Sexy à 8 ans déjà…

Sexy à 8 ans déjà…
3 septembre 2010

Ce fait divers fait jaser toute la classe politique britannique : une maman s’est rendu compte qu’un club de danse-poteau (ou danse érotique) avait un cours destiné aux moins de 16 ans.

Du coup, un journaliste du Scottish Sun a appelé, dans l’anonymat, pour y inscrire sa fille de 6 ans. Pas de problème! Après tout, c’est une façon de faire du sport, de faire des acrobaties sur un poteau, non? C’est du moins l’avis du club…

Ce fait anecdotique m’a fait réfléchir au vaste sujet de « l’hypersexualisation des jeunes filles ». Vous savez? Ces petits bouts de femmes qui ont 8, 10, 12 ans et qui se maquillent déjà, portent des chaussures plates-formes, des jeans taille (très) basse ou des tops qui dévoilent leur nombril...

Ce matin, c’était la rentrée scolaire de ma grande. Dans la cour de l’école primaire, ça criait de joie, ça s’embrassait, ça sautillait dans tous les sens chez les filles. C’était adorable et touchant, car je me projetais déjà l’année prochaine avec la mienne. De belles amitiés.

Puis, une chose m’a sauté aux yeux. Après l’embrassade, la première chose que les 4 filles ont faite, c’est de tendre leur propre chandail, chacune leur tour, en poussant des « wouah!!! » bien soulignés, suivis d’un éclat de rire. Leur tenue, c’était essentiel. Mais surtout, deux d’entre elles avaient les yeux largement maquillés, avec mascara noir, paillettes multicolores et compagnie.

Hummm, ai-je pensé. Est-ce que la mienne se maquillera comme ça à 9 ans…? Question difficile. Ça a été intéressant de réfléchir à ça quelques secondes, le temps d’aller trouver l’enseignante de maternelle au milieu de cette foule en délire. 

L’hypersexualisation, la faute à qui? À la société de consommation, qui nous bombarde jour après jour de messages publicitaires où le message perçu par nos filles est : soyez désirable, sexy, charmante? La faute aux parents, qui achètent ces vêtements et complimentent la tenue sexy de leur fille ou leur maquillage, à 10 ans? Ou l’entourage des filles, qui font de ce style la condition d’appartenance à un groupe? Un peu de tout ça, j’ai peur…

Les conséquences sont bien moins drôles que ça en a l’air.

Elles croient avoir confiance en elles, mais cette confiance, quand elle est axée à 90 % sur l’apparence, est bien fragile. Une maladie, un kilo de trop, un mot blessant et hop, ça s’écroule.

Sans le savoir, elles entretiennent aussi le symbole de la femme-objet et les stéréotypes sexuels, puisqu’elles en arrivent à se convaincre qu’un garçon ne va les apprécier que pour cela.

En lisant la conférence de cette pédiatre, directrice de la Clinique pour adolescents de l’Hôpital Montréal pour enfants, j’ai été estomaquée de lire certaines choses. Amenée à examiner régulièrement des adolescentes, elle dit que l’épilation « brésilienne » (épilation totale du pubis) est presque devenue la norme. « À la clinique, lorsque nous procédons à un examen gynécologique, nous sommes surpris lorsqu’une fille a encore du poil pubien! C’est l’exception! Ce phénomène date d’environ 3 ans », dit-elle.

Quant aux « strings », n’en parlons même pas. Ils sont souvent achetés par les mères, celles-là mêmes qui viennent consulter pour savoir si leur ado porte des traces de sévices sexuels... La clinique rencontre, en effet, environ 250 enfants par an victimes de sévices sexuels. Autant dire que le témoignage est ancré dans une certaine réalité.

Ah! Que j’ai l’impression de tenir le même discours, parfois, que ces mamies alignées à l’arrêt d’autobus, qui regardent les jeunes passer et marmonnent leur exaspération!

Le temps fera le reste et me prouvera peut-être mon impuissance. On verra.

En attendant, je vais essayer de repousser un max le temps du maquillage, des ongles rouges, des piercing du nombril et des teintures, en choisissant mes batailles. On ne peut quand même pas renoncer à la mode et à l’air du temps… j’imagine?

P.-S. Le sujet est dans l’air du temps puisque la Marche mondiale des femmes, un événement international qui se tient ici du 12 au 17 octobre, consacre une marche, le 14 octobre, à l’éducation à la sexualité en milieu scolaire. La Fédération des femmes du Québec dénonce en effet la disparition des cours d’éducation à la sexualité, à une époque où « l’environnement des jeunes est hypersexualisé », dit-elle. « Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Il doit maintenant travailler à mettre en place un programme, du matériel adéquat, du temps spécifique et de la formation pour les personnes travaillant dans le milieu de l’éducation, afin que l’école puisse elle aussi assumer pleinement ses responsabilités face à l’éducation à la sexualité » affirme Mme Conradi, présidente de la FFQ.

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (2)

  1. maman ourse 7 septembre 2010 à 12 h 01 min
    Félicitation c'est très actuel comme sujet! Et on le vit de plus en plus tôt! Mon conjoint à une fille de 6 ans. En allant la chercher chez sa mère à Noël l'an passé, il est revenu tout retourner. En fait la fille la plus vieille de la maman de sa petite puce, âgé d'à peine 8 ans, était maquillée de façon très vulgaire et portait mini-jupe, soulier talon haut et top nombril... Il a eu peur, peur d'aller chercher sa petite et qu'elle soit habillée de la sorte! Au moment je n'ai pas su quoi dire mais je me rend compte que c'est un habillement qui s'insinue tranquillement dans les habitudes. Un peu par ici et par là et vite ça fait un tout...

    Récemment on lui a fait enlevé ses sandales talons très haut en arrivant à la maison. La semaine d'après, un pantalon blanc très moulant. L'autre d'après? Une jupe réellement trop courte...

    Comme gérer ça quand on ne la voit qu'une semaine sur deux! Un vrai casse-tête. J'insiste beaucoup (avec le papa et notre famille proche) sur l'estime de soi axé sur tout le reste sauf l'apparence.

    Je pense que l'initiative de Dove avec leur soirée pyjama à ce sujet est un pas en avant. Je vous conseille d'ailleurs de présenter à vos filles, ce que je vais faire la semaine prochaine, le vidéo qui court partout (je l'ai vu sur facebook encore dernièrement) et qui présente la transformation complète en accélérer (tirer de Dove justement?) d'une femme jusqu'à la photo finale qui se retrouve sur une affiche publicitaire. On voit les maquilleurs, les coiffeurs, l'éclairage et après les retouches par ordinateur! J'adore ce vidéo et toutes les femmes devraient le voir!
  2. Caroline 8 septembre 2010 à 01 h 06 min
    Je suis tout à fait d'accord avec maman ourse en ce qui concerne l'initiative Dove. Sachez que j'enseigne au secondaire (12-15 ans) et que je me fais un devoir d'utiliser le site de Dove pour faire prendre conscience aux jeunes (garçons ou filles) des stéréotypes véhiculés par la société et que ce que l'on attends des autres est tout simplement irréalistes et créés par les média.

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