Nos enfants ne sont pas à vendre

Nos enfants ne sont pas à vendre
15 février 2012

Il n’est pas facile, dans l’univers ultramédiatisé dans lequel nous vivons, de savoir ce que l’on doit vraiment craindre pour nos enfants et ce qu’il ne faut pas craindre. Pourquoi? Parce que les grandes sociétés et les industries éveillent et apaisent les craintes au gré de leurs propres intérêts. Il s’ensuit que nous, parents, sommes systématiquement désinformés et que nos peurs finissent par servir leurs intérêts. 

C’est la thèse toute simple, mais fracassante du dernier livre de Joel Bakan, Mon enfant n’est pas à vendre. C’est celui-là même qui dénonçait il y a quelques années les comportements prédateurs des multinationales dans le documentaire La corporation (et le best-seller du même nom). 

J’ai dévoré ce livre, moi qui aie pourtant la lâche habitude de fuir tout ce qui me bouleverse : articles ou émissions sur les enfants malades ou la famine, histoires de pédophilie ou de crimes, etc. Je zappe ou je tourne la page automatiquement. Là, non.

Même si ce que j’y ai lu m’a ébranlée, je me suis fait un devoir d’aller jusqu’au bout parce que j’ai senti que nous avions tous une responsabilité et une possibilité de changer les choses, pour mieux protéger nos enfants. 

Vous allez me dire : nos multiples inquiétudes ne suffisent-elles pas? Ne surprotège-t-on pas déjà assez nos enfants? En fait, si, mais pas forcément pour les bonnes raisons, nous explique Joel Bakan.  

« Surprotéger et sous-protéger sont tous deux le fruit des tactiques déployées par les entreprises et les industries pour orienter l’information, en fonction de leurs profits et de leurs intérêts. Il y a surprotection quand on attise les peurs des parents. On brandit le spectre des maladies mentales (pour justifier l’emploi de psychotropes chez de jeunes enfants); on s’effraie des microbes et des risques de contamination (pour justifier l’emploi de pesticides, d’agents de conservation et d’antibactériens) », résume Joel Bakan.

« Il y a sous-protection, poursuit-il, quand on minimise les peurs des parents à propos des effets secondaires de psychotropes et des effets morbides des toxines chimiques de ces mêmes pesticides, agents de conservations et antibactériens. »

Tout au long du livre, on apprend ainsi comment l’industrie pharmaceutique s’est emparée de la psychiatrie infantile et de son manuel de référence (le DSM), en arrosant généreusement les psychiatres, médecins et chercheurs depuis des années. Comment l’industrie de la cannette métallique, par exemple, a mené sa contre-attaque afin de laisser le bisphénol A (BPA) sur le marché tandis que des études prouvent sa nocivité sur le fonctionnement hormonal. (C’était lors d’une réunion secrète en 2009, réunissant de grandes entreprises - Coca-Cola, Del Monte et Alcoa - et des groupes de pression, soit l’American Chemistry Council et la Grocery Manufacturers Association. Je vous invite à aller lire ce qui s’y est dit!). 

Comment, encore, l’industrie du jeu électronique procède pour rendre nos enfants complètement accrocs à certains jeux vidéo, à l’aide de psychologues aguerris (vous savez, ces jeux, par exemple, où l’enfant doit s’occuper quotidiennement d’un animal virtuel sans quoi il se sent responsable de sa mort?). 

Le travail des enfants

J’y ai appris, encore, que le travail des enfants n’était pas réservé qu’aux pays pauvres.

Il n’y a qu’à aller en Colombie-Britannique (seule province permettant aux enfants de travailler dès 12 ans, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit en dehors des périodes de classe) ou encore aux États-Unis pour trouver des centaines de milliers d’enfants au travail, notamment dans les champs, les vergers ou les hangars d’emballage.  

D’ailleurs, à ce sujet, la chaîne américaine ABC a récemment dévoilé que des enfants d’à peine 5 ans cueillaient des bleuets aux États-Unis pour le compte d’Adkins Blue Ribbon Packin Company. Ces bleuets étaient distribués pas plus loin que dans le Walmart près de chez nous. Malgré les cris d’indignation de Walmart à la suite de cette révélation, elle est la société qui a commis le plus d’infractions à l’égard de l’âge des travailleurs, en Amérique du Nord. Elle a accumulé 1 371 infractions en 2004. 

Des vérités comme celle-là, ce livre nous en envoie plein la figure. Je vous suggère chaudement d’en prendre connaissance.

Mon enfant n’est pas à vendre, J. Bakan, Éditions Transcontinental, 2012

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (4)

  1. Dave 15 février 2012 à 19 h 52 min
    Ma prochaine lecture!
  2. Alexandre 16 février 2012 à 20 h 59 min
    Moi aussi !
  3. Anne Marie 18 février 2012 à 02 h 43 min
    Merci pour vos articles intelligents! Je vais certainement tenter de dénicher ce livre.
  4. Eve 19 février 2012 à 11 h 46 min
    J'ai la même réaction que vous pour tout ce qui touche aux enfants et qui me boulverse, je laisse de côté tous les articles ou émissions ou même nouvelles qui parlent de la cruauté envers les enfants, les crimes et autres situation inaxceptable. Par contre, en lisant votre article j'ai aussi l'impression que ce livre fait comme plusieur industries, c'est-à-dire qu'il réveille des craites chez les parents. Peut-être est-ce que je me trompe, mais j'ai aussi l'impression que l'auteur veut aviver les craintes chez les parents envers les compagnies de toutes sorte. Peut-être est-ce que je suis naive mais j'espère croire encore qu'il y a des compagnies qui sont dirigés par des pères et mères de famille qui sont pour le bien de nos enfants. Sinon, si c'est seulement l'argent qui les intéressent et ce quel que soit les conséquences sur nos enfants, leurs enfants et bien nous vivons vraiment dans un monde pourri. Mais j'ai désidé de rester optimiste et positive en me disant que c'est imposible que tous dirigeants de compagnie soient ainsi. Est-ce que je fais l'autruche ? Peut-être ... mais j'espère ne pas avoir fait des enfants dans un monde aussi individualiste et capitaliste que semble nous l'indiquer l'auteur. ( enrore une fois, je n'ai pas lu le livre, c'est seulement l'impression que j'ai eu en lisant votre blogue, est-ce que je vais lire le livre...... je ne pense pas .... je préfère peut-être encore croire à cendrillon. Par contre je dois dire que vos articles sont toutjours intéressant et font réfléchir)

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