Crises et oppositions: enfin, un livre génial!

Crises et oppositions: enfin, un livre génial!
25 avril 2011

Quand les feuilles de notre plante verte préférée jaunissent et tombent, on n’imagine pas que la plante le fait exprès pour nous faire marcher. On essaie d’interpréter son attitude comme un message : trop ou pas assez d’eau, de lumière, d’engrais... Carence ou excès, on essaie de comprendre ce qu’il se passe. 

Eh bien, Isabelle Filiozat, une brillante psychothérapeute et auteure, nous prouve que comprendre les crises de notre tout-petit, c’est (nettement) plus complexe, mais pas plus compliqué. Ses apparents caprices manifestent des besoins. Carence ou excès. Et son attitude, loin d’être une provocation, serait plutôt une conséquence, une réponse, une réaction, parfois complètement physiologique et naturelle. 

C’est par cette analogie qu’elle commence son livre J’ai tout essayé! – Opposition, pleurs et crises de rage : traverser sans dommage la période de 1 à 5 ans. Mais attention! Ce n’est pas un livre comme les autres, ce n’est pas un livre « de plus » sur la psychologie des petits. 

Non seulement on y trouve des situations types et des pistes de solutions classées par âge, mais cela est enrichi de manière très originale : par des illustrations représentant les dialogues entre parents et enfants; des capsules scientifiques, pour mieux comprendre ce qui se produit dans la tête de notre enfant; mais aussi des « pensées », qui mettent en mot ce que notre enfant pense devant chacune de nos réactions. 

J’ai eu la chance de communiquer avec l’auteure. Je vous livre le contenu de notre échange. 

Diriez-vous que c’est le problème numéro 1 du quotidien des parents, ces crises de la petite enfance (en dehors, bien sûr, des problèmes beaucoup plus graves!)? 

Oui, en ce sens que cela altère la relation avec nos enfants, mais aussi avec nous-même, avec notre image de mère ou de père. Penser  « je ne suis pas une bonne mère, je ne suis pas une bonne personne... » génère des sentiments d’impuissance, voire de désespoir. On ne pensait pas qu’avoir des enfants ce serait vivre ça! On attendait le bonheur et on se retrouve plongé parfois dans un cauchemar.

Il y a déjà beaucoup de livres sur le sujet. En quoi avez-vous souhaité vous démarquer? Il me semble que les « capsules » scientifiques, les pensées d’enfant et les dessins explicatifs sont un concept nouveau dans ce genre de livre?

Oui, effectivement. Il y a énormément de livres au sein desquels l’auteur donne son avis. J’ai voulu ne pas donner mon avis, mais donner des informations les plus scientifiques possible pour que le lecteur construise son propre avis. Nombre de journalistes tentent de m’obliger à me positionner : « Vous êtes pour ou contre l’autorité? Faut-il être autoritaire ou laisser faire? » Je me situe hors de cette dichotomie. Il ne s’agit plus ni d’être autoritaire ou laxiste devant les comportements de l’enfant, mais de considérer les causes de ce comportement pour y réagir de manière adéquate. J’ai tenté la voie de l’intelligence de la situation (intelligence : lire entre les lignes, comprendre au-delà) plutôt que la prise de position.

Les dessins parlent directement et sont aussi pour moi une façon d’éviter aux parents de se culpabiliser. Nous sommes dans une culture de plus en plus visuelle et cette dimension me paraissait importante à explorer. Ils font paraître les situations plus familières, et les ressources et outils s’ancrent mieux en nous que les mots.

Vous dites en dédicace que vous auriez aimé savoir tout ça pour être encore plus proche des besoins de vos enfants. Avez-vous le souvenir de crises où vous réagissiez excessivement, par exemple?

Dans les bagarres entre mes deux enfants; ou quand ils voulaient absolument un bol spécial et qu’il n’était pas disponible; ou encore quand ils ne faisaient pas ce que je demandais...  Je regrette d’avoir mis du temps à comprendre qu’il fallait arrêter de donner des ordres. Je disais « fais ceci, fais cela »… Mais j’avais tout de même la chance d’être déjà psychothérapeute et de ne plus avoir peur des émotions. C’est ce qui m’a permis de réfléchir à leurs comportements et de ne pas me laisser envahir par les automatismes. Et puis, j’ai dû me tromper de nombreuses fois avant de ne plus parler en négatif et donner mes consignes en termes positifs. J’ai aussi beaucoup dit non, au lieu de stop! (NDLR. C’est une des suggestions qu’elle donne dans son livre : lorsque l’on dit stop plutôt que non, notamment à un bébé, on est moins porté à montrer des signes de colère.)

J’ai adoré le message de la dernière bande dessinée, sur le parent qui dit continuellement « Vivement que... (il entre à la garderie; à l’école; à l’université…) », en n’ayant pas conscience que les petits bonheurs sont à saisir à chaque âge. Pourquoi est-ce si dur de le réaliser à temps?

Parce que nous sommes prisonniers de notre propre histoire et, donc, plus souvent pris par des automatismes. Les enjeux de chaque instant nous paraissent énormes. Nous projetons sur la relation à nos enfants des enjeux inconscients de notre propre enfance (voir mon autre livre, Il n’y a pas de parent parfait). 

Avez-vous un truc pour rester calme?

Respirer! Quand je sens que je m’énerve, je fonce aux toilettes. On a toujours le droit d’aller aux toilettes et ça permet de réfléchir et de relativiser.
Et, bien sûr, s’occuper de guérir sa propre histoire. Ça permet de diminuer notablement l’impact sur nous des crises et des comportements de nos enfants.

Quand tout va mal, vous dites qu’il faut encore plus « remplir » le réservoir d’amour de notre enfant. Mais c’est probablement le moment où on en a le moins envie, puisque l’on attend que cela se passe bien pour exprimer notre amour...

C’est que nous ne comprenons pas bien ce qu’est l’amour. Nous le considérons comme une récompense, tandis que c’est un carburant! On ne met pas d’essence dans sa voiture une fois arrivé parce qu’elle a bien roulé! Et si la voiture fait des cahots ou refuse d’avancer parce qu’elle n’a plus d’essence, inutile de la punir! 

Le problème est que l’amour nous a été donné à nous enfant avec parcimonie... et de manière conditionnelle : « Je te donne de l’amour si tu es un gentil enfant ».  Alors, nous faisons pareil. Pourtant, le comportement déviant est souvent le résultat d’une carence. Donc en supprimant la carence, je fais tomber le comportement qui l’exprimait.

Comment transformer ce cercle vicieux en cercle vertueux?

Aider les parents à se sentir compétents en leur donnant des trucs qui fonctionnent bien (comme le stop, les choix, etc.) leur permettra de se sentir mieux avec eux-mêmes, de s’aimer plus, et vivant moins de stress avec leurs enfants, ils leur donneront aussi plus facilement de l’amour et de la tendresse. 

C’est pour cela que j’ai tenté de faire ce livre le plus simple et direct possible, avec des trucs simples et faciles à utiliser, qui fonctionnent rapidement avec les enfants.

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (7)

  1. Denise Tremblay 25 avril 2011 à 23 h 40 min
    Bonjour,


    J'ai grandement apprécié le résumé de ce livre, que j'inclus dans mes achats. Je suis la grand-maman qui a une vue différente de la maman qui est directement au centre des conflits.
    Merci à la vie de donner du talent à des gens pour nous aider.
    Bon succès à vous et aux parents qui liront votre livre.

    Bonne journée!
    Denise Tremblay
  2. Nathalie F. 26 avril 2011 à 00 h 54 min
    Merci pour la référence! Étant maman d'un terrible 2 1/2 ans, je cours m'acheter le livre! L'auteure semble faire preuve de beaucoup d'empathie envers les enfants et ça me rejoint beaucoup. J'ai toujours considéré que les pleurs et les crises de mon fils servaient à manifester un besoin (il communique comme il peut!) et non pas à nous manipuler volontairement comme le pensent beaucoup de parents...

    Merci encore! :)

  3. Anne-MArie Urbain 28 avril 2011 à 17 h 23 min
    J'ai trois garçons entre 3 et 7 ans, c'est parfois très "Rock en Roll" dans la maison. Merci pour la référence, je vais aller acheter ce livre tout de suite car les trucs que j'ai essayés (et qui ont fonctionnés) vont dans la même ligne de pensée. D'ailleurs, l'amour comme carburant c'est très vrai et je peux vous dire que ça change l'enfant et la mère aussi !!! Quel changement d'ambiance dans la demeure!
  4. Mélanie 29 avril 2011 à 00 h 09 min
    Nous sommes dans le vif du sujet avec notre fils de 3 ans... Votre référence m'interpelle et tombe à point! Merci.
  5. Marie Charbonniaud 29 avril 2011 à 01 h 31 min
    Super les filles! Je suis très contente que vous soyez emballées par ce livre autant que moi. Vous ne serez pas déçues.
    Marie
  6. Genevieve 29 avril 2011 à 17 h 05 min
    Oui, moi aussi je vais aller l'acheter car étant maman d'une petite fille de 3 1/2 ans et un petit gars de 13 mois, les crises à la maison il y en a... terrible two et F:Four s'en vient... des trucs, on en veut :) mais quand il y a de l'amour entre tous les membres de la famille... le quotidien va beaucoup mieux !
  7. D. Alexandre... 11 mai 2011 à 23 h 52 min
    Il me faut ce livre à tout prix... J'ai vécu quansiment trois ans seule avec mon fils. Il va à la garderie et fait et va très bien... C'est un petit gars qui parle beaucoup et qui veut tout comprendre. Mais le mois prochain, je déménage dans un autre environnement et avec un homme qui n'a pas d'enfant. C'est un petit peu plus compliqué pour lui car il pense qu'il est manipulateur. Tout petit garçon de cet âge l'est un peu... De plus, il y deux adultes qui lui disent non, et l'amour de maman ne lui est plus exclusif..Il a besoin de temps et mon chum aussi, alors je vous remercie pour la référence car je pense que ce livre nous aidera beaucoup dans ce nouveau cheminement...

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