Intimidation: nos tout-petits sont-ils à l'abri?

Intimidation: nos tout-petits sont-ils à l'abri?
12 décembre 2011

Impossible d’éviter le débat sur l’intimidation ces jours-ci; on y assiste quels que soit le média que l’on consulte. En tant que parent, que peut-on faire?

J’ai voulu savoir si les tout-petits vivaient aussi de l’intimidation. J’ai posé quelques questions à Michel Boivin, un des seuls spécialistes québécois du rejet social et de ses effets, que ce soit à l’école ou dès la garderie. Il est, entre autres, directeur du Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant et l’adolescent (GRIP), à l’Université Laval.

Très tôt, remarque t-il, l’enfant émet des préférences envers certains camarades. Dès 4 ans, ils identifient leurs meilleurs amis, les pairs qu’ils aiment, ceux qu’ils aiment moins. « Dès 2 ans, ils commencent à avoir des préférences et vers 4 ans, il n’est pas rare qu’un enfant ait un meilleur ami, même si les amis changent rapidement », dit-il.

Taquineries et agressivité

À 4 ans, on sait aussi qu’il y a des formes de contrôle, de domination, de taquinerie excessive, de harcèlement. La vie sociale est déjà complexe et sophistiquée et certains vivent une forme de rejet. Mais surtout, dit-il d’emblée, il ne faut pas confondre la réalité telle qu’elle est vécue à ces âges et celle qui est vécue par les ados. Cela n’a pas du tout la même ampleur.

« Tous les enfant de 3-4 ans connaissent un pic d’agressivité. Mais il y a différentes agressivités. Celle qui est réactive, face à une forme de frustration, et celle qui est instrumentalisée, qui a un objectif précis. Chez les petits, c’est surtout l’agressivité réactive. Cela n’empêche pas de voir, en plus, des genres de taquineries et de contrôle vers 4 et 5 ans », poursuit-il.

Les causes de ces taquineries excessives? Cela peut être des attributs physiques (un problème de parole, la maladresse, une déficience physique) mais le plus souvent, ce sont les comportements. La tendance à être plus agressif, hyperactif, à s’opposer. Et l’enfant qui est plus renfermé et solitaire attirera-t-il plus les moqueries? « En petite enfance, le fait de jouer seul ou d’être asocial ne dérange pas le groupe et passe souvent inaperçu », précise t-il.

Au final, c’est l’enfant perturbateur qui a des risques de perdre des amis et d’être davantage exclu.

Et peut-on dire qu’il y a un risque que cela perdure à l’école? « Pour une minorité, ça peut prédire ce qui va venir par la suite, surtout si l’enfant persiste dans ses conduites agressives ou hyperactives qui dérangent son groupe. Les mêmes causes auront les mêmes effets », explique t-il. Mais attention: c’est loin d’être automatique. « La relation est moins documentée entre le préscolaire et l’école; elle l’est davantage entre l’entrée à l’école et la 4ème année, car les mêmes camarades restent et le phénomène de réputation va jouer », explique Michel Boivin. 

On doit donc être vigilant, sans pour autant s’inquiéter d’une grande timidité à 4 ans ou d’un comportement agressif. « L’agressivité peut être épisodique, tout comme l’inhibition. Tout cela se met en place au préscolaire, mais doit être consolidé par la suite », rassure t-il.

Le plus important, dit-il, est d’outiller l’enfant pour qu’il soit capable de s’affirmer de façon correcte. Et face à un rejet qui dure, on gagnera bien sûr à essayer d’en comprendre les raisons, quitte à en parler avec l’éducatrice ou un psychologue. Certains programmes dans les milieux préscolaires font aussi un travail formidable, comme Brindami, pour le déveppement des habiletés sociales de 0 à 5 ans.

Bâtir l’estime que son enfant a de lui-même, ce qui lui permettra de ne jamais tolérer l’intimidation, fait également partie des choses que les parents peuvent faire. Aussi, lui expliquer la différence entre ce qui tolérable ou pas, chaque jour où il accepte de nous raconter ses journées d’amis.

Et vous, avez-vous peur du rejet social, même en germe, chez nos tout-petits?

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (3)

  1. clarissa 13 décembre 2011 à 14 h 29 min
    oui, j'ai peur que mon fils plus tard en souffre, moi et mon mari avons eu une enfance normale sans bullying mais personne n'est
    à l'abri.
    Communiquer et parler est très important.
  2. Jessica 13 décembre 2011 à 15 h 35 min
    Je ne sais pas comment ça se passe dans les autres pays mais en France j'ai l'impression que ce cas de figure est devenu monnaie courante… Dès l'entrée en maternelle, les petits sont confrontés aux rapports de force, aux moqueries, aux comparaisons physiques et vestimentaires. Je pense que notre société toujours plus agressive, plus compétitive, plus matérialiste en est pour beaucoup. Et c'est vrai que ça fait peur de voir dans la cours de récré des petits durs qui, fort de leur taille supérieures aux autres, s'en prennent délibérément à ceux qui montrent le moins d'agressivité. Personnellement, mon fils n'est pas encore rentré à l'école (il n'a pas encore 3 ans) mais j'appréhende fortement ce moment, ne sachant pas s'il saura se défendre correctement et surtout en parler…
  3. Marie-Claude 13 décembre 2011 à 18 h 33 min
    Oui, la crainte que mes enfants soient vicitimes, même à un jeune âge, est bien réelle. Mes deux fils (4 ans et 1 an), se font garder dans une milieu familial et déjà un des amis dit souvent à mon grand qu'il est laid et que son petit frère aussi est laid. Lorsqu'il m'en a parlé je lui ai donné des trucs pour qu'il sache comment répondre à l'autre de façon polie mais directe. Chaque fois qu'il m'en parle je lui répète qu'il est beau, que beaucoup de gens le trouvent beau, que cet ami fait ça seulement pour l'embêter... j'essaie également de lui donner une très bonne confiance en lui. Récemment j'en ai parlé à son éducatrice, pour qu'elle soit plus alerte (car l'autre garçon lui dit seulement lorsque l'éducatrice ne les entend pas).

    Finalement, il n'y a pas de solution miracle et ça fait un peu peur pour l'avenir. On a beau leur donner confiance en eux et les outiller le mieux possible, ils rencontreront toujours d'autres enfants qui pourront être méchants envers eux... difficile pour une maman! ;-)

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