Votre employeur: pro-famille ou non?

Votre employeur: pro-famille ou non?
6 juin 2011

Vous imaginez-vous, à un entretien d’embauche, lancer à l’employeur : êtes-vous certifié conciliation travail-famille ou non? Si c’est non, je passe mon tour!

C’est en tout cas ce qui pourrait arriver, un beau jour, puisque la nouvelle ministre de la Famille a annoncé une nouvelle norme de conciliation travail-famille, à l’image des normes ISO en environnement. 

« La norme est un sceau d’excellence qui signifie : ici, on favorise l’équilibre entre le travail et la famille », a résumé la ministre. Cette norme, qui peut concerner tout type d’organisations (privées comme publiques, petites ou grandes), vise à reconnaitre ou encourager certaines mesures telles qu’un service de garde en milieu de travail, des congés pour raisons familiales, une semaine de travail comprimée et des horaires flexibles. Quatre niveaux de certification peuvent être atteints. Plus une entreprise répondra aux exigences, plus elle atteindra un niveau élevé.

Faut-il y croire?

Qu’on se le dise : cette petite médaille ne suffira pas à changer, seule, les cultures d’entreprises. 

Déjà, en 2009, le Ministère avait mis en place des subventions pour motiver les entreprises à de tels efforts. Mais faute d’accompagnement et d’explications, la mesure n’avait pas décollé. « Il y a eu quelques demandes de la part d’associations et de chambres de commerce, mais presque pas de la part des PME, qui étaient la clientèle cible de ces subventions », m’a expliqué Marie-Claude Jauvin, consultante chez Consilia, une firme de Québec spécialisée dans la conciliation travail-famille. 

En fait, la plupart des entreprises n’étaient même pas au courant de l’existence de cette subvention (qui va quand même jusqu’à 10 000 $ par projet annuel). « À l’Université Laval, on a fait un projet de recherche pour le compte du Ministère, afin de comprendre ce manque d’intérêt. On a réalisé que parmi les entreprises rencontrées, aucune ne connaissait ces subventions », précise-t-elle. 

Cette nouvelle certification non plus n’est pas vraiment nouvelle. Le saviez-vous? Elle est disponible depuis le mois de septembre dernier, mais n’a été lancée qu’en... avril. La ministre en a, bien sûr, profité pour rappeler l’existence des subventions. 

À présent, il faut compter sur tout un tas de facteurs pour que cela fonctionne. 

La ministre ira se promener dans les régions pour faire connaître cette norme, mais cela ne suffira pas. « Cela ne portera fruit que s’il y a une phase de conscientisation et de vulgarisation, expliquant ce qu’est la conciliation, quels sont les coûts, mais surtout, les bénéfices pour l’entreprise. Sur le terrain, les entreprises ne le savent pas du tout », m’indique Marie-Claude Jauvin. 

La culture de l’entreprise devra se moderniser aussi. « Si, dans mon entreprise, j’ai une culture organisationnelle qui va à l’encontre des valeurs pro-familles, peu importe le programme ou la certification que je vais mettre en place, cela va complètement anéantir mes efforts », ajoute la consultante. 

Dernier point à faire comprendre à celles-ci : la certification ne vise pas seulement à reconnaître les normes existantes, mais aussi à en encourager d’autres! 

« Certaines entreprises vont se contenter de regarder ce qu’elles ont déjà fait, en se demandant quel niveau de certification elles peuvent aller chercher. Cela ne veut pas dire qu’elles mettront en place de nouvelles mesures. D’autres, on l’espère, vont l’utiliser pour en développer », ajoute la consultante. 

Ce n’est donc pas la norme qui va changer les choses, mais tous les efforts qui seront mis autour par les différents acteurs!

Depuis le lancement - croisons les doigts -, le cabinet de Marie-Claude a vu émerger de l’intérêt et des questionnements. « Cela a ramené le sujet sur la place publique et les gens s’interrogent sur ce qu’ils peuvent faire. On donne donc des conférences par rapport à la norme et on accompagne les clients qui veulent la mettre en place. »

Quant à vous, cette petite médaille constituera-t-elle un critère de choix?

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (8)

  1. Véronique 7 juin 2011 à 00 h 37 min
    J'aimerais bien y croire...

    Mais tant que ça n'amènera pas des gros sous voir du profit au bout de la ligne, les compagnies ne seront pas intéressés. Pourquoi donneraient-elles des congés, plus de liberté d'horaire, etc. pour un insigne sur leur porte?....
  2. Eve C 7 juin 2011 à 01 h 49 min
    Hum... je doute que ça fasse une réelle différence. Sauf peut-être les grandes compagnies ou bien la fonction publique. Pourquoi un employeur qui n'offre qu'une seule journée de congé maladie par année pourrait-il accepter une conciliation travail-famille? Et les nombreuses industries qui fonctionnent uniquement par quart de travail? Ils ne vont certainement pas ralentir leur productivité.
    Enfin, c'est sur que si j'avais le choix, je choisirais un employeur qui a la famille dans ses valeurs d'entreprises... MAis qui a le choix de nos jours? Très peu de gens ont ce luxe malheureusement.
    Il faudra que les valeurs de bases de la société changent avant de voir le changement chez les employeurs. Mais c'est tout à fait louable de tenter quelque chose!
  3. Mélanie 8 juin 2011 à 15 h 28 min
    Plusieurs entreprises emboîtent le pas. Elles n'ont pas le choix, la pénurie de main-d'oeuvre est déjà réalité. Certaines industries ont adapté leur façon de faire et la production n'en souffre pas.

    Le coût de ces mesures est souvent moindre que le coût de l'absentéisme, le roulement de personnel, la perte de productivité, etc.

    De toute façon, un jour ou l'autre, les entreprises qui ne feront rien, perdrons beaucoup en $ et en image.

  4. Marie Charbonniaud 8 juin 2011 à 16 h 51 min
    Je suis optimiste comme vous, Mélanie! Mais ça va prendre du temps...
    Et tant qu'il y aura des parents pour accepter des postes à n'importe quel prix, les autres parents en pâtiront...! Mais ça change, je suis d'accord.
  5. Lanie 12 juin 2011 à 14 h 07 min
    Dans le cadre d'un cours universitaire, j'ai récemment fait un travail sur les femmes, la fertilité et la conciliation travail-famille. Cette mesure était, bien entendu, visée dans le dit document. Étant maman d'un poupon d'à peine 5 mois, il va s'en dire que mes critères d'embauche seront désormais modifiés. Sur le marché du travail, j'y retournerai en temps et lieu, mais pas à n'importe quel prix ! Je suis d'avis que les entreprises ont tout à gagner avec l'instauration d'une telle norme. Comme Mélanie le disait, que ce soit pour diminuer les coûts directs liés à l'absentéisme ou au roulement de personnel ou bien pour augmenter l'engagement des employés envers l'entreprise, pour diminuer les retards et faire fondre les coûts liés au salaire des remplaçants, à la dotation ou à la formation de nouvelle main d'œuvre, les dirigeants devraient, au minimum, s'informer sur les gains principaux et secondaires liés à l'instauration de certaines mesures de conciliation des temps de vie. Avec un nombre d'enfants par femme en croissance et la présence accrue de ces dernières sur le marché du travail ainsi qu'un nombre grandissant de papas impliqués, il va s'en dire que cette certification serait des plus appréciées par bon nombre de travailleurs. Alors, vivement le changement ! Ne rêvons pas d'utopie, de telles modifications ne verront pas le jour dans les prochaines semaines, mais pour se prévaloir d'une main d'œuvre engagée et surtout, de qualité, certains devront satisfaire aux nouvelles exigences d'une réalité bien présente !
  6. Suzy 22 juin 2011 à 10 h 50 min
    Ce type de certification enlèverait certainement un stress aux parents! Si les parents sont moins stressés, ils sont plus productifs et donc les employeurs s'en trouveraient gagnants. Je garde espoir qu'un jour ça arrive, mais il y a beaucoup de travail à faire. En 2011, quand les femmes se font encore demander en entrevue d'embauche si elles pensent avoir des enfants, on voit que les mentalités doivent changer. Je ne me suis pas fait posé la question car j'avais 40 ans, donc moins à risque !!! Aujourd'hui, j'ai une belle poupoune de 6 mois ! J'appréhende mon retour au travail car on va sûrement me demander à quand le deuxième bébé !!! Quand tu annonces à ton employeur que tu es enceinte et que c'est comme si tu lui disais que tu avais une maladie incurable, tu rêves d'une certification concilication travail-famille dans ton milieu de travail !
  7. Loly 4 juillet 2011 à 18 h 36 min
    Encore faudra-t-il que le discours des patrons suive les mesures de conciliation travail-famille, car ce n'est pas tout d'offrir plus de congés ou de flexibilité, si à chaque fois la travailleuse a droit à une remarque désobligeante, un petit commentaire sur «les caprices des jeunes mères» et les «dans notre temps on se débrouillait»... Sans compter que notre cote de popularité auprès du boss s'en trouve grandement réduite et les chances d'avancement anéanties!
    J'ai la chance de bénéficier d'une généreuse banque de congés, convention collective oblige, mais gare à moi si j'ose avouer que le congé est pour le rhume du petit dernier ou parce que l'horaire de la garderie et mon horaire atypique ne vont pas bien ensemble...
  8. Dora 10 juillet 2011 à 11 h 09 min
    Thanks alot - your answer solved all my prlobmes after several days struggling

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