Quand le corps apprend à accoucher

Quand le corps apprend à accoucher
11 décembre 2010

Avez-vous entendu parlé du projet Naissances?

C’est une pièce de théâtre sur le thème de la naissance, que vous aurez encore l’occasion de voir le 14 décembre, à l’Espace Go, à Montréal. La pièce est suivie d’une discussion avec des intervenant(e)s en périnatalité : une sage-femme, un chercheur, un médecin, une accompagnante, etc. 

Le site Internet de la pièce tend la plume à certains artistes ou auteurs pour témoigner. J’ai donc eu l’opportunité d’y parler de mes « naissances ». Une sorte d’hommage aux sages-femmes qui font un travail formidable. Voilà ce que j’y raconte.  

Aucun de mes accouchements ne se ressemble. Mais ils composent une belle histoire : celle du corps qui apprend à accoucher. 

Le premier, à l’hôpital. J’avais 27 ans et, malgré tout mon amour pour le « tout naturel », accoucher à l’hôpital avait quelque chose de rassurant pour un premier bébé, pour moi comme pour mon époux. Alors, je me suis dit : j’accoucherai à l’hôpital, mais le plus naturellement possible!

Ce fut presque réalisé. Notre fille ayant décidé de rester dans son nid douillet jusqu’à 42 semaines, j’ai dû accepter un déclenchement, ultimement repoussé au maximum, en vain.

J’ai donc conservé, comme j’ai pu, cet accouchement dans les limites de ce que l’hôpital peut offrir : déclenché avec de l’hormone de synthèse, forcément; avec une percée de poche des eaux, certes; mais sans épidurale. J’ai même profité de la seule baignoire à remous offerte à l’étage.

Mobile, je trainais partout avec moi ce soluté à roulettes qui m’encombrait et je demandais sans cesse qu’on me fiche la paix avec le monitoring. Je ne me sentais bien que debout ou à 4 pattes! Une vraie rebelle à l’hôpital, soutenue par des infirmières à la fois déboussolées et séduites.

Deuxième accouchement : en maison des naissances, à Pointe-Claire. Une révélation. Une reconnexion avec moi-même, mon ventre, mes valeurs, mes contractions. 

Notre fils est arrivé à 39 semaines, après avoir percé sa poche des eaux une belle nuit de printemps. 

Dans la chambre de la maison des naissances, je bouge, je marche, je soupire. Mon amoureux m’apporte à boire et des dattes puis reste à mes côtés, tandis que ma sage-femme passe une tête souriante, de temps à autre. 

J’ai un peu froid et le travail s’intensifie, alors je vais me détendre dans le bain (encore). Puis, je ressors, je m’accoude au grand lit bordé de ma couette préférée (ici, on apporte nos draps) et notre bébé pointe son nez. C’est un fils! 

Les larmes coulent et son papa entonne une berceuse (« Ma petite est comme l’eau… »), que ma sage-femme et l’aide soignante reprennent en chœur, tout doucement. Un moment de grâce, dans la pénombre, pour accueillir ce petit déjà collé à moi. 

Troisième accouchement : même maison des naissances, même chambre, même sage-femme tant aimée, Claudia Faille. 

Je passe la moitié du travail dans l’eau et j’y suis tellement bien que j’ai bien l’intention d’y rester jusqu’au bout. Mon amoureux souhaite rester près de moi, mais je préfère être seule. Je suis tellement bien dans ma bulle, en connexion avec ce bébé!  

Chaque contraction me rapproche de lui. Les douleurs deviennent donc des amies à qui je dis : « Viens! », dans un dialogue un peu surréaliste. 

La sage-femme et son assistante entrent en trombe me rejoindre pour m’aider à l’accueillir dans l’eau. C’est une fille! 

C’est une certitude : quand tout va bien, le corps d’une femme que l’on écoute sait accoucher tout seul. Il suffit de lever les barrières que l’on se dresse, à travers nos peurs ou l’entourage médical. 

Je ne l’ai jamais si bien compris que ce jour, en dégustant mon plateau de fruits après l’accouchement. Un grand merci à Claudia, qui m’a fait prendre conscience de ce secret bien gardé… depuis que la femme existe!

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (14)

  1. Valérie 12 décembre 2010 à 17 h 53 min
    C'est très touchant de vous lire. Un magnifique texte, pleins d'encouragements pour nos futurs accouchements.
    Merci!
  2. Marie Charbonniaud 12 décembre 2010 à 18 h 53 min
    Merci du fond du coeur aussi Valérie!
  3. Anonyme 12 décembre 2010 à 20 h 55 min
    Et un quatrième ???
  4. Amélie Deschamps 13 décembre 2010 à 00 h 07 min
    Très touchant comme texte. Je termine ma formation comme accompagnante à la naissance et j'aspire à permettre à la femme de prendre confiance en ces moyens lors de l'accouchement. Votre expérience, positive, saura encourager les femmes qui " craignent" ce moment.

    Votre article m'a inspiré un billet sur mon blogue (mamulaetcie.com). J'y ajouterai bientôt mes propores expériences.

    Merci et au plaisir de vous relire.
    Amélie
  5. Marie Charbonniaud 13 décembre 2010 à 01 h 47 min
    @ Anonyme: Un quatrième? C'est la question à mille sous! Nous y pensons parfois, mais notre dernière est encore trop "notre bébé" encore. Tout juste 18 mois. Bizarrement, du 3ème au 4ème, le rapport au temps devient différent. On ne veut pas aller trop vite, de peur de "bâcler" tout notre travail d'amour et d'éducation avec les autres. Alors on verra. Le temps, l'envie et la raison (un peu quand même) en décideront.
  6. Anne Marie 13 décembre 2010 à 03 h 10 min
    Vous êtes une déesse, Marie!

    Toutes les femmes qui donnent la vie sont des déesses. Si seulement le personnel médical pouvait nous rendre ce qui nous dû...

    À l'hôpital, pour mon premier, où j'ai été sérieusement prise en charge, j'ai vécu une expérience douloureuse. Pour mon deuxième (maison de naissances de Blainville - merci Saïda), j'ai vraiment retrouvé mon pouvoir de femme.

    Merci pour ce beau témoignage, il est à la fois émouvant mais aussi (et surtout) essentiel afin de promouvoir la naissance heureuse et SÉCURITAIRE en maison de naissance. Merci à toutes les sage-femmes de ce monde!
  7. Anne Marie 13 décembre 2010 à 03 h 59 min
    je voulais juste rajouter ceci à mon commentaire:

    si j'avais à donner qu'UN seul argument pour la maison de naissance, je dirais le plateau de fruits!!!! N'est-ce pas la chose la plus divine qu'il vous ait été permise de déguster dans toute votre vie?? Une histoire d'hormones, probablement!

    :)
  8. M....... 13 décembre 2010 à 10 h 56 min
    Quand je lis ce récit Marie ,je suis la plus heureuse des mamans ,et heureuse de t'avoir donné la vie ;
    Et comblée que ce beau métier que j'ai aimé exercer te permette de t'exprimer si bien !
    merci ma fille chérie!!
  9. Anonyme 13 décembre 2010 à 15 h 23 min
    Merci pour votre réponse Marie ! Notre premier bébé a tout près d'un an et j'ai tellement envie de retomber dans l'aventure de la grossesse et de l'accouchement bientôt ! Comme j'ai débuté mon travail en maison de naissance et finalement eu une césarienne, mon idéal serait de revivre le tout sans transfert à l'hôpital... La suite nous le dira. Et je vais voir la pièce Naissances ce soir, alors ça risque de m'inspirer tout ça :)
  10. Anonymous 13 décembre 2010 à 16 h 06 min
    Pour ma première grossesse, je me suis dis que les femmes accouchaient depuis la nuit des temps et que c'était profondément encré dans notre féminité! Je n'avais pas peur (un peu, peut-être mais pas trop). Ayant toujours eu des menstruations douloureuses, je me disais que ça devait faire juste un peu plus mal! Je me faisais confiance et je crois que c'est ce qui a facilité la chose. Il faut dire que ça a débuter à 2:30 du matin à la fin de ma 37 ième semaine et à 8:45 tout était terminé! Les infirmières de la salle d'accouchement me disait au téléphone:« Ça doit être un faut travail... rendue à 5 heures, on a commencer à pacter les trucs dans l'auto... Mon chum et moi avons fait une super équipe tout le temps à la maison, une contraction à la fois. Arrivée à l'hôpital, sur un changement de shift, j'étais dilatée à 8,5 cm et je me souviens que l'infirmière m'as dit qu'un peu plus, j'accouchais à la maison... il était 7: 50 AM et à 8 j'étais à moitié désabiller que j'avais déjà envie de poussée!!! Pas le temps pour les solutés allez poussé madame! 4 poussées et 45 min plus tard bébé était là:) J'ai signé les papiers après avoir accouchée!!! Vraiment la plus belle journée de ma vie! Que d'émotions...
  11. Marie-Eve 14 décembre 2010 à 16 h 59 min
    De mon côté, l'hôpital était un incontournable. J'y travaille et j'en ai confiance. Peut-être que je savais que ça n'allait pas se passer comme prévu?..
    Mon accouchement, à 40,2 sem. à débuter par des contractions a 2h30 du matin et à 16h j'étais dilatée et tout semblait beau, sauf que ma petite ne descendait pas. Après une heure d'attente pour voir si elle descendrait par elle-même, j'ai commencé à pousser... pendant 3h30, et aucun mouvement de sa part pour descendre. Finalement, elle n'était pas bien placée. Malgré une tentative de forcep pour tourner sa tête, rien à faire.
    Finalement à 21h17, ma petite nait par césarienne avec une maman a bout de force, mais très contente que tout soit terminée et de voir ma petite bien au chaud dans les bras de son papa.
    L'équipe médicale a été chaleureux et très bon avec nous. Elle a tout fait pour que j'aille mon accouchement naturel, mais la petite en avait décidé autrement...
  12. Anonymous 15 décembre 2010 à 19 h 53 min
    Je voulais avoir un premier accouchement naturel, mais par manque de connaissances, je me suis présentée à l'hôpital beaucoup trop en avance et comme le travail a arrêté, j'ai eu droit à une panoplie d'interventions et le tout s'est terminé en césarienne car le coeur de mon bébé fille ralentissait dangereusement. Pour mon deuxième accouchement, j'étais fermement décidée à avoir un AVAC (accouchement vaginal après césarienne) mais je ne pouvais pas accoucher en maison de naissance. J'ai donc pris une accompagnante (merci Betty) et j'ai accouché à l'hôpital naturellement à presque 41 semaines en seulement 4 heures (un garçon). Il faut dire que j'étais très bien préparée car je refusais de suivre tous les protocoles pour un AVAC. Pour mon troisième accouchement, je me trouvais trop loin d'une maison de naissance (1 heure de route) et j'ai décidé de faire mon travail à la maison et d'aller à l'hôpital le plus tard possible. J'avais crevé mes eaux le matin mais j'ai pris ça "mollo" jusqu'à ce que le travail commence. Finalement, je n'ai été que 4 minutes à l'hôpital avant la naissance de mon fils.
  13. Karine 16 décembre 2010 à 01 h 38 min
    Pour un premier bébé, je crois que nous voulons toutes croire en un accouchement dit le plus naturel possible. Malheureusement, nous oublions que la science et la médecine ont fait beaucoup de chemin depuis pour nous rendre l'aventure moins pénible. C'est chargée de culpabilité et d'ignorance (avec le recul) que j'hésitais à utiliser toute méthode pouvant réduire mes efforts de femme et de future mère... 12 heures après la perte de mes eaux, je n'en pouvais plus t'attendre. La médecine m'a donné un coup de main pour que je puisse enfin prendre ma petite et la coller contre ma bedaine! La plus belle journée de ma vie et entourée d'un personnel qualifié et généreux. L'étage de la maternité est un secret bien gardé dans les hôpitaux!
  14. Veronique 17 décembre 2010 à 02 h 18 min
    premier bb ne a lhopital..je voulais une naissance la plus naturel possible...Et cest presque arriver..apres 18 hr de travail actif et 3 hr de pousse, mon petit cest finalement montre le bout du nez ! Javais tres bien planifier la naissance..mon plant de naissance ne laissais pas beaucoup de maneuvre aux personnel hospitalier et il ont respecter mes demande. je nai pas eu lepidural, mes eaux on percer naturellement, je pousais et bougeais comme bon me semblait...Merci aussi a mon accompagnante qui seul du regard me suportait !
    Mon garcon a maintenant 17 mois et je suis du pour accoucher de mon deuxieme dans un mois, Chez moi dans le confort de mon foyer avec ma sage femme !
    jai tres hate de vivre cette deuxieme experience et je me considere trs chanceuse davoir eu acces au service de ses femmes extraordinaireet den plus. pouvoir accoucher cher moi ! :)
    la suite a venir pour mon deuxieme accouchement :)

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