« Moi, toute seule! »

« Moi, toute seule! »
30 novembre 2011

 « Moi, toute seule! » « Non, c’est moi! » « J’chuis capab! »

Depuis 2 mois, 6 mois, ou peut-être même déjà 1 an, ces mots résonnent partout dans la maison. 

Que ce soit pour mettre ses chaussures, son pyjama, se laver les dents, placer son gobelet dans le lave-vaisselle, étaler la crème sur ses joues, ou même passer le balai, ma petite puce de 2 1/2 ans crie à tous et à toutes son envie de faire les choses par elle-même, quitte à se rouler par terre de frustration.

Avec ma première, je n’avais pas encore bien compris la beauté de la chose. J’ai mis ça sur le dos du terrible two, j’interprétais ces gestes comme un besoin d’affirmation et, bien souvent, cela finissait en crises, car j’agissais pour elle. J’avais du mal à accepter que les choses soient moins bien faites, ou très lentement, ou même acrobatiquement. Je n’avais tout simplement pas saisi l’importance de cette « première crise d’adolescence ».

Aujourd’hui – sagesse et expérience obligent! – je trouve les entêtements de ma dernière profondément brillants et émouvants.

Je la laisse se réjouir par elle-même d’arriver à se brosser les dents (même superficiellement!) ou de s’habiller (même à l’envers), tout comme je la laisse constater par elle-même ses limites, quand il s’agit d’essayer de nouer ses boucles de souliers ou de ranger un jouet trop haut. « Pas capab… », laisse-t-elle alors tomber après un interminable essai, comme une combattante qui rend les armes.

Cette quête de l’autonomie est une des plus belles quêtes de l’enfance. Une des plus longues, aussi! Car de 18 mois à 18 ans, c’est toujours le même principe : si notre enfant se dit capable de faire quelque chose, il devra en faire la preuve. Sinon, il devra accepter notre aide et nos conditions.

Pour que ce « transfert de responsabilités » se passe bien, il faut que l’enfant comprenne qu’être autonome n’est pas un droit, mais un privilège, explique le psychologue François Dumesnil, auteur du livre Questions de parents responsables. « Montre-moi que tu peux bien le faire, en suivant mes indications, et je te laisserai faire », avance-t-il. Qu’il s’agisse de manger seul, mettre ses chaussettes, descendre un escalier, ce message doit en substance rester le même.

« Mon bébé, tu veux descendre de mes bras? Tu me donnes la main. Si tu ne me donnes pas la main, tu remontes dans mes bras. »

« Tu veux marcher seul? Tu restes près de moi. Si tu t’éloignes de moi, tu me redonnes la main. »

« Tu veux jouer seul dans la cour? Si  tu ne vas pas dans la rue. Sinon, tu restes près de moi. »

Et ainsi de suite… sur la route de l’autonomie. Ce cercle d’action qui s’agrandit, ce n’est rien d’autre qu’une histoire d’amour et de confiance réciproque. 

Depuis que je m’efforce d’appliquer cette philosophie, je découvre que les crisettes du terrible two se digèrent beaucoup mieux. On en vient même à les aimer.

Il n’y a bel et bien qu’à 7 h 45, quand il est l’heure de partir, que les boucles de souliers commencent à hérisser le poil. Mais est-ce de la faute de mon bébé, si notre vie de fou vient entraver sa soif d’apprendre à faire les boucles? Non. Alors, je prends une grande respiration… et je lui dis de les finir dans la voiture.

Et vous? Qu’est-ce que vous inspire ce désir d’autonomie : émotions, impatience, fous rires, colères?

AVIS À TOUS : ce sera le sujet d’un prochain dossier, dans le magazine Bien Grandir. Je vous invite donc à me contacter (redaction@biengrandir.org) si vous désirez partager avec moi votre expérience ou votre point de vue concernant l’autonomie chez les enfants pour mon article. Et, comme toujours, je vous encourage à laisser votre commentaire dans mon blogue. 

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (9)

  1. Josée Boucher 1 décembre 2011 à 02 h 31 min
    Wow ! C'est ce que je fesait subir à ma fille ! JE comprend maintenant ses crise de frustration... il se peut que tout ne sois pas parfait et il faut que je l'accepte. Je disait que ma petite fille avait un gros caractère mais voilà que je m'aperçois que je ne l'ai tout simplement pas écouter ... Merci de l'éveil !
  2. catherine 1 décembre 2011 à 12 h 47 min
    Je suis tellement d'accord avec vous. Rien à rajouter, sinon que la technique du "si tu veux descendre de mes bras, tu me donnes la main" fonctionne à merveille avec ma petite tornade de 3 ans qui veux tout faire toute seule comme sa grande soeur...
  3. Marie Charbonniaud 1 décembre 2011 à 14 h 38 min
    Merci les filles! Si cela vous tente de participer au dossier dans BIEN GRANDIR, contactez-moi, cela me fera plaisir de vous citer! redaction@biengrandir.org
  4. Corinne 2 décembre 2011 à 02 h 23 min
    Ma fille a 26 mois et je lui laisse le maximum d'autonomie. Tout ce dont elle a besoin est à sa portée (jouets, livres etc.) mais aussi, elle a le droit de jouer avec tout ce qu'elle peut atteindre (ustensiles de cuisine, sac de chiffons par exemple). Bien entendu, tout ce qui est fragile ou dangereux est inaccessible. Auparavant, faire sa toilette provoquait systématiquement une crise, mais depuis peu je la laisse se laver elle-même, en la guidant un peu bien sur. Elle est complètement fascinée par l'exercice. Pareil pour les shampooings, depuis qu'elle a découvert comment s'arroser la tête elle-même, tout se passe bien, même si elle a autant d'eau dans les yeux! J'applique la technique du choix pour presque tout: ce t-shirt ou celui-là, marcher en donnant la main ou monter dans la poussette, etc. Je dis qu'elle a autant de manies qu'une vieille mémé, c'est-à-dire des exigences qui nous semblent complètement infondées, mais qui lui font plaisir et qui n'ont aucune conséquence si ce n'est de tester notre patience. Par exemple, manger avec telle cuillère ou depuis quelques jours dormir par terre sur une couverture...
    Évidemment, certaines choses ne sont pas négociables et les crises restent nombreuses. Mais comme elles me rendent folle, je fais tout pour les éviter :)
  5. Eve C 5 décembre 2011 à 02 h 09 min
    à ta question, je répond: toutes ces réponses!
    :)
  6. Catherine P 5 décembre 2011 à 22 h 04 min
    J'encourage toujours mon fils dans ses initiatives d'autonomie. En tant que maman monoparentale, ça fait longtemps que j'ai compris que stimuler et encourager mon fils à être plus autonome me premettrait à la longue d'avoir une plus belle relation avec lui, car plus il est autonome dans ses activité de vie quotidienne, moins ma charge est lourde.
    Ce qui était difficile auparavant devient facile. Par exemple, enlever son chandail le soir c'est difficile quand on ne connais pas la technique, mais je trouves que c'est important de laisser l'enfant essayer par lui-même pour se rendre compte que ça ne fonctionne pas. Après s'être remis de sa déception, il est plus attentif à apprendre la technique pour enlever son chandail sans difficultés.

    Les enfants apprenent vite et c'est à notre avantage de leur laisser le temps de faire des erreurs pour qu'ils apprenent à se faire confiance.
  7. Sophie P 6 décembre 2011 à 14 h 02 min
    Quand je vois la fierté dans ses yeux après qu'il ait mis ses pantalons ou ses pantoufles tout seul, je me dis que ça vaut la peine de le laisser faire, même si c'est un peu plus long!
  8. Sophie Laramée 6 décembre 2011 à 21 h 29 min
    Depuis que ma fille est petite, je la laisse le plus possible aller au bout de ses limites. Ça veut parfois dire s'attendre à ce qu'elle tombe en grimpant (dans la mesure où la chute sera sécuritaire!)... A deux ans, on peut lui faire confiance et elle nous épate régulièrement par ses prouesses. Étonnamment, notre petit singe n'est tombée que 2 ou 3 fois et ça a toujours fait plus mal à l'orgueil qu'aux fesses. En prime, elle n'a pas peur de l'inconnu ni des défis. C'est une fierté pour elle et pour nous!

    Plus inoffensif, ça veut aussi dire la laisser manger du savon :) Pourquoi s'obstiner à lui expliquer quand l'expérience lui apprendra à ne pas le refaire. Et nous, on a bien rit!
  9. CAROLINE GUAY 7 décembre 2011 à 18 h 27 min
    wOW! C'est tellement vrai! C'est exactement la période de ma fille (2ans7mois) et effectivement, depuis que je la laisse faire un peu avec des consignes, le terrible two que je pensais a beaucoup diminué. Merci pour ce billet, je pense que ça va aider dans bien des situations. Merci.

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