Taz 6 septembre 2012 à 15 h 12 min
    Une école comme celle de Mylène, qui sensibilise et responsabilise aux sujet des allergies alimentaires, wow! C'est une gros contrat que toutes les écoles ne sont pas prêtes à endosser! Le fait qu'il n'y ait que 200 élèves y est sûrement pour quelque chose! Pour les plus grosses écoles, j'imagine qu'il est plus facile de restreindre les collations que de consacrer du temps à un sujet délicat...

    Délicat parce que je suis totalement partagée. Étant maman d'un fiston senior multiallergique et ayant ayant traité des chocs anaphylactiques à l'urgence, le bannissement des aliments allergènes dans une école me parait une mesure justifiée... mais c'est vrai que pour des parents d'enfants non allergiques, cela peut paraitre très contraignant. Si les arachides sont aujourd'hui bannies, qu'est-ce que ce sera demain si les aliments allergènes se multiplient?

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