Ai-je le droit d’être malaaaaade?

Ai-je le droit d’être malaaaaade?
Par Dre Taz, Omnipraticienne
26 février 2011

Ça nous arrive à tous, même aux meilleurs parents, même aux meilleurs médecins.

Oui, même à vous.

 Je me rappelle l’époque où être malade était presque une bénédiction du hasard. Je manquais une journée d’école malgré moi, je m’emmitouflais dans ma couverture et tombais dans un profond sommeil, dont seuls ma mère et ses câlins ou l’odeur d’une bonne soupe maison pouvaient me tirer. Tomber malade n’est évidemment pas agréable, mais c’était, dans cette ère ancienne, une pause de la vie.

C’est un peu injuste quand on pense que c’est maintenant, tandis que l’existence nous entraîne dans son train d’enfer, qu’on ne peut plus se permettre de prendre un time-out. Et parfois, le corps craque.

Je suis donc là, dans le fond de mon lit, à souffrir; et au lieu de me laisser aller dans un sommeil réparateur, je m’autoflagelle. Je me torture. Je me redéfinis en masochiste intégrale.

Je pense à mon boulot. À tous ces patients qui patientent. À ces chroniques à écrire. À ces réunions à organiser. À ces étudiants à former.

Je pense à ma maison. À la manne à linge qui déborde. À la poussière qui recouvre tout partout. Au courrier qui s’accumule. 

Mais surtout, je pense à mon fils. Surtout mon fils. Qui ouvre la porte de ma chambre et me jette un regard déçu, voire inquiet. L’idée qu’il s’ennuie tout seul, qu’il a peut-être faim, qu’il a peut-être peur de constater que sa maman n’est pas au poste me déchire le coeur.

Quand donc suis-je devenue le Dieu d’un univers?

Eh oui, chers internautes, nous sommes Parents, c’est presque pareil. Si on tolère de négliger son foyer ou son boulot, on ne pourra jamais faire de même avec nos enfants, n’est-ce pas? Même si je brûle d’envie de me laisser glisser dans un long coma, que j’attends les doux massages de ma mère, que je rêve d’une soupe maison, eh bien, je me lève. Je fais le souper (même si ça se résume à un bol de céréales), je joue avec bébé (même si ça veut dire se planter devant la télé), je lui donne un bain express, je lui raconte pour la millionième fois la même histoire (en omettant quelques chapitres) et je le borde (en évitant de ne pas trop le contaminer par mes bisous).

Fini le temps des malades bienheureux! Je veux simplement m’endormir et me réveiller sans culpabilité. Et vous?

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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Commentaires (6)

  1. Cathy 28 février 2011 à 18 h 24 min
    Ouaip parfaitement raison la dessus !!! je suis dacord a 100%. Ta tout dit...
  2. Christine 28 février 2011 à 20 h 14 min
    Ah la culpabilité, cette compagne indéfectible qui arrive dans notre vie au moment où on vous annonce que vous êtes enceinte et qui ne nous quitte plus par la suite.

    Je sais exactement comment vous vous sentez. Dans mon cas, je suis actuellement en traitement de fertilité, avec tout ce que ça implique. Je suis fatiguée, malade, en constant syndrome pré-menstruel (quand ce n'est pas des symptômes de ménopause)et j'en passe. Et entre deux injections, échographie, rendez-vous chez le médecin et accessoirement mon travail, je réalise que mon fils s'ennuie. Il s'ennuie de sa maman qui joue avec lui, qui fait des blagues et qui chante tout le temps. C'est ridicule, pour essayer d'avoir un deuxième enfant, j'ai l'impression de sacrifier un peu le premier. Alors je fais des efforts, je me lève même si je devrais dormir, j'essaie de planifier des activités courtes en me disant que c'est mieux que rien et j'essaie de multiplier les petits moments privilégiés. Et je croise les doigts pour que ça se termine vite.

    Mais au final, quelle que soit la raison de notre maladie, incapacité ou notre situation, on se rends très vite compte que quand on a des enfants, la priorité, c'est leur bonheur. Alors on se botte le derrière, en se disant que de toute façon, on s'ennuiera de tout ça lorsqu'ils seront grands!
  3. Michou 28 février 2011 à 21 h 31 min
    Comme la publicité québécoise qui dit : Quand vous êtes malade qui prend soin de vous? Réponse : Une pharmacie bien connue!
    On se sent parfois si seule... Tous les membres de la famille se plaignent et ont besoin de multiples traitements et petits soins et nous devons le faire même quand nous sommes nous-même au plus mal. C'est parfois lourd et fatiguant! Q
    uand est-ce que l'on devient vraiment grand? Est-ce quand on ne pense plus à recourir à notre maman?
    Je pense qu'il faudra qu'elle soit partie pour ne plus avoir envie de crier ''Mamaaaaaan!''
  4. Tasnime Akbaraly 1 mars 2011 à 13 h 14 min
    @Cathy: merci de me conforter!

    @Christine: les procédures de fertilité sont particulièrement éprouvantes et longues! courage à vous! mais pour toutes les voies de guérison, que ce soit pour un nouvel enfant ou pour soigner un banal rhume , le carburant pour continuer à fonctionner à la maison est le même: la culpabilité!

    @Michou: quand sommes-nous devenus adultes? excellente question. Mon cerveau s'est arrêté à 20 ans semble-t-il, et je n'ai jamais l'impression d'avoir mûri!
  5. katrhy 7 avril 2011 à 12 h 14 min
    quel sorte de mere je suis? ca fait presque 2 ans que je suis malade jai fait une depression majeur et plusieurs tentatives de suicide a mon egard. je me sens une mere indigne et qui nest pas capable de revenir comme avant de bonne humeur, en forme physiquement et mentalement que vais je faire? et emplus il faut que je me batte en cours pour obtenir la garde partagee que monsieur ne veut pas! et me menace sur les droit de mon enfants lorsque je le veut plus que 2 jours par semaine. il a des limites quand meme!!!alors quel sorte de mere je suis aujourdhui? pourtant je vais de mieux en mieux et peut-etre un retour au travail en juin jaimerais beaucoup surtout au mental.........
  6. Tasnime Akbaraly 7 avril 2011 à 18 h 45 min
    Cher Katrhy,

    avant d'être mère, vous êtes avant tout un être humain qui tente de retrouver ses repères émotionnels et physiques. Il est important que vous sachiez retrouver votre équilibre. J'espère que vous allez chercher l'aide où vous pouvez. C'est en allant mieux que vous pourrez prendre soin de vos enfants de la meilleure façon qui soit. Nous sommes de tout coeur avec vous, gardez courage.

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