A t-on forcément un enfant chouchou?

A t-on forcément un enfant chouchou?
6 janvier 2012

Même si j’en suis estomaquée, il semblerait que oui.  À en croire les spécialistes et les études qui ont étudié le phénomène, les parents auraient nécessairement un enfant chouchou quand ils en ont plus d’un, depuis la nuit des temps. 

Le journaliste américain Jeffrey Kruger – responsable des pages scientifiques du magazine Times – l’affirme même ainsi: «C’est ma conviction que 95% des parents du monde ont un favori, et que les 5% restant mentent.» 

Mon élan premier était de le clouer au pilori - puisque j’estime faire partie des mamans qui n’ont pas d’enfant chouchou, même en essayant de me regarder le plus objectivement possible dans le miroir – mais il semblerait que son affirmation concorde avec pas mal d’études, dont il fait la recension dans son récent essai, The Sibling Effect

Cette journaliste de La Presse en fait un résumé fort intéressant, mais pour vous, j’en relève quelques passages assez déroutants. 

- Le favoritisme découlerait de notre besoin de survie, de l’acte narcissique biologique de se reproduire à travers les générations. Loin d’être responsables de leur manque d’équité, les parents seraient donc «génétiquement prédisposés» à en faire preuve!

- Très souvent, les parents préfèrent leur enfant le plus grand, le plus en santé, le plus beau, ou l’enfant auquel ils auront consacré le plus de temps, d’argent et attention (la plupart du temps, l’aîné).

- Selon une chercheuse, la mère préfère généralement son fils aîné, et le père,  sa benjamine. D’autres chercheurs concluent que les parents sont attirés par ce qu’ils retrouvent d’eux-mêmes en leur enfant du sexe opposé (certains pères adorant par exemple tout particulièrement leur fille sportive).

- les enfants du milieu sont plus souvent préférés lorsqu’ils sont le seul garçon ou la seule fille de la famille.

La conséquence de toutes ces tendances, c’est que les enfants seraient, eux aussi, génétiquement programmés à réagir d’une certaine façon. En particulier, ils chercheraient à se distinguer aux yeux des parents en ce cherchant un style propre, en terme de tempérament ou d’intérêt. 

Les aînés seraient plus susceptibles de vouloir répondre aux attentes des parents et d’être conformistes, loyaux et sérieux. Les benjamins chercheraient à se différencier en jouant le rôle du clown, du rebelle, de l’artiste. Ils auraient moins peur du danger. Les enfants du milieu seraient pour leur part plus proches de leurs amis que de la famille.

À noter aussi, cette bonne nouvelle: même si 75% des jeunes se disputent fréquemment ou très fréquemment avec leurs frères et soeurs dans leur jeunesse, à l’âge adulte, 87% d’entre eux ne se disputent  plus, ou presque plus.

Le livre à l’air de fourmiller d’autres statistiques intéressantes de ce genre. Mais ce qui me secoue le plus, c’est sans doute cette assurance à déclarer que nous avons tous un chouchou parmi nos enfants. 

La chercheuse californienne Katherine Conger, qui a filmé les interactions de quelque 400 familles à 9 reprises pendant une période de 3 ans, affirme ainsi que 65% des mères et 70% des pères ont un enfant favori.

Depuis que j’ai lu cela, j’ai beau me retourner la tête dans tous les sens, je ne parviens pas à détecter quelques actes de “préférence ” parmi mes 3 enfants. 

Certes, j’agis différemment avec mes enfants, puisqu’ils ont des besoins et des temperament différents. Vrai, j’ai tendance à protéger ceux qui me semblent les plus vulnérables à certains moments, en manquant peut-être d’objectivité. Mais j’ai sincèrement le sentiment de les aimer chacun autant, pour leurs qualités et leurs fragilités. 

L’idée que cet amour puisse être quantifié me semble non seulement épouvantablement dérangeant, mais personnellement, impossible! Suis-je trop fleur bleue? Trop politiquement correct? Je ne l’espère pas. Au pire, je suis peut-être aveugle, mais je préfère le rester...

Et vous, quelles réactions vous inspirent ces études? 

 

 

 

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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