Si on allégeait leurs journées, plutôt que l’inverse?

Si on allégeait leurs journées, plutôt que l’inverse?
12 septembre 2010

Cette semaine, sans vraiment le vouloir, j’ai redonné du temps libre à ma fille.

En effet, je vous avais dit que j’avais inscrit ma grande de 5 ans à la natation municipale, mais aussi à la gymnastique.

Eh bien, voilà, la gymnastique a sauté. J’ai trouvé qu’il y avait des limites à arnaquer le porte-monnaie des parents* (voir plus bas pour les curieux), mais surtout, un samedi matin de libre, c’est tellement mieux!

Le journaliste François Cardinal vient de sortir un livre remarquable, intitulé Perdus sans la nature et sous-titré : Pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et comment y remédier.

Il a conduit une véritable enquête pour comprendre le phénomène. Pourquoi les parents surchargent les journées des enfants? Pourquoi nos petits n’ont même plus le temps de jouer avec un bâton de bois dans une flaque d’eau, le regard perdu dans leurs pensées? Et pourquoi quand ils ont ce temps libre, ils attendent désespérément qu’un de leurs parents leur propose un jeu, une activité, ou mieux encore (à leurs yeux) : les autorise à regarder un écran?

Comme nous tous, il remarque que « le temps alloué à ne rien faire, aux rêveries, à l’imaginaire, à donner des coups de pied dans une roche est en déclin, ici comme ailleurs ».

Il parle de la tyrannie du « je ne sais pas quoi faire », depuis que les enfants ont complètement perdu l’habitude d’être laissés à eux-mêmes.

Il nous raconte aussi comment, aux États-Unis, est né le mouvement des « Free-range Kids » (littéralement : enfants élevés en liberté), lancé par la journaliste américaine Lenore Skenazy. Le mouvement « préconise la fin des activités organisées, de la stimulation constante, des cours à répétition, du contrôle excessif des enfants et de leur horaire, au profit d’une autonomie nouvelle, d’activités libres et d’un retour aux mains plongées dans la terre humide », explique-t-il.

Mais en est-on vraiment capable? Ces parents s’efforcent, par exemple, de dire oui à leur enfant qui veut faire un tour de pâté de maisons tout seul; de fermer les yeux lorsqu’il salit ses vêtements; de le laisser partir en vélo à l’école. Bref, de le laisser vaquer aux simples occupations d’enfants.

J’essaie de leur donner cette latitude, autant que je le peux. Mais trop souvent, je me reprends en train d’exiger une chambre rangée le soir (pendant que certains jeux créatifs pourraient avoir une belle suite le lendemain), ou à obliger mon bébé à porter un bavoir en plastique, tandis que de toute façon, son chandail ira dans le panier de linge sale... C’est un immense travail, de lâcher prise!

Pour en revenir au livre, François Cardinal ne fait pas que nous ouvrir les yeux. Il nous propose aussi 10 pistes de solutions. Parmi lesquelles : redécouvrir les vertus du bon voisinage, lâcher la main de son enfant (le laisser davantage aller), revoir l’aménagement des cours, écoles et espaces verts, etc. Bref, un bouquin vraiment stimulant, pour tous les parents.

* P.-S. Je vous raconte l’anecdote, car elle est malheureusement représentative de certains clubs sportifs aujourd’hui. J’ai inscrit ma fille à une session de gymnastique d’automne, à Beloeil. Coût : 195 $, déjà dur à avaler. Puis, au moment de signer le contrat, on me demande de donner 30 $ supplémentaires pour le « souper spaghetti » (obligatoire, car c’est un geste de financement du club). Encore une fois, dur à avaler. Puis, arrive la première journée de gym. Là, on m’invite à acheter le maillot du club, pas vraiment obligatoire, mais obligatoire pour le spectacle de fin d’année... (Ils sont forts, quand même! Comme si une petite fille de 5 ans allait renoncer à son spectacle!) Facture pour ce bout de tissu made-in-china? 45 $. Total de la saison de gymnastique, de septembre à décembre : 270 $.

J’ai failli les dénoncer aux émissions de consommation, car le souper spaghetti et le maillot du club ne sont ni plus ni moins que des frais cachés. Mais je me suis contentée de leur expliquer mon indignation et leur demander le remboursement de tout. Je l’ai fait pour être en accord avec mes principes, bien sûr, mais aussi pour toutes les familles qui se saignent le budget afin de donner une chance sportive à leur enfant, et sans pouvoir rien dire, tombent dans ce système lucratif. Enfin, c’est mon avis!

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (13)

  1. Stéphanie 13 septembre 2010 à 02 h 15 min
    Et tu as oublié le 30$ de frais d'adhésion à la fédération québécoise de gymnastique (ou quelque chose du genre)... que j'ai déboursé sans dire un mot. Je vais pensé à toi avant de signer le prochain chèque!
  2. Mélanie 13 septembre 2010 à 12 h 53 min
    Holàlà...ça n'a aucun sens tout ça !!! Ces enfants ne s'entrainent pas pour les Olympiques tout de même...ce sont des loisirs !
    J'aurais fait la même chose.
  3. Mamamiiia 13 septembre 2010 à 15 h 28 min
    Moi aussi, j'ai annulé le cours de gymnastique de mon fils pour donner place à la natation cette session. D'abord, je crois aussi qu'une seule activité suffit (il fait déjà du soccer à l'école au service de garde) et j'ai aussi été frustrée par l'association de gymnastique et ses nombreux frais cachés. De plus, dès qu'un enfant a l'air un peu doué pour la gymnastique, on nous harcèle pour qu'il passe en pré-compétition ou compétition. Ne peut-on pas faire de la gymnastique récréative de nos jours? Pourquoi pousser vers la compétition? Parce que c'est plus payant????

    Ce n'est pas parce qu'on a envie que notre enfant fasse du sport qu'on vise forcément les jeux olympiques...
  4. Geneviève 13 septembre 2010 à 18 h 18 min
    Maintenant que ma fille est plus grande, je la laisse marcher devant et je pars 1 minute après elle, juste pour la suivre à distance et m'assurer que tout est ok. Si elle vient pour traverser et que je n'ai pas vu sa tête tourner, je peux lui pousser un "woak" :D
  5. Catherine 13 septembre 2010 à 21 h 08 min
    Cette année, je me sentais coupable de ne pas inscrire ma fille de 3ans 1/2 à un cours quelconque. Puis je me suis dit qu'entre nos horaires déjà assez remplis à mon mari et moi que nous allions réserver les fins de semaine à jouer, à dormir, à déjeuner tard... Bref, à profiter de la vie. L'avenir me dira si j'ai fait le bon choix!
  6. Marie 14 septembre 2010 à 01 h 22 min
    Ça rejoint le blogue de Danny Raymond qui ne voulait pas coucher dehors pour avoir une place à la natation. C'est vrai que nos enfants sont tellement surchargés d'activités qu'ils ne savent plus quoi faire quand ils sont seuls. Les garderies sont aussi un peu à blâmer là-dedans...
  7. Sophie 14 septembre 2010 à 17 h 32 min
    Vendu pour laisser le linge se salir et donner du "lousse" pour le ménage, mais pas pour laisser les enfants partir "tout seuls" dans la rue. "Dans le temps" on pouvait se fier aux voisins pour jeter un oeil en "back-up" sur les enfants (d'ailleurs, en tant qu'enfant, on faisait tout pour ne pas se faire voir des voisins!). Aujourd'hui, je ne me fierais pas du tout sur les voisins pour intervenir si ma fille était en danger.

    Je n'ai pas lu le livre, mais j'ai ma petite idée que l'auteur n'aborde pas le fait que les gens sont beaucoup plus stressés qu'avant, et qui dit stress, dit augmentation de comportements anormaux, dont un paquet pouvant être préjudiciables aux enfants. Ou encore, je ne sais pas s'il aborde le fait que "dans le temps", il n'y avait pas autant de voiture sur les routes, et pas autant de conducteurs stressés... Laisser ses enfants partir en vélo tout seul, si c'était dans le même environnement que dans les années 70-80, peut-être, mais ce n'est pas le cas.

    Si les parents ne sont plus ce qu'ils étaient, c'est peut-être pcq ils s'adaptent aux changements de leur environnement. Ca s'appelle l'évolution!
  8. Geneviève 15 septembre 2010 à 14 h 54 min
    Pour ma part, je pratique le lâcher prise. Mon grand de 5 ans vient d'entrer en maternelle dernièrement. C'est toute qu'une nouvelle aventure! De nouveaux amis, une nouvelle éducatrice et un professeur, une nouvelle routine et façon de faire, etc... Pourquoi lui en mettrais-je plus sur les épaules? Oui, j'ai pensé au cours de karaté que j'aimerais qu'il fasse. Oui, j'ai pensé à la natation car j'aimerais qu'il aime plus l'eau...Mais j'ai laissé tomber. Car je me suis mise à sa place (empathie dit-on) et j'ai pensé au repos et à la farniente que cet enfant aura besoin dans ses temps libre...cela fait aussi partie de son développement! Et que dire pour mon autre garçon de 18 mois...il passe 4 jours au CPE...le voilà, son temps pour découvrir et apprendre autre chose. Il a besoin de temps libre aussi et surtout pas de stress!
  9. Sandra 15 septembre 2010 à 17 h 10 min
    Tout simplement bravo. C'est pas parce qu'on court après le temps que les enfants doivent le faire aussi!

    J'ai près de 40 ans, et je me souviens encore des piles de roches, des collections de branches, de l'observation des bibittes... Des pierres lancées dans le fleuve ou un lac... Je me souviens aussi des pirouettes dans l'herbe et des sauts dans les feuilles. Et j'ai grandi en ville!

    Si je suis nostalgique un peu, c'est parce que je ne vois plus d'enfants s'y adonner. Ils sont pour la plupart, monitorés, guidés, suivis pas a pas par un adulte qui ne lui donne pas l'espace nécessaire pour s'inventer des jeux.

    BRAVO pour cet article.
  10. Marie Charbonniaud 15 septembre 2010 à 17 h 43 min

    @ Sandra: merci infiniment, ça fait tellement plaisir!
    @ toutes les filles: je suis contente de voir que globalement, nous allons dans le même sens: vive le temps libre, les jeux libres.
  11. Isabelle 15 septembre 2010 à 23 h 31 min
    Je suis totalement en accord avec vous. Il est important que les enfants aient du temps libre, au début ils ne savent pas quoi en faire et sont démunis. Puis, petit à petit ils redécouvrent les joies de s'amuser seul, simplement. Je suis tannée des enfants chiens savants qui ont des cours chaque soir, qui sont toujours occupés... Le feriez-vous à leur place?? Parfois je pense que certains parents vont conduire leur enfant droit vers le burn out... J'ai décidé de ne pas inscrire mes enfants à des cours pour le simple plaisir d'être avec eux, pour au moins 2 matins par semaine ne pas être à la course, paresser en pyjama avec eux et déjeuner plus tard, quand on a vraiment faim... Quel bonheur!
  12. Jessica 16 septembre 2010 à 20 h 52 min
    Je suis tout à fait en accord avec ce mode de pensée. Nos enfants dès qu'ils entrent au service de garde font du 8h à 17h. Je trouve qu'ils subissent un stress énorme dès un jeune âge. Cela est sans compter les devoirs et les leçons à partir de la première année et il est très important que l'enfant PERFORME très jeune dans de plus en plus de matières...ON PEUX TU LES LAISSER ÊTRE DES ENFANTS UN TI PEU....sans le stress de la compétition et de la performance. Je crois que ça pourrait avoir un lien direct avec le TDAH...mais en-tout-cas...
    Vive le linge sale et les bouboules velcros dans les cheveux :)
  13. Nicole Fodale 17 septembre 2010 à 03 h 38 min
    Je crois que le fait de vouloir inscrire les enfants à toutes sortes d'activités pour que leur horaire soit bien chargé et qu'ils ne s'ennuient jamais, c'est symptomatique d'une tendance aux parents qui ont besoin d'être toujours occupés. Occupés et qui ne cesse de dire qu'ils sont fatigués et trop occupés alors que personne ne les obligent vraiment à faire tout ce qu'ils font.

    Il ne faut pas oublier que très souvent c'est nous-mêmes qui nous mettons les boulets à nos pieds.

    Malheureusement, les adultes (et je parle en connaissance de cause avec plusieurs amis) sont souvent toujours occupés à faire quelque chose parce que s'ils ne font rien, ils se mettent à réfléchir et ça leur fait peur. Quand on est occupé on ne pense qu'à ce qu'on a à faire et on croit qu'il vaut mieux que ce soit ainsi pour les enfants aussi.

    Tout cela évidemment ne se fait pas nécessairement de manière consciente. Nous sommes tous pris au piège d'une manière au d'une autre dans les coutumes que la société nous a inculqué depuis des années.

    C'est vrai qu'il faut être en forme, que c'est bon de faire du sport... mais tout cela est possible sans suivre des cours de natation, de gymnastique et de soccer. Enfant, j'ai fait tout cela mais juste avec mes amis du coin ou mes parents. Et j'ai poursuivi les activités que j'aimais faire étant adulte.

    Bref, c'est vrai que l'on oblige trop rapidement les enfants à entrer dans un moule, de réussite, de performance et de rigueur. J'assume pleinement les sacrifices que je fais en restant à la maison plutôt que de mettre un bébé à la garderie... je préfère de loin que mes enfants se réveillent quand ils en ressentent le besoin. Ils devront se réveiller bien assez tôt pour aller à l'école!

    Laissons-les vivre... j'aime tellement regarder ma fille, elle est capable de jouer avec des pissenlits pendant des heures. Elle s'invente des histoires et des jeux avec ses petites fleurs. Quelle imagination!

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