Ne pleure pas…

Ne pleure pas…
12 avril 2012
Parfois, ses yeux s’embrouillent quand elle enfile son manteau. Ses bras deviennent lourds et son visage s’assombrit. Mon petit rayon de soleil, comme je me plais à la surnommer, se momifie en vilain nuage gris lorsque vient le temps d’aller à la garderie. Souvent, je crains une maladie ou un événement perturbateur. Après enquête : rien.

Ma fille ne veut simplement pas me quitter, surtout après un week-end joyeux ou un long congé passé à jouer en toute liberté. S’arracher à mes bras et au bonheur qui habite notre maison est un vrai supplice même si, aux dires de son éducatrice, une fois la porte refermée, le cordon coupé et les larmes séchées, elle retrouve vite sa joie de vivre en compagnie de ses amis. 

Un matin de larmes, ça passe. Deux matins aussi, mais au bout de 3, 4, 5 ou 6, je doute, je la console, je philosophe, je m’en veux, je l’ignore, je m’énerve. Je passe par toute la gamme des émotions, car je ne sais pas quoi faire à part me sentir mal en ruminant ses larmes. Ça me tue. Je sais. C’est idiot. La vie est une longue succession de petits et grands deuils. Des malheurs et des séparations, elle n’a pas fini d’en vivre. Je sais tout ça. Je pourrais même consoler tous les parents du monde qui vivent la même chose que moi. Trouver les mots qui réconfortent, ouvrir grandes mes oreilles pour simplement les écouter. Raisonner le malheur des autres est si facile. Le mien, c’est autre chose. Sa tristesse descend directement dans mes tripes sans passer par la case cerveau. C’est plus fort que moi. Comme on dit, le coeur a ses raisons que la raison ignore. Pour éviter les maux de ventre, j’ai fini par en parler autour de moi et, franchement, j’ai bien fait.

Une amie chère, que je salue au passage, m’a soufflé l’idée de faire un tableau de motivation. Bénie soit-elle! Cela fait des années que j’utilise ce truc lorsque mes enfants vivent des moments difficiles et ont besoin d’un petit coup de pouce pour passer à travers certaines étapes (aller aux toilettes, ranger leur chambre, débarrasser la table, se brosser les dents, goûter un nouvel aliment, etc.).

Emmêlée dans mes émotions, je n’ai pas pensé 2 secondes à l’appliquer dans ce cas-ci. Il existe de nombreux modèles sur Internet qu’il suffit de télécharger, mais j’ai toujours aimé créer les miens. Une feuille en couleur, un joli dessin ou une photo, des cases vides, une feuille d’autocollants. Un gros 5 minutes de préparation et le tour est joué. Chaque fois que ma fille part à la garderie sans pleurer, elle peut coller une image sur son tableau. Au bout de 5, elle a le droit à un privilège de son choix (laver mes carreaux, faire le ménage à ma place... ben quoi, on peut rêver quand même!). Emballée par cette idée, son éducatrice a fait la même chose et ça marche. Cela fait 3 jours consécutifs que ma fille quitte la maison sans pleurs.

J’ai quasiment le goût de créer un tableau de motivation juste pour moi, tiens. Après 10 lessives, un massage. Après 20 préparations de repas, un souper dans un bon restaurant. Au bout de 30 allers et retours à la garderie, un week-end à New York...

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Catherine Goldschmidt
Je suis une drôle de maman qui adore dénicher ou inventer des jeux simples et peu coûteux pour amuser les enfants.
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Commentaires (17)

  1. Julie 12 avril 2012 à 16 h 22 min
    Ouf, que je vous comprends!! Quel chamboulement dans une routine quotidienne. J'ai vécu la même chose au retour des vacances l'été dernier : ma fille hurlait lorsque je la quittais le matin mais nous, ça durait toute la journée! Et ça durée 4 ou 5 longues semaines, pour me faire dire par mon éducatrice que ma fille était capricieuse, me manipulait et que je devais abosluement lui tenir tête. Mon coeur de mère me disait autre chose par contre : 1 ou 2 ou 3 journées en caprice, ok, mais pas 4 semaines!! J'ai essayé le calendrier moi aussi, pour lui montrer les journées où elle allait à la garderie et les journées ou nous étions en congés, sans succès de mon côté. Nous avons fini par changer de garderie (pour une autre raison par contre) et par miracle, au bout de 2 semaines, tout était rentré dans l'ordre!! Je n'ai jamais connu l'élément déclencheur des crises de ma fille, mais chose certaine, nous n'avons pas été comprise à cet endroit et c'est trise. Nous sommes aujourd'hui très bien et ma fille fait à l'occasion un petit caprice... mais à l'occasion seulement!! :)
  2. sandra MARTINEZ SANDE 12 avril 2012 à 20 h 54 min
    Je n'ai pas encore essayé cette méthode mais je compte bien la mettre en oeuvre (pour mon fils de 4 ans) pour des petites choses de la vie de tous les jours : bien aller sur le pot ou aux toilettes en cas de besoin, ne pas hurler dans la maison pour rien, bien se tenir à table, goûter à chaque aliment... Surtout essayer de ne pas sur-réagir quand l'enfant a un mauvais comportement mais bien souligner le bon comportement. Et le récompenser au bout d'un certain nombre de bons comportements !
  3. Nathalie F. 13 avril 2012 à 04 h 01 min
    Le tableau de motivation est une excellente idée pour aider un enfant à avoir de bons comportements, mais je suis sceptique sur son utilisation dans ce cas-ci...Je vais me faire l'avocat du diable, mais est-ce que pleurer avant d'aller à la garderie est un "mauvais" comportement à modifier ou simplement l'expression d'une émotion tout à fait légitime? En faisant un tableau de motivation dans ce cas-ci, est-ce qu'on n'apprend pas à l'enfant qu'il est préférable de refouler ses émotions pour ne pas briser le coeur de maman plutôt que de les exprimer?

    J'ai dû moi-même refouler beaucoup d'émotions étant enfant, ayant vécu avec une mère qui n'avait pas la capacité de gérer ni d'assumer mes émotions négatives, ce qui me rend sensible à ce genre de situation. Oui, c'est difficile pour un coeur de maman de voir sa fille triste avant d'aller à la garderie, mais si elle étouffe cette tristesse pour vous épargner (comme j'ai si souvent fait avec ma mère), c'est elle qui devra assumer et porter toute seule ses émotions, ce qui peut devenir un mécanisme qui persistera plus tard dans ses relations avec les autres. Je peux me tromper, mais je crois que ça mérite réflexion...

    J'en profite pour vous féliciter pour votre blogue, c'est toujours un plaisir de vous lire!
  4. Thanh 13 avril 2012 à 04 h 08 min
    wow ...mot par mot, votre texte décrit mieux que moi-même mes propres sentiments chaque matin lors des 6 premiers mois que ma fille avait fréquenté la garderie. par la suite, ça n'arrivait plus chaque matin, mais fréquemment pendant les 2 années à la garderie. si j'avais lu auparavant, ça m'aurait aidé beaucoup. ma fille est à la prématernelle maintenant, elle aime beaucoup l'école alors la séparation difficile n'avait duré que 2 semaines. j'aime bien votre tableau de motivation très créatif, j'ai toujours trouvé les tableaux de motivation en ligne et en colonne ennuyeux, mais ne savais pas quoi faire d'autre. merci beaucoup pour votre partage.
  5. sa 13 avril 2012 à 06 h 38 min
    Je me souviens qu'il y a environ 4 ans, j'ai vecu la meme chose avec mon premier fils. Cela a dure environ 4 longues semaines, du lundi au vendredi. C'etait l'enfer pour lui, pour moi et mon mari. Apres ces 6 semaines, la separation se passa mieux, mais pas encore comme il faut... Un jour, on a visite un autre etablissement avec lui. Il a tout de suite ete emballe par les activites qu'y faisaient les autres enfants. Quand on l'y a transfere, il n'y a pas eu de pleurs du tout ... au bout de quelques temps, il en est meme parvenu a etre impatient de partir! Maintenant, il est grand et va a l'ecole. Il a cinq ans mais ce deuxieme etablissement est toujours aussi cher a son coeur. Et pourtant c'est un gamin dynamique qui adore les defis et les nouveautes! On l'emmene de temps en temps chercher son petit frere, qui lui, est maintenant dans cet endroit de miracles :) Le petit frere a eu un temps d'adaptation bien sur, mais seulement pendant environ 10 jours, ce qui a ete nettement mieux!
  6. Tounute 13 avril 2012 à 08 h 25 min
    Comme Nathalie F., je m'interroge sur la bonne utilisation de ce tableau dans ce cas précis...
  7. Catherine Goldschmidt 13 avril 2012 à 11 h 54 min
    @ Nathalie F. et @Tounute Je suis contente que vous souleviez ce point parce que j'y ai pensé à 2 fois avant de l'appliquer exactement pour les raisons que vous mentionnez. Les enfants ont souvent beaucoup de mal à exprimer leurs émotions et quand les mots ne viennent pas ils pleurent, ils crient ou se referment sur eux-mêmes. J'essaie d'apprendre à mes enfants à contrôler leurs émotions non pas en les niant, mais en les exprimant autrement. La mienne m'a dit clairement ce qui n'allait pas et je l'ai serré très fort dans mes bras en lui disant que je comprenais. J'ai accueilli sa peine sans jamais la nier, Un, 2, 3 jours...Est-ce bon pour elle de partir en pleurant matin après matin? Notre séparation doit-elle être nécessairement dramatique? Dans ce cas précis, elle avait juste besoin d'un petit coup de pouce pour apprendre à vivre notre séparation de façon plus positive. Les petits sont souvent sumergés par leurs émotions et ils ont besoin d'aide pour apprendre à les canaliser de la bonne façon. Je continue de la serrer dans mes bras, mais dans la joie. Si sa peine avait été plus profonde ou s'il y avait vraiment eu un problème à la garderie, je n'aurais probablement pas utilisé le tableau de motivation. La prudence est de mise effectivement et il est essentiel de bien comprendre ce que vit notre enfant afin de trouver la meilleure solution possible. Merci beaucoup d'avoir soulever ce point.
  8. Catherine Goldschmidt 13 avril 2012 à 12 h 15 min
    @Julie @ Thanh @Sa J'ai une amie à qui il est arrivé la même chose. Son petit pleurait et pleurait semaine après semaine dès qu'elle le déposait à la garderie. Elle a dû changer de garderie à cause de son déménagement. En moins de 3 jours, il a complètement arrêté de pleurer. Son éducatrice était d'origine sud américaine. Elle passait son temps à câliner, embrasser et faire rire les enfants.

    @ Sandra Entièrement d'accord avec vous!
  9. Eve 13 avril 2012 à 23 h 03 min
    @ Sandra, j'ai lu votre commentaire et j'ai cru voir mon fils dans vos " petite chose de la vie de tous les jours". Mon fils a la même âge que le vôtre et moi aussi je crois que je vais essayer d'utiliser cette façon de motiver. Je vais miser sur un comportement à la fois pour ne pas trop le bombarder.
  10. Nathalie F. 14 avril 2012 à 02 h 56 min
    Super, merci pour les détails...Je vois que le choix de la méthode a été fait suite à une réflexion mûrie et surtout, que votre fille sent que vous êtes ouverte et prête à l'accueillir malgré tout si quelque chose ne va pas. Bravo et bonne continuation!
  11. Isabelle 15 avril 2012 à 02 h 41 min
    Je trouve toujours, Catherine, que vous avez une manière tellement lucide, poétique et vraie de décrire les inquiétudes ou bonheurs par lesquels les parents doivent passer. En lisant les différents témoignages, je me rassure sur le bonheur de ma fille à la garderie en me disant que si jamais elle n'est pas bien, elle saura me le faire comprendre par un changement dans son comportement, entre autre, lorsque le départ ou l'arrivée à la garderie se fera.
    @Nathalie F. Déformation professionnelle de ma part, et sans prétentions, je suis psychoéducatrice et au sujet des tableaux de mtoivation; l'être humain et bien construit. Jamais un tableau de motivation ne réussira à modifier un comportement si la source de la souffrance demeure. Nous sommes "programmés" pour nous protéger, nous maintenir dans un état d'équilibre et éviter les dangers! Les enfants sont encore plus que nous des as pour déployer des stratégies (adéquates ou non selon nos normes sociales) pour nous faire comprendre que quelque chose ne va pas. Dans le cas qui nous concerne, si la source du problème avait été plus sérieuse (milieu de garde inadéquat ar exemple) et bien, le tableau n'aurait pas fonctionné et c'est tant mieux comme ça, parce que ça nous pousse à chercher plus loin :)
  12. Nathalie F. 16 avril 2012 à 02 h 57 min
    Je suis d'accord avec vous Isabelle que le tableau de motivation à lui seul n'arrivera pas à modifier un comportement si quelque chose de plus grave se passe. C'est plutôt la réaction du parent qui risque d'avoir un plus gros impact...Par exemple, un enfant qui verrait son parent complètement déstabilisé quand il lui confie ses émotions négatives pourrait la prochaine fois ne plus les exprimer pour protéger son parent...et surtout se protéger lui-même. C'est très insécurisant pour un enfant de chercher du réconfort auprès de son parent et de réaliser que son parent est aussi affecté que lui, sinon plus...Pour éviter ce sentiment d'insécurité face à son parent perturbé, il risque de se taire la prochaine fois et assumer tout seul son malheur...

    Bref, ce n'est manifestement pas le cas ici, mais je voulais juste préciser ma pensée!
  13. Éric 17 avril 2012 à 03 h 06 min
    Merci pour ce billet. Je prend beaucoup de soins à utiliser avec mon enfant un langage approprié qui permette de connaître la différence entre pleurer et chigner. J'ai voulu dès le début faire la distinction entre réagir à une peine (donc dire "pleurer") et être mécontent avec une situation et réagir (donc chigner). Je trouve d'ailleurs que mon enfant, comme plusieurs garçons, est à risque d'entendre des messages négatifs à l'égard de vivre une gamme d'émotions, puisque comme parents et surtout comme société, nous leurs montrons les émotions "acceptables" selon leur sexe. Comme père, je veux que mon fils aient des relations saines et égalitaires avec hommes/garçons et femmes/filles lorsqu'il sera autonome et que je sois le balancier face à un monde qui tente trop souvent de gérer nos sentiments et nous encourage de supprimer nos instincts et ce que nous ressentons.
  14. Sandra 17 avril 2012 à 05 h 45 min
    De mon côté désintéressement total des tableaux après quelques jours.
    Je lui laisse plutôt un "morceau de maman" qu'elle choisit elle-même.
    Parfois, c'est un chandail, d'autres, un dessin ou un petit mot (même si elle ne peut pas le lire).
    Cela la rassure et elle s'y réfère au besoin.
    Par moment, le simple fait de savoir qu'elle a son "morceau de maman" suffit à calmer sa peine.
  15. mega301 18 avril 2012 à 01 h 29 min
    De mon coté, j'ai commencé une petite halte garderie pour ma puce non pas par besoin mais bien parce que je veux qu'elle socialise avec les autres enfants et je crois que ca pourrait l'aider avec son retard de language. Je souhaite également commencer le processus de séparation avec moi avant l'école car je comme je suis maman a temps plein le jours, elle est TRÈS attachée a moi. Je veux qu'elle y aille que 2-4 heures par semaine selon le désire donc j'ai commencé avec 1 heure la semaine passée...Désastre!! Ce n'est pas le début le problème c'est lorsqu'elle voit que je suis partie qu'elle pleure. La premièere fois ce fut une MÉGA CRISE aprèes 45 minutes mais aujourd'hui, ce fut seulement des larmes 5 minutes après mon départ. Elle est contente d'y aller, y entre en courant en me lachant la main spontanément et avec le sourire mais ce n'est qu'après qu'elle est triste (je quitte en catimini car la crise serait monumentale). Je me demande si je lui fait ce tableau, je mettrai l'emphase sur sa peine qu'elle a une fois entré et j'ai ainsi peur de changer son enthousiasme de départ.J'ai si peur qu'elle ne comprenne pas mes motivations de départ et que ca l'affecte. J'espère seulement qu'elle ne vit pas la séparation d'avec moi comme moi je le vit avec elle car c'est vraiment douloureux!! Désolé pour la longueur du message mais je n'ai pas beaucoup de gens pour en parler et ca fait du bien de le faire! Merci!
  16. Catherine Goldschmidt 18 avril 2012 à 15 h 13 min

    @Isabelle merci, je suis très touchée et merci beaucoup pour cette petite précision. C'est rassurant.


    @ Sandra "un morceau de maman" c'est une bonne idée et c'est mignon comme expression.


    @ Éric "balancier" c'est une belle image pour exprimer notre rôle de parent.  


    @ mega301 C'est super important d'en parler. Je me fiche de la longueur du message. Il peut bien faire 2 pages et j'aurai plaisir à le lire. Je crois que vous devriez jeter un oeil sur deux articles qui expliquent comment aider son enfant à s'adapter à la garderie. ce sont des méthodes qui ont fait leurs preuves et qui ont aidé beaucoup de mamans. C'est toute une épreuve pour eux et pour nous cette étape. J'espère que ça vous aidera. naitreetgrandir.net/.../Fiche.aspx ET naitreetgrandir.net/.../Fiche.aspx  

  17. mega301 23 avril 2012 à 23 h 47 min
    @ Catherine Merci, merci, 1000 x merci. C'est la première fois qu'on ne me dit pas que j'exagèere sur la douleur de cette séparation et ca fait du bien. Je lirai ce que vous me proposer avec empressement. Merci encore!