Zizi, foufounes, bizoune et cie

Zizi, foufounes, bizoune et cie
Par Mireille Dion, Sexologue
21 juin 2012

Marieve avait 5 ans lorsque son professeur d’éducation physique avait expliqué aux élèves de la classe qu’un ami avait reçu le ballon à la « mauvaise place ». L’ami en question avait très mal : « C’est douloureux de recevoir un coup à cet endroit », avait-il ajouté. Elle avait déduit qu’il s’agissait d’une partie du corps, mais par peur de faire rire d’elle, elle n’avait pas osé demander d’explication. Jamais on ne lui avait parlé de cette mauvaise place, mais ses camarades de classe semblaient pourtant comprendre…

Ce jour-là, elle s’était précipitée vers son père en arrivant à la maison, lui racontant ce qui était arrivé. Angoissée, elle lui avait demandé si elle aussi avait une « mauvaise place » ou, pire, si elle allait en avoir une un jour. Son père avait souri et lui avait expliqué que l’endroit désigné par son professeur était les organes génitaux. Elle lui avait alors spontanément répondu : « Pourquoi il a appelé ça la "mauvaise place"?» « Les gens utilisent parfois d’autres mots pour nommer les choses lorsqu’ils sont gênés et c’est souvent le cas lorsqu’ils parlent des parties sexuelles », lui avait-il expliqué.

L’histoire m’a fait rire lorsque ma collègue me l’a racontée. L’intonation et l’émotion qui teignaient ses paroles en disaient long sur son souvenir! Elle avait fait sourire son père et probablement certains d’entre vous. Pourtant, l’anecdote a provoqué une inquiétude chez cette enfant qui ne demandait qu’à comprendre le développement de son corps et un langage qui n’était pas le sien.

Utiliser les vrais mots

Même en très bas âge, les parents de Marieve ont toujours utilisé les mots justes pour désigner les parties sexuelles. Pour elle, seins, pénis, vulve et fesses avaient été des mots aussi faciles à apprendre que coude, jambe et menton; d’où son incompréhension pour la « mauvaise place ». Or, cette réalité n’est pas la même pour tous, en raison de l’éducation sexuelle que chacun a reçue et des malaises qui leur ont été transmis. En utilisant des mots inappropriés pour nommer certaines parties du corps, nous transférons à l’enfant un malaise qui n’est pas le sien et lui enseignons que la sexualité et les organes génitaux sont tabous. Employer des mots à double sens comme « poche » au lieu de testicules peut aussi contribuer à confondre l’enfant dans sa compréhension du corps humain et de la sexualité. Vous pouvez par contre l’informer que certaines personnes utilisent d’autres mots, évitant ainsi des situations comme celle vécue par Marieve.

Le bain et le changement de couches peuvent être utilisés pour commencer l’enseignement des parties du corps, y compris les organes génitaux. Les jeux d’identification (« Où est ton nez? », « Ton nombril? », etc.) donnent aussi à l’enfant une occasion d’élargir son vocabulaire. L’utilisation de termes exacts est donc tout indiquée. L’enfant intégrera alors naturellement les parties sexuelles à l’ensemble de son corps, ce qui lui permettra de grandir en étant à l’aise avec ce dernier. Pourquoi alors utiliser « zizi » au lieu de pénis ou « péteux » au lieu d’anus?

Cela dit, je ne suis pas contre l’utilisation de mots « coquins » pour désigner les parties sexuelles, mais seulement dans la mesure où l’enfant connaît aussi les termes exacts afin d’éviter toute ambiguïté. Je me questionne par contre encore sur l’intérêt de le faire.

Et vous, êtes-vous à l’aise de nommer les organes génitaux par leurs vrais noms avec vos enfants?

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Commentaires (8)

  1. Mariève 21 juin 2012 à 14 h 56 min
    Oh comme tu as bien raconté mon histoire.
    Je me sens vieille maintenant, heureusement que j'ai suivi tes conseils avec mes enfants.
    Personne ne devrais avoir une mauvaise place sur son propre corps ça c'est certain! (et trop angoissant)

    Bravo Mireille !

    J,ai hâte de lire les prochains articles.
    M.
  2. Isabelle 23 juin 2012 à 01 h 46 min
    J'ai eu la chance de grandir avec un père qui enseignait la formation personnelle et sociale au secondaire. Alors, la sexualité était chez nous un sujet comme les autres. Nous avons toujours été à l’aise de parler de pénis, vulve, sein et compagnie...Par contre, ça rendait souvent nos amis mal à l'aise, car ils n’étaient pas habitués de parler aussi ouvertement de sexualité avec leurs parents.

    C’est très important pour moi d’utiliser les bons mots avec mon garçon pour désigner les organes génitaux. J’espère pouvoir lui transmettre ce que mes parents ont si bien été capables de faire avec moi.

    Merci pour ce billet qui m’a fait bien sourire :)
  3. Marie 23 juin 2012 à 17 h 59 min
    Tellement d'accord!! Je pense que les parents ne réalisent pas le poids qu'ils font peser sur ces choses quand ils inventent des mots ridicules... Le poids du tabou, c'est fou! Au début, à l'heure du bain, je parlais malgré moi de "zizi" et "zezette", par habitude, puis j'ai décidé d'employer les vrais mots. L'habitude a été difficile à perdre, mais c'est réglé.
  4. Émilie 23 juin 2012 à 20 h 46 min
    Chez moi, ma mère est très discrète sur tout ce qui a trait à la sexualité,résultats: mon père qui vient d'une famille plus libérale a eu la tâche de tout nous expliquer. Il était très bon! On pouvait arriver avec des questions bien spéciales de choses entendues à l'école et il trouvait le moyen de nous répondre en adaptant notre réponse à notre âge!

    Mes parents utilisaient les vrais et les faux mots avec nous.

    Ainsi quand j'ai eu ma fille. Je lui montrais les parties de son corps et quand je suis arrivée aux fesses, vulve et seins, je me suis demandée si je devrais lui montrer c'était où! Quelle question idiote! Je ne sais pas pourquoi ce tabou résiste autant!
  5. Sébastien Lebeau 4 juillet 2012 à 01 h 43 min
    Merci pour le conseil j'en prends note!
  6. Bianka 20 juillet 2012 à 17 h 43 min
    Moi mon fils de 3 ans c toutes les parties de son corps avant 2 ans il les savait tous quand je lui demandais il me les montrais maintenant pour maintenir sa mémoire je lui montre une partie de son corps en lui demandent c quoi? et il me répond par les vrai réponse il c c quoi un anus, un pénis, même c testicules il le c son ou a mon avis ils ne faut pas toute leurs aprendre (les bon et les mauvais) en même temps commencons par les bon et quand il entrerat a la maternelle je lui expliquerer les autres termes que les gens peuvent employer parce qu'il risque d'être confut a mon avis.
  7. Nancy 27 juillet 2012 à 01 h 50 min
    Ouf, j'ai une fille de quelques semaines et je sais que je devrais faire face à cette réalité et j'avoue que je ne sais pas encore comment je vais réagir mais je vais surement avoir bien de la difficulté a lui dire les vrais mots...On dirait que j'ai de la difficulté a m'imaginer que les mots vagin, testicules et pénis sortent de sa petite bouche. Mais je vais assurément m'efforcer mais je sais que dans ma famille ca ne sera pas accepté...j'ai d'ailleur fait rire de moi a l'école parce qu'un garcon m'appelait "vage" et "clitori" et je ne savais pas c'était quoi...je me rappel encore que ma mere a bafouillé lorsqu'elle a du me dire et m'expliquer que j'avais effectivement un vagin et un clitoris. MAis meme ce garcon n'utilisait pas les vraies mots...comme si c'était moin grave de les utiliser si on ne prononce pas la derniere syllabe! Curieux non?!
  8. À quel âge devrait-on cesser de prendre le bain av 11 octobre 2012 à 07 h 08 min
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