La mort dans la vie des enfants

La mort dans la vie des enfants
Par Dre Taz, Omnipraticienne
1 février 2012

Tout d’abord, avec un peu de retard, je voudrais vous souhaiter une année 2012 en santé!

J’ai été durement éprouvée récemment par le décès d’un proche, et je me relève avec mal. Le destin frappe parfois cruellement nos vies et nous apprenons tant bien que mal à affronter les deuils. Mais être parent, c’est aussi faire fi de ses émotions pour préserver nos enfants de la souffrance. Comment le faire? Cacher nos émotions? Tout leur expliquer?  Voici les conseils recueillis auprès de références en la matière.

Même s’il ne comprend pas, l’enfant ressent tout.

Il est vain de croire que nous pouvons dissimuler quoi que ce soit à des enfants. Sans compter qu’ils sont narcissiques et croient que le monde tourne autour d’eux. Votre enfant pourrait donc croire qu’il est la cause d’événements obscurs en cours et de la peine que vous démontrez. Rassurez-le en clarifiant la situation : « Maman est triste, mais ce n’est pas à cause de toi. »

Expliquez les faits de façon simple et adaptée à son âge. 

Les enfants ont une forme de pensée très concrète : le père Noël descend VRAIMENT par la cheminée! Il peut s’avérer confondant d’utiliser des analogies. Soyez clair : « Grand-mère était malade et son corps a arrêté de fonctionner. » Vous pouvez y aller de vos convictions spirituelles (le paradis, la réincarnation), mais attendez-vous à des questions supplémentaires : « Elle est où dans le ciel? », « Pourquoi on ne la voit pas? », etc. Cela dit, vous pouvez répondre « je ne sais pas ».

Certains enfants vont demander si ça peut leur arriver. Allez-y d’une réponse honnête, mais prudente : « Ça arrive à tout le monde un jour. C’est pour ça qu’on va chez le médecin, pour vérifier si notre corps est en santé. »

L’enfant exprime sa détresse par la colère.

Il ne comprend pas son mal-être et va probablement l’exprimer par un comportement oppositionnel (« Non! »), de l’agressivité (tapes sur le toutou ou sur la petite soeur), voire de la régression (recommencer à faire pipi au lit ou sucer son pouce). Soyez indulgent. Passez plus de temps avec votre enfant et validez ses sentiments : « Je sais que cela est difficile pour toi et c’est pour ça que tu es triste et fâché. »

Proposez à votre enfant de poser des gestes tangibles afin de canaliser sa tristesse en quelque chose de constructif. Par exemple, faire des dessins pour consoler les membres de la famille ou vous aider à ramasser des sous pour des fondations contre certaines maladies.

N’associez jamais la mort au sommeil.

Ne dites jamais d’un défunt « qu’il dort ». Encore une fois, les enfants prennent les explications au pied la lettre. Cela pourrait sérieusement perturber leur sommeil, occasionner des troubles de l’endormissement et des phobies.

La routine est rassurante.

Dès que les événements aigus sont passés, reprenez le rituel du dodo, la garderie, les heures de repas, les devoirs, comme avant. C’est une forme de sécurité pour l’enfant et il faut montrer que la vie continue.

Faites-vous aider

Plusieurs bons livres expliquent la mort aux enfants. Demandez à l’éducateur qu’il accorde plus d’attention à votre petit. Mobilisez les proches pour venir le prendre quelques heures afin que vous puissiez vous ressourcer. Et si votre enfant présente une anxiété ou une colère qui nuit à son fonctionnement quotidien, consultez un professionnel.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille et les épreuves sont inhérentes au quotidien. Même si nous voudrions éviter toute forme de souffrance à nos enfants, c’est impossible. Il nous reste donc à développer leur capacité d’adaptation, sans toutefois crever la bulle de l’enfance. Pas une mince affaire!

Et vous, avez-vous déjà fait face à un deuil avec votre enfant?

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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Commentaires (16)

  1. Véronique 1 février 2012 à 19 h 00 min
    Toutes mes sympathies à vous et votre famille Dr Taz. Adulte ou enfant, le deuil n'est jamais chose facile et je vous souhaite d'être bien entourée dans cette dure épreuve.
  2. Valérie G 1 février 2012 à 19 h 01 min
    mes condoléances les plus sincères!
  3. karine L 2 février 2012 à 03 h 32 min
    Mon fils avait 3 ans lorsque son oncle est décédé,je lui avait expliquer mon oncle est rendu au ciel parce qu'il était malade.Quelque mois plus tard mon fils a fais une pneumonie alors on s'est rendu à l'hopital et s'étais la même hopital où que son oncle est décédé.MOn fils m'as dit" tu viens me reconduire ici pour que je puisses aller au ciel maman" je vous avoue sincèrement que je ne savais plus quoi dire! mes symphatie a votre famille
  4. Anonymous 2 février 2012 à 16 h 57 min
    Mes sympathies à votre famille.
    Un livre formidable peut nous aider à guider nos petits: MORT, MAIS PAS DANS MON COEUR: GUIDER UN JEUNE EN DEUIL. Il est écrit par Josée Masson, une intervenante de Deuil Jeunesse à Québec.
    Avec la maladie près de nous, je me prépare et je prépare mes enfants à vivre un éventuel deuil.
  5. Élina 2 février 2012 à 19 h 30 min
    Mon fils a très peu connu son père. mais, quand il avait trois ans, il s'est suicidé. Il avait des troubles d'obession conpulsion. Lorsqu'il a demandé si un jour il rencontrerait son père(il ne l'avait vu qu'étant bébé), j'ai du lui expliquer que celui-ci était décédé. Je lui ai dit qu'il était malade.Il a eu beaucoup de chagrin. Il n'a pas posé d'autres questions. Mais un jour, le père d'un ami à lui a eu le cancer et il est décédé. Après cela, tous les papa malade , pour lui, allait mourir...pas facile a explique à 4 ans. Aujourd'hui, mon fils a 8 ans, un autre papa et des petits frères, mais un jour, quand il sera prêt, je devrai lui expliquer que son père s'est suicidé. J'en ai le vertige juste à y penser. C'est un garçon très sensible et je ne sais trop comment m'y prendre. Vous avez des conseils? Merci.
  6. Jess 3 février 2012 à 07 h 29 min
    Je suis sincèrement désolée pour vous docteur.

    @Elina : j'ai trouvé un article interessant, peut-être vous mettra-t-il sur la voie.
    http://www.psychologies.com/Famille/Education/Dialogue-parents-enfants/Reponses-d-expert/Parler-a-mon-fils-du-suicide-de-son-pere

    Bon courage à vous.
  7. Annie Lapierre 7 février 2012 à 13 h 45 min
    Bonjour,

    Je suis maman depuis 6 mois et étudiante en maîtrise de travail social à l'UQAM.

    J'effectue présentement une recherche sur "les pratiques autour de la mort et du deuil en CPE". C'est une question fondamentale et d'un grande importance que vous abordez. Souvent, l'adulte a tendance a négliger l'enfant à travers la perte d'un être cher, car nous croyons souvent qu'il ne comprend pas. Mais, nous pouvons être surpris d'apprendre qu'ils réagissent eux aussi à la perte et ce de différentes manières. Nous devons donc être à l'écoute et bien répondre à ces questions, sans jamais lui cacher quoi que ce soit. Lorsqu'il sont tout petits, ils développent leur confiance en l'adulte. Cette confiance débute par recevoir la vérité à leurs questions!

    Merci d'écrire sur ce sujet, peu le font et pourtant la mort et le deuil sont des passages obligatoires et font partie de la vie!
  8. Patou 7 février 2012 à 18 h 43 min
    La mort d'un être cher est comme une amputation vous vivez toute votre vie avec ce manque mais vous vivez !

    Je suis la grand mère de deux soeurs ( 5 et 4 ans ) qui ont perdu leur maman de 28 ans accidentellement ( ma fille) en janvier 2009 .
    La plus jeune n'avait pas 1 an et la plus grande 2 ans et 2 mois .
    Leur papa avait déserté la famille avant la naissance de la seconde et ma fille a donc vécu une fin de grossesse seule ( avec moi ). Elle m'avait fait promettre que s'il lui arrivait malheur je m'occuperai de ses filles . Ce que bien entendu je fais .
    Il a fallu tout de même passer par la justice pour obtenir cette autorité parentale . Sans trop de problème car le père ne s'est pas vraiment manifesté pour les élever .
    Dès le premier jour après cette tragédie je leur ai dit que leur maman était morte en tombant de cheval ( puisque c'est ce qui s'est passé) et qu'on ne la reverrait plus jamais et que cela me rendait très triste mais que j'étais là pour elles toute ma vie .
    On parle souvent de leur maman mais depuis quelques semaines l'aînée m'appelle maman alors que depuis toujours elle m'appelait mamie. Je lui ai fait remarqué que je n'étais pas sa maman mais sa mamie et lui ai demandé pourquoi elle m'appelait maman. Elle m'a dit :" parceque je t'aime tellement et que ma maman n'est plus là".
    Je suppose qu'elle a besoin de prononcer ce mot qu'elle entend prononcer constamment par les autres et dont elle est privée . Donc je laisse faire en lui rappelant régulièrement que je suis sa mamie et non sa maman ce qui me semble être parfaitement intégrée
    Je souhaiterai avoir des noms de livres m'aidant à parler de la mort à ces petites . Merci
  9. malaurie K. 10 février 2012 à 06 h 25 min
    Chère docteur Taz,
    Votre force m'épate. Vos mots si clairs, si limpides, si juste m'inspirent. Malgré la douleur vous êtes incroyables, ainsi que de nombreuses laissant des commentaires sur ce blog.
    L'année dernière, nous avons vécu le décès de ma grand-mère très soudainement et comme nous ne pouvions être présent aux funérailles, mes filles ont fait des dessins pour la grand-mère, pour les aider à réaliser.

    Jusqu'à très récemment, je pensais que l'on faisait des cérémonies par respect aux défunts mais dû à mon éloignement géographique et à une remarque de mon mari, je crois désormais que l'on fait une telle cérémonie pour ceux qui restent, pour dire "au revoir", pour essayer d'accepter tous ensemble.

    Ma plus profonde affection pour votre chagrin.
  10. Julie 10 février 2012 à 14 h 53 min
    @Patou Votre histoire est très touchante. Voici quelques livres qui peuvent vous aider:

    - Mort, mais pas dans mon coeur, Josée Masson, Éditions Logiques, 2011.

    - Parents : comment parler de la mort avec votre enfant ?, D. Oppenheim, Éditions De Boeck Université, 2007.

    - La mort expliquée à ma fille, Emmanuelle Huisman-Perrin, Seuil, 2002.

    - Parler de la mort, F. Dolto, Éditions Mercure de France, 1998.

    Livres pour enfants

    - Si on parlait de la mort, C. Dolto, Gallimard Jeunesse, 2006.

    - Collection «Une histoire sur…», aux Éditions Enfants Québec :
    Émilie a perdu sa mamie, C. Foch, 2008; Samantha a perdu son papa, J. Kaplow et D. Pincus, 2009, 24 p. (trois ans et plus)

  11. Tasnime Akbaraly 12 février 2012 à 20 h 31 min
    Merci à vous tous pour vous témoignages touchants et votre soutien, je surmonte lentement cette douleur de "membre amputé". @Patou, quelle comparaison pertinente!

    @malaurie k.: vous avez raison, les cérémonies aident surtout les survivants!

    @ Julie: on m'a recommandé les mêmes titres! en voici d'autres:


    - Aidez votre enfant à vivre un deuil, Erica Leeuwenburgh et Ellen Goldring.

    -l'Absence de la mère» de Louise Grenier, psychologue. editions Québecor.

    Il y a aussi Monbourquette qui a beaucoup écrit sur le deuil.
  12. Zahra 13 février 2012 à 21 h 42 min
    Bonjour Dre. Taz!

    Je lis votre blogue avec assiduité, mais n'avais jamais laissé de commentaire, n'étant pas encore une Maman moi-même...

    Je viens toutefois de perdre la mienne, et je trouve que vos mots son en effet "clairs, limpides et justes"...et que dans ce dans ce cas-ci (comme dans bien d'autres d'ailleurs) ils s'appliquent aux grands aussi! Vous nous faites part de vos sentiments avec beaucoup de transparence et de simplicité, c'est très touchant.

    Lire ce billet sur le deuil a été une grande source de réconfort pour moi. Merci pour vos références, je compte faire un tour à la librairie bientôt.

    Félicitation pour votre blog. Ma maman ne sera pas là pour m'aider à vivre mes futures grossesses ni pour voir mes enfants grandir...mais je suis certaine de pouvoir compter sur vos précieux conseils!!

    En attendant prenez soin de vous en cette période difficile et puisez tout le réconfort dont vous avez besoin dans vos enfants mais aussi chez vos proches qui, j'en suis certaine, doivent être présents pour vous!! Quand on est amputé d'un membre, on sollicite davantage les autres et c'est normal!
  13. Zahra 14 février 2012 à 02 h 23 min
    Erratum: "...vos mots SONT..." et non pas "son"...faute de frappe, désolée! ;)
  14. Lynne 15 février 2012 à 20 h 36 min
    Un livre pour les parents et les enfants: Est-ce que tout le monde meurt?
    de Lynne Pion (Préface de Josée Masson fondatrice de Deuil-Jeunesse)
    le lien de son blogue: lynnepionauteure.blogspot.com
    Les organismes Parent Étoile et Deuil-Jeunesse le réfère aux enfants et aux parents.

    Mes sincères condoléances,

    Lynne
  15. Sarah 15 février 2012 à 21 h 13 min
    Bonjour Dre Taz
    En 2006 nous avons perdu un enfant de complications liées à la naissance. Il s'appelait Henri et a vécu 4 jours. Nous avons accompagné Henri dans sa courte vie jusqu'à la mort. Ce fut une épreuve vraiment très difficile pour nous. Il nous a fallu repartir à zéro sur tous les plans. Beaucoup de travail plus tard nous sommes plus sereins et la blessure n'est plus aussi vive. Nous vivons donc avec cette perte dans nos vies du mieux que nous pouvons. Je pense que nous avons fait le travail qu'il fallait pour retrouver notre équilibre psychologiquement. En 2008 nous avons eu un autre fils, Julien, qui a maintenant 3 ans. Un enfant vraiment magnifique, heureux et bien dans sa peau, de notre point de vue. Évidemment, il nous a fallu parler de cette perte à Julien et nous l'avons fait d'une façon que je juge saine, équilibrée. Nous avons expliqué les choses calmement dans des concepts simples tout en l'épargnant des détails trop difficiles et des émois trop intenses. Henri est toujours présent dans nos vies, il a vécu et nous l'avons aimé. Nous évoquons son souvenir occasionnellement, sans que ce soit trop souvent, nous soulignons par des rituels son anniversaire et nous exprimons entre nous les moments où il nous manque dans nos coeurs. Julien qui est un enfant unique est très attaché à son frère Henri. Il peut embrasser sa photo à l'occasion et lui voue une grande affection. Il fait ceci d'une façon que nous trouvons assez équilibrée, ni trop ni trop peu disons. Or, nous nous questionnons parfois sur une situation en particulier. Même s'il sait très bien que Henri n'est plus vivant, que la vie s'est éteinte en lui, qu'il ne reviendra jamais, Julien intègre Henri, un peu à la façon d'un personnage imaginaire, dans des souvenirs qu'il se re-compose lui-même. Par exemple, lorsqu'on lui demande où il a appris à faire telle ou telle chose, il répond que c'est son grand frère Henri qui lui a montré. D'autres fois il raconte des récits d'aventures épiques où lui et son frère ont affronté ensemble des aligators et ont vaincus. Henri est donc souvent son allié, comme un moi-auxiliaire avec des attributs plutôt positifs, des forces. Les choses ne vont pas plus loin que cela par contre. Il se recompose des souvenirs et des histoires comme pour combler le manque d'une façon imaginative et créative. D'une certaine façon, cela ne nous semble pas être problématique mais d'une autre, nous nous questionnons car cela se produit assez fréquemment dans son imaginaire. Henri est donc un peu plus présent qu'il ne l'est en réalité et nous nous demandons quoi penser de tout cela. Merci de votre aide.
  16. Kareen 2 avril 2012 à 22 h 56 min
    ma fille cadette avait 6 ans quand sa soeur ainée est morte lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Elles etaient inséparables (seulement 2 ans de difference) et très complices. On a maintenant un petit garcon de 10 mois, ma fille est contente mais elle pense toujours a sa soeur et se sent souvent seule. Depuis quelques mois elle a recommence a sucer son pouce. C'est une enfant très sensible, elle n est pas très démonstrative et elle encaisse tout. J aimerais savoir comment l aider. Merci de me conseiller.

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