Éducateurs en service de garde: où êtes-vous?

Éducateurs en service de garde: où êtes-vous?
7 septembre 2011

Dans l’actuelle garderie (CPE) que mes enfants fréquentent, il n’y a qu’un éducateur pour une quinzaine d’éducatrices. Un cher Philippe, que tous les gamins adorent. Et dans l’ex-CPE de mes enfants, c’était pareil. Un Sylvain. 

Au Québec, 98 % des étudiants (et travailleurs) dans ce domaine sont des femmes. Dès que l’on monte dans les groupes d’âge, les hommes réapparaissent. Dans les écoles primaires, il y en a un peu plus dans les services de garde; et avec les ados, il y en a beaucoup plus. Ça devient même « cool » être animateur. 

Il paraît que les temps changent, ou du moins, on souhaite que ça change. En Grande-Bretagne, un groupe de travail national a été mis sur pied pour comprendre ce phénomène et le contrer. Les hommes en petite enfance, selon le Children’s Workforce development Council, c’est important : tant pour leurs collègues féminines (à qui ils apportent des visions différentes) que pour les parents et, surtout, pour les enfants, qui trouvent en eux des modèles de développement et de jeux. 

Cet organisme anglais a d’ailleurs fait un sondage. Parmi les parents interrogés, 55 % aimeraient avoir un éducateur masculin pour leur enfant. En effet, les papas d’aujourd’hui sont de plus en plus présents; alors pourquoi les garderies n’en seraient-elles pas le reflet?

Parmi les raisons de cette absence, on cite : les bas salaires, la perception négative de la société à l’égard d’hommes qui travaillent auprès de jeunes enfants, le jugement des pairs et la probabilité d’être le seul homme dans le programme de formation et dans le milieu de travail (voir ce document de travail québécois).

Puis en filigrane, dans les entrevues et certains rapports, on comprend qu’il existe aussi un tabou : celui de l’abuseur. Andy Morris, qui fait partie du groupe travail anglais, le dénonce : « La vérité, c’est que ce secteur est sexiste. Quand tu es un homme et que tu souhaites travailler en petite enfance, certaines personnes n’hésitent pas à questionner tes motivations. »

Un éducateur raconte : « J’adore le travail que je fais, mais je suis très conscient des pensées auxquelles je m’expose. Lors de journées d’information, j’ai déjà entendu des parents demander si tous les membres étaient autorisés à changer les couches, tout en me regardant », raconte l’éducateur. Affligeant...

Sur ce plan, j’avoue avoir un petit mea-culpa à faire. Quand mon aînée avait 4 ans, elle a eu un adorable éducateur. Un type génial, très organisé et original à la fois, qui leur jouait de la guitare douce pour les réveiller de leur sieste. Tout le monde l’adorait. Puis un jour, au milieu d’une conversation, ma fille m’a lancée : « Hé! c’est drôle, Sylvain a des poils sur le ventre! »

Évidemment, mon instinct de mère s’est transformé en détective transcendée par le doute : dans quelles circonstances ma fille avait-elle vu le ventre de Sylvain… Je lui avais donc demandé, me trouvant du même coup très paranoïaque. 

« Je sais pas, maman… on jouait puis on lui a tiré sur le chandail », m’a t-elle répondu le plus naturellement du monde. 

Je me suis trouvée tellement stupide et même complice de cette paranoïa si injuste qui pèse sur les éducateurs!

Qu’on se le dise, nos bambins gagneraient à voir plus d’hommes à la garderie. Nos petits garçons, et même nos filles, ont besoin de leur approche souvent teintée de roulades dans l’herbe, de parties de soccer ou de jeux de bataille. Le sociologue Daniel Paquette, spécialiste de la paternité à l’Université de Montréal, a même prouvé l’importance des jeux de bataille sur le développement des enfants. Un homme, par toutes les différences qu’il apporte, que ce soit dans ses jeux, ses conseils ou ses résolutions de conflits, est unique et complémentaire. 

Dans cet article, on découvre par ailleurs que les familles monoparentales apprécient particulièrement la présence des éducateurs en garderie, puisqu’ils sont des modèles pour les fillettes comme pour les garçons. Logique. 

Et dans vos garderies, ça ressemble à quoi, les équipes?

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (14)

  1. Roxanne 7 septembre 2011 à 13 h 50 min
    Dans mon CPE ou va ma fille de 11 mois il n'y a que des femmes. D'une certaine façon je suis contente qu'il en soit ainsi. Je sais que c'est profitable qu'il y ait des hommes, je connais tous les points positifs mais j'ai tellement mais tellement peur qu'il y ait abus sexuels que je préfère me passer des hommes aux alentours de ma fille. C'est plus fort que moi, dès que je vois ou entends parler d'un homme qui s'occupe d'enfants en garderie ou comme entraineur de sport ben c'est la 1re chose à laquelle je pense... "C'est un abuseur sexuel" Je sais que je suis parano mais je n'y peut rien... Désolée à tous les hommes qui sont honnêtes...
  2. Isabelle, éducatrice et maman 7 septembre 2011 à 16 h 13 min
    Je travail en petite enfance. Nos jeunes de 3-4-5 ans ont besoin des hommes c'est vrai! Les hommes ont un quelque chose de différent à apporter à nos enfants. Arrêter de juger les hommes pour ce travail, ce sont vos enfants qui en ont le plus besoin! Même côté équipe de travail, les hommes apportent une dynamique différente, laquelle je pense est nécessaire dans un milieu de femmes. Allez les gars, pensez aux enfants, laissez faire la société, vous pouvez faire une différence, c'est ça le plus important!
  3. Sylvie Poitras 7 septembre 2011 à 20 h 20 min
    Pourriez vous appeler un chat un chat? Un service de garde est ce qu'on retrouve dans une école primaire. Une garderie est une garderie ou un centre de la petite enfance. Laissez les services de gardes aux écoles et on continuera de bien se comprendre.

    C'est tout merci!

  4. Marie éducatrice et maman 7 septembre 2011 à 20 h 21 min
    Je trouve dommage de voir comment les gens réagissent. Dans un CPE où j'ai travaillé, c'était catégorique qu'il n'y aurait jamais d'homme qui travaillerait là. POurtant c'est tellement bien pour les enfnats. Mon conjoint est en réorientation de carrière et penssait à ce dommaine mais à cause des préjugés, il a dû change de branche. Je trouve ça dommage car il a vraiment le tour avec les enfants et ce métier aurait été parfait pour lui.
  5. Diane (agent d'un bureau coordonnateur) 8 septembre 2011 à 00 h 59 min

    @Sylvie Poitras


    Vous faites erreur. L'appellation service de garde regroupe les CPE, les garderies et les service de garde en milieu familial. À titre de référence, je vous invite à consulter la page du MFA. www.mfa.gouv.qc.ca/.../index.aspx


    Cela dit, peu importe comment on les appelle, un fait demeure il manque d'homme dans le milieu! Et c'est les enfants qui écopent.

  6. Daniel Masson 8 septembre 2011 à 01 h 18 min
    Je suis éducateur en CPE, et j'adore mon métier. Les préjugés, il faut s'en faire une carapace car il y en aura tout le temps. J'ai été à la pouponnière, et le fait de laisser la porte ouverte où tout le mode du cpe peut nous voir rassure parfois les parents. Je n'ai rien à cacher!!!. Dans certains milieux où j'ai travaillé, nous étions plusieurs: un été nous étions 3 éducateurs, et cet été nous étions 2 dans un autre cpe. Se chamailler, des jeux plus physiques, ça manque dans les cpe.
  7. Fanny 8 septembre 2011 à 01 h 47 min
    Il ne faut pas oublier malheureusement que c'est un métier mal rénuméré. Je gagne bien ma vie comme educatrice parce que mon conjoint est derrière moi. Mais je suis la première à dire que le manque de modèles masculins est criant dans les CPE. Les gars les enfants ont besoin de vous!

  8. Anonymous 8 septembre 2011 à 01 h 48 min
    mon fils de bientôt 3 ans a un éducateur et il est tellement content. C'est un papa de 3 enfants qui fait cela depuis une dizaine d'année. Pour nous quand on a su qu'on aurait un éducateur plutôt qu'une éducatrice on était bien content, c'était quelque chose de positif. Je trouve ça triste les préjugés contre les hommes ça veut dire que notre société est pas aussi avancée qu'elle le laisse croire. C'est un peu comme ceux qui associe encore homosexualité et pédophilie, je connais des éducatrices qui cachent leur orientation sexuelle parce que ce ne serait pas accepté par les parents, c'est triste vivre caché à cause des préjugés.
  9. Marie Charbonniaud 8 septembre 2011 à 14 h 12 min
    Vraiment très contente de lire vos réactions. Un merci tout spécial à Daniel Masson, un éducateur qui a travaillé en pouponnière, de nous avoir laissé son avis là-dessus!
    Marie
  10. Véronique 9 septembre 2011 à 18 h 24 min
    À voir toutes les histoires d'horreur qui sortent dans les média ces jours-ci je crois qu'il est peut-être temps de laisser plus de place aux hommes dans nos services de garde. Qui sait, ils offriront peut-être un meilleur service (plus chaleureux et plus sécuritaire) que certaine responsables de service de garde en ce moment...
  11. Isabelle 12 septembre 2011 à 22 h 29 min
    Bonjour!

    Mon fils était en milieu familial jusqu'à vendredi dernier. Un milieu de 9 enfants avec un couple d'éducateurs. Mari et femme. J'aimais beaucoup que mon fils ait la présence, l'influence masculine dans son quotidien. Son père est déjà très présent, mais il passait quand même 8 heures de sa journée en la présence de son super éducateur. Lucas a fréquenté ce service de garde près de 15 mois et il adorait Guy!
    Nous avons eu un appel la semaine dernière pour une place en CPE.
    Nous avons pris la décision de la prendre parce que les vacances en milieu familial (5 semaines/année) devenaient un réel problème pour nous. Cette décision fut très difficile pour moi car j'aimais beaucoup ses éducateurs et je sais que mon fils y était heureux.
    Le sujet de votre blogue a tout de suite retenu mon attention puisque c'est un commentaire que je me suis fait lors de la visite du nouveau CPE. Un monde de femmes! Pas un homme éducateur...
    Je trouve ça dommage, car en effet, la vision des hommes est bien différente de celle des femmes et les 2 approches sont intéressantes pour nos enfants.
    Je travaille dans un CEGEP où le programme d'éducation à l'enfance est offert et nous avons 5 garçons inscrits pour 128 filles. Ça ne tend donc pas à s'améliorer...
  12. Liliputienne 13 septembre 2011 à 15 h 45 min
    Le CPE où va mon enfant n'a que des éducatrices. Le seul homme présent est... le directeur. Je l'aime bien, mais encore une fois le poste de direction est investi par un homme ! Ça ne change pas vite. C'est aussi moins bien rémunéré comme métier.
  13. Marie-Philippe, maman de 3. 14 septembre 2011 à 13 h 20 min
    Il est vrai que les préjugés envers les hommes existent dans ces milieux. Toutefois, je ne crois pas que nous devons tant blâmer les parents d'être sur leur garde... Les parents délaissent leur responsabilité parentale à un étranger, il est tout à fait normal qu'ils souhaitent le faire auprès d'une personne en qui ils ont totalement confiance. Nous craignons les hommes pour certaines raisons, mais nous pouvons aussi craindre les femmes pour d'autres. Certes, ces raisons sont souvent teintées par des préjugés, mais nous tentons à travers cela de protéger ce que nous avons de plus cher, soit nos enfants. À partir du moment où l'éducateur n'a rien à cacher, je crois qu'il peut se montrer compréhensif face à cela. Il serait intéressant de demander aux éducateurs hommes qui sont eux-mêmes pères de famille, si eux aussi ont ces mêmes préjugés face à l'entraîneur de hockey de leur fils où à l'enseignant masculin de leur fille... Cela étant dit, je suis d'accord pour qu'il y ait plus d'hommes dans les milieux éducatifs. Je suis même pour l'embauche sélective prioritaire aux hommes dans tous les domaines de l'éducation (garderie, école, éducateurs, etc.). Je crois sincèrement en la complémentarité des rôles masculin et féminin. Bonne journée!
  14. Jayne 1 octobre 2011 à 01 h 17 min
    I feel siatsfied after reading that one.

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