Connaître – ou non – le sexe de son bébé?

Connaître – ou non – le sexe de son bébé?
10 octobre 2011

Un comité du Conseil de l’Europe vient d’approuver une proposition de directive interdisant aux futurs parents de connaître le sexe de leur enfant avant la naissance. 

La directive a été proposée dans le but de lutter contre les avortements sélectifs en fonction du sexe de l’enfant. Cette pratique terrible, bien connue en Chine, s’étend tranquillement à plusieurs pays de l’ex-Union Soviétique. En Albanie, en Azerbadjian, en Georgie et en Arménie, le rapport est de 112 garçons pour 100 filles, tandis qu’il est de 105 garçons pour 100 filles à l’ « état naturel ». En Chine, il était de 120 garçons pour 100 filles en 2005, mais il est de 113 à 100 actuellement. 

Le projet de résolution est particulièrement intéressant. Il affirme combien cette pression faite aux femmes, de la part des familles et de la société, pour les inciter à avorter de leurs petites filles constitue une grande violence psychologique méritant d’être criminalisée. Il rappelle aussi que cette pratique a des conséquences sociales graves : non seulement les hommes ont plus de difficulté à trouver des épouses, mais cela a un impact sur le suicide des femmes (extrêmement haut en Chine), la prostitution, les mariages forcés et la hausse de la criminalité de façon générale. 

Le rapport mentionne, par exemple, que la Chine comptera, en 2020, de 30 à 40 millions plus de jeunes hommes que de jeunes femmes. Or, cette disproportion entre les rapports serait déjà, depuis 20 ans, à l’origine de 1/7e de la hausse de criminalité envers les femmes (viols, abus sexuels, etc.). 

Si cette directive passe, lors de la réunion de l’assemblée ces jours-ci à Strasbourg, elle aura un fort effet « incitatif » auprès des 47 pays membres. Ce sont des pays européens en grande majorité, mais le Canada siège à titre d’observateur. L’organisation internationale ne peux pas les obliger, mais les États seront incités à légiférer et, minimalement, incités à recommander à tous leurs hôpitaux publics de ne pas divulguer l’information relative au sexe des foetus. Beaucoup d’autres suggestions accompagnent la directive. 

Un test sanguin pour connaître le sexe

Cette interdiction est-elle réaliste? Pas vraiment, selon l’avis de médecins britanniques. Aujourd’hui, un test sanguin vendu sur Internet peut révéler le sexe du bébé dès la 7e semaine de grossesse, en reconnaissant les cellules ADN foetales dans le sang maternel, moyennant quelques centaines de dollars. Ce test a été mis au point pour éviter les amniocentèses à tous les parents ayant l’obligation de connaître le sexe de leur bébé très tôt, notamment en cas de maladie génétique grave transmissible à un sexe déterminé. 

Cela dit, pas sûr que les familles arméniennes puissent se l’offrir, ce test. Donc oui, une telle directive pourrait avoir du sens dans certains pays où les pouvoirs publics sont assez motivés pour légiférer. 

Quant à nous, cette petite anecdote nous ramène sur le sens profond de la demande. Qu’est-ce que cela nous apporte vraiment, à nous, de connaître le sexe de notre futur enfant?

Personnellement, j’ai toujours été mal à l’aise vis-à-vis de la violation de ce secret si joli, si bien gardé. Peut-être, encore, est-ce une énième dérive de notre société de consommation : on veut tout savoir et tout contrôler, toujours plus vite et toujours plus loin. Puisqu’on nous l’offre, alors… pourquoi pas, se disent la majorité des parents. 

Pendant ce temps, sans le réaliser, on se prive d’une miraculeuse surprise qui fait selon moi partie inextricable de l’accouchement : Bébé se révèle au grand jour, dans tout son être. Il nous présente un spectacle grandiose, sans avant-première. Percer son mystère à travers des résonnances magnétiques, avant même que lui puisse nous voir, je trouve cela tellement dommage.

Bien sûr, il y a ceux et celles qui ont besoin de savoir afin de visualiser, parler, échanger avec leur bébé. Je respecte ce besoin.  Mais nos grand-mères étaient-elles pour autant moins liées à l’enfant qu’elles portaient? Je n’ai pas de réponse scientifique, mais j’en doute un peu, tout de même. 

De notre côté, on s’est laissés aller à le savoir avec notre 3e enfant. Avec les deux premiers, on a souhaité attendre, inconditionnellement. Pour notre 3e, ayant déjà eu un garçon et une fille, on a accepté de le savoir à la dernière minute lorsque, devant son écran, l’échographiste nous l’a proposé. Un petit coup de folie, d’autant plus savoureux qu’il n’était pas prémédité! Par contre, je suis heureuse d’avoir vécu l’effet de surprise de mes deux premiers. 

Au final, sur ce sujet très personnel (connaître - ou non - le sexe de notre bébé avant qu’il naisse), il semble que tous les parents aient une opinion bien tranchée. 

Mais si un jour une loi vous l’interdisait, quelle serait votre réaction?

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
Tous les billets de l'auteur

Commentaires (5)

  1. christelle 11 octobre 2011 à 11 h 59 min
    personnellement je trouve ça aberrant! je me sentirais atteinte dans ma liberté de penser!! je peux comprendre les puristes qui ne veulent pas savoir, mais je ne pourrais pas!
    je peux comprendre ce genre de mesure dans des pays comme la Chine, aux grands maux les grands remèdes, mais en Europe quand même!
  2. Isabelle 11 octobre 2011 à 12 h 40 min
    Moi, à l'inverse, je n'ai jamais compris le plaisir de la « surprise » ni de l'attente ! Par ailleurs, savoir le sexe de mon enfant bien avant sa naissance m'a premièrement donné le temps d'apprivoiser l'idée d'avoir un garçon, alors que j'étais tellement convaincue d'avoir une fille. De plus, d'avoir pu l'appeler dès le début par son prénom, et non « bébé » ou « crevette », m'a effectivement permis de le plus concrète son existence en tant que petit individu en devenir et d'établir bien vite avec lui un lien très fort.
    Cela dit, je trouve consternantes les conséquences sociales du manque de filles en Chine. Mais le problème ne vient-il pas à la base de l'interdiction d'avoir plus d'un enfant ? En fait, il s'agit avant tout d'une question de mentalité, où les femmes sont considérées de moindre valeur que les hommes... Ne pourrait-on pas chercher des solutions autres que de brimer les gens jusque dans la procréation de leurs enfants et le déroulement de la grossesse ?
  3. Lucie 11 octobre 2011 à 18 h 23 min
    Je ne connaissais pas le sexe de mon enfant avant sa naissance et je recommande fortement à tous de vivre cette expérience!
    Ne pas connaître le sexe préserve une certaine magie à l'accouchement et permet, je trouve, d'éviter des projections pendant la grossesse sur ce que l'enfant en devenir sera parce qu'il ou elle est de tel ou tel sexe...

    Après, je trouve évidemment dangereux et inutile de promulguer une loi qui en interdit la connaissance!!!
  4. Roxanne 18 octobre 2011 à 00 h 08 min
    Je trouve aussi que d'empecher les parents de savoir le sexe de leur bébé n'est pas la solution. Selon moi, la solution réside plutôt dans l'avortement. Si, à la place, on interdisait l'avortement,nous n'aurions plus ce problème. Mais encore là, l'avortement est un autre sujet de discorte.
  5. Mémé 24 novembre 2011 à 21 h 13 min
    Il n'ay a pas un demi siècle qu'on a la possibilité de connaoitre le sexe de son enfant !

    Je ne vois vraiment pas où est le problème

    Comment faisaient nos grands-mères? elles attendaient la venue du bébé !

Partager