Faut-il attribuer des superpouvoirs aux aliments?

Faut-il attribuer des superpouvoirs aux aliments?
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
17 mars 2012

Comme tous les parents, il y a au moins une chose que je sais sans avoir besoin d’être nutritionniste : un enfant mange ce qu’il aime et refuse ce qu’il n’aime pas. C’est un constat évident, me direz-vous. Pourtant, combien d’entre nous essayons de convaincre notre enfant de manger en lui disant que tel aliment est bon pour sa santé ou que tel autre le rendra fort et grand, et cela peu importe ses goûts? Alors, la question se pose : est-ce qu’on doit utiliser le raisonnement pour faire manger un enfant?

Il y a plusieurs facteurs qui influencent nos choix alimentaires. La valeur nutritive des aliments en est un. Ultimement, on continue à manger un aliment en particulier si on en retire un certain plaisir ou, à tout le moins, si l’expérience est neutre. Il est toutefois peu probable qu’on mange quelque chose si on a besoin de se boucher le nez et fermer les yeux. Une réticence, voire un dédain devant certains aliments prend le dessus sur n’importe quel argument rationnel ou discours nutritionnel. Ainsi, pour environ les 3/4 des jeunes enfants qui vivent une phase de néophobie, cette crainte devant la nouveauté occulte le « bon pour la santé ».

Un enfant accepte de manger un aliment lorsqu’il l’aime. Et il aime un aliment lorsqu’il lui est familier. La familiarisation nécessite du temps et elle est grandement favorisée par une expérience positive avec l’aliment. Si on force un enfant à manger et même à goûter un aliment, son souvenir associé à cet aliment risque de demeurer négatif. Or, si l’association est négative, il y a peu de chance que l’enfant souhaite répéter l’expérience. Bref, on ne convainc pas un enfant de manger ses légumes, son poisson ou son riz brun en lui disant que c’est bon pour lui. Ce qui l’amènera à apprivoiser et à apprécier des aliments, c’est d’en avoir dans son assiette régulièrement sans être forcé d’en manger. C’est de voir ses parents s’en régaler et c’est d’avoir du temps devant lui. Parfois, beaucoup de temps.

Si les arguments d’ordre nutritionnel ont peu d’effet sur un jeune enfant, ça ne signifie pas qu’on doive éviter de parler des qualités et des bienfaits des aliments pour autant. Au contraire, dès la petite enfance, on peut expliquer simplement à l’enfant ce que la nourriture lui apporte. Que ce soit pour lui dire que manger est important ou que certains aliments sont plus nourrissants que d’autres. Par exemple :

« Les aliments que tu manges donnent de l’énergie à ton corps et te permettent de jouer, de bien grandir et de devenir fort. »

« Comme un dessin que tu colores avec plein de couleurs, ton corps aime recevoir des aliments de plusieurs couleurs. C’est pour ça qu’il aime tant les fruits et les légumes. »

Mais, attention, utiliser le raisonnement ou faire de l’éducation, ce n’est pas exagérer et encore moins manipuler. Mieux vaut éviter les fausses promesses ou les raccourcis comme « mange tes épinards si tu veux être fort » ou « tu as absolument besoin de manger du poisson pour grandir ». Entre raisonnement et pression à manger, la ligne est parfois mince. Mieux vaut se tenir du côté du raisonnement.

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (6)

  1. Dave 17 mars 2012 à 12 h 49 min
    Le meilleur argument pour faire manger des bons aliments restera toujours l'exemple des parents.
  2. Mylène 17 mars 2012 à 18 h 27 min
    Je suis bien d'accord avec la familiarisation... bien qu'en tant que parent, on finisse parfois par se décourager totalement face à l'alimentation de nos enfants. Ma petite dernière qui a maintenant 2 ans, a toujours refusé de manger ses légumes (même au stade des purées). Mais, on a toujours continué de lui en servir, en petites portions, à chaque repas. En offrant de la variété et en variant les modes de cuissons. Tranquillement, elle a apprivoisé certains légumes (souvent crus). Depuis quelques semaines, elle goûte à ce que l'on lui offre, alors qu'avant elle refusait catégoriquement d'y goûter (elle les enlevait tout simplement de son assiette, ou les donnait à ses soeurs !). Parfois même elle va en manger un petit peu... On ne peut pas encore crier ''Victoire'', mais avec beaucoup de patience, je crois qu'on va y arriver.
  3. natacha 21 mars 2012 à 13 h 48 min
    Bonjour, mon garcon a 10 mois, il refuse de manger avec la cuillère je dois toujours faire des purées, dèsfois il refuse de manger ses aliments,il préfère le lait de préparation avec du poudre céréale,ce que j`ai remarqué il veut toujours manger nos repas avec nous,j`ai remarqué qu`il a perdu du poid...aidez-moi, qu`est-ce que je dois faire..
    merci, bonne journée.
  4. Stephanie Cote 23 mars 2012 à 13 h 28 min
    @Natacha. Si votre fils est attiré par vos assiette, pourquoi ne pas lui offrir le même repas que vous? En adaptant les textures bien sûr: légumes très tendres, viande en très petits morceaux, etc.? À son âge, il peut manger de plus en plus varié. Il peut aussi manger avec ses doigts s'il refuse la cuillère. Pour des conseils vraiment adaptés à votre situation, je vous recommande de rencontrer une nutritionniste qui sera en mesure de vous poser plusieurs questions et d'envisager des pistes de solution qui vous conviennent. Parlez aussi de sa perte de poids avec son pédiatre.
  5. Christophe 11 décembre 2012 à 11 h 11 min
    Bonjour, ma fille a 16 mois et refuse de manger à la cuillère environ 3 repas sur 4. Si on la laisse manger avec les doigts, le résultat est le même : elle ne mange pas (sauf les pâtes, le riz, le pain...). Par contre, si on mixe son repas et qu'on lui donne au biberon, elle mange sans problème.
    Faut-il en priorité se débarrasser du biberon ? ou au contraire privilégier une alimentation saine et équilibrée, et tant pis si c'est au biberon?
    Un grand merci par avance pour votre aide!
  6. Stéphanie Côté 11 décembre 2012 à 15 h 25 min
    @Christophe, je vous conseille d'abandonner le biberon. Il faut penser à moyen et long terme avant tout. Votre fille prend son temps pour se familiariser avec les aliments, ce qu'elle ne peut pas faire lorsqu'elle les reçoit en version liquide dans un biberon. Je vous invite à lire ce billet qui vous aidera à comprendre le développement du goût et la meilleure attitude à adopter dans ce processus: http://naitreetgrandir.com/blogue/dans-mon-assiette/2010/12/07/serpents-echelles-et-nouveaux-aliments/

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