Des parents accusés de l’obésité de leur enfant

Des parents accusés de l’obésité de leur enfant
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
30 août 2010

« L’obésité devrait être un motif pour accuser des parents de négligence. » (traduction libre)

J’ai frissonné en lisant le titre de cette nouvelle. Je ne tolère pas l’idée que certaines personnes fassent du mal volontairement à des enfants. Personne, et encore moins des parents. Même si on sait tous qu’il y en a.

La nouvelle en question parlait d’un article publié dans la revue scientifique British Medical Journal. Les auteurs stipulent que l’obésité peut être le résultat de mauvais soins aux enfants. Selon eux, l’obésité en soi n’est pas un motif suffisant pour retirer la garde d’enfants à leurs parents. Cela dit, les parents qui refusent de prendre le problème d’obésité en charge ou de chercher de l’aide sont aussi fautifs que les parents qui refusent le traitement de leur enfant asthmatique, diabétique, épileptique, ou autre, affirment les chercheurs.

L’article souligne également que l’obésité se rencontre parfois chez des jeunes aux prises avec de multiples problèmes : violence, mauvaise hygiène, difficultés émotionnelles ou comportementales, absentéisme scolaire, etc. Raison de plus pour ne pas fermer les yeux sur les problèmes de poids importants.

Les scientifiques citent plusieurs cas extrêmes. Comme cette mère qui s’est fait accuser de négligence criminelle envers sa fille de 14 ans… et 250 kg.  Ou encore ce couple qui s’est vu retirer la garde de leurs 8 enfants pour cause d’obésité « excessive » et de négligence.

Séparer les enfants de leurs parents ne renversera sans doute pas l’obésité, admet l’auteur principal de l’article. Et le mal n’est pas toujours volontaire. Les enfants obèses ont souvent un ou deux parents obèses eux-mêmes. Les habitudes alimentaires expliquent le caractère familial de l’obésité de façon plus importante que les gènes. Les enfants n’apprennent pas à manger et à bouger chez les voisins! Leurs habitudes de vie – saines ou moins saines – découlent du ou des modèles qu’ils ont sous le nez. Le manque de connaissances alimentaires et d’aptitudes culinaires, la situation socio-économique et, oui, sans doute à l’occasion le manque de volonté sont des obstacles au mode de vie équilibré. Mais tous les facteurs « obésogènes » ne reposent pas sur les épaules des parents.

Je ne pense pas que tous les parents d’enfants obèses sont heureux de la situation et qu’ils l’ont préméditée. Que des cas de négligence existent, je le crois. Et pour ceux-là, j’estime que les chercheurs soulèvent des points importants. Mais je crois que la plupart des parents concernés ont besoin d’aide et de soutien. Pas d’un dossier criminel.

J’arrête ici. J’ai une soudaine envie de bombarder mes ti-loups de câlins et de bisous.

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (13)

  1. K-Lypso 31 août 2010 à 22 h 42 min
    Je trouve votre article très intéressant. Il ma rappelle que je n'ai toujours pas réussi à trouver une réponse claire à mes interrogations dans ce domaine.
    Je suis enseignante en maternelle, dans un quartier plutôt favorisé, et nous recevons dans notre école une petite fille obèse. Quand elle ne marchait pas encore, à la fête de l'école, j'ai vu sa maman aller recharger 3 fois son biberon en soda à la buvette. Elle était déjà en sur-poids avant 18 mois, à vue d'œil. Aurais-je dû manifester mon étonnement à ce moment-là? Cela aurait-il pu éviter à cette petite fille de ne pas pouvoir mettre ces chaussures toute seule car elle n'atteint pas ses pieds, d'avoir les fesses à l'air au sepctacle de fin d'année à cause de son pantalon trop étroit, d'attirer aujourd'hui malgré elle tous les regards apitoyés du quartier?
    Je ne généralise pas ce cas à tous les cas d'obésité, mais dans ce cas précis, il m'est difficile de ne pas être furieuse après la mère.
  2. Stephanie Cote 1 septembre 2010 à 00 h 34 min
    K-Lypso, votre témoignage est touchant. Ne vous sentez pas coupable. Il est difficile et extrêmement délicat d'approcher un parent en lui disant qu'on remet en question la façon dont il s'occupe de son enfant. Est-ce que le sort de cet enfant aurait été différent si vous aviez parlé à sa mère? Personne ne le sait. Et on ne sait pas non plus si une autre personne, ou même le médecin de la petite, a soulevé le problème au tout début, sans que ça ne change les habitudes de sa mère.
    Aussi, même s'il vaut mieux agir tôt, il n'est jamais trop tard pour bien faire. La famille de cette jeune fille gagnerait sans doute à rencontrer une nutritionniste pour apprendre à modifier progressivement ses habitudes. Si le sujet se prête un de ces jours, glissez-en un mot à la maman...
  3. Sonia 1 septembre 2010 à 12 h 38 min
    Vous avez raison. il est difficile de parler aux parents et de leur dire que leur conduite n'est pas correct. Malheureusement, ceux qui paient la note ce sont les enfants. Je crois que pour accepter la critique, ça prend beaucoup de maturité et j,espère que je le serai suffisamment si on me dit qu'il y a un problème avec mon fils de 15 mois. Je ne veux pas qu'il soit à l'avance sur les autres. je veux juste qu'il soit dans la moyenne et surtout heureux.

    Pour la nourriture, je suis d'avis qu'il faut permettre à tous quelques éccarts de conduite à l'occasion mais il faut superviser et lui faire manger des choses différentes et nutritives à tous les repas même si il y en a des moins nutritives. Je suis certaine que ça évite qu'il se lance dans la malbouffe lorsqu'il est ailleurs. Mon fils mange vraiment de tout mais parfois des chips et des frites qu'il adore mais il mange aussi de bons légumes avec et je le limite, ça c'est ma job.

    Trois fois de soda à un enfant, c'est trop. Une fois de soda et de l'eau par la suite aurait été plus acceptable.
  4. Stephanie Cote 2 septembre 2010 à 18 h 53 min
    C'est vrai Sonia, tous les aliments peuvent avoir une place dans une alimentation saine et équilibrée. Le rôle des parents est d'offrir une grande majorité d'aliments nutritifs, tout en essayant d'instaurer un climat agréable autour des repas.
  5. SoniaG 2 septembre 2010 à 21 h 26 min
    Donner du soda (liqueur) à un enfant qui ne marche même pas encore, dans son biberon, hé bien je dois être mal faite mais je ne crois pas du tout que c'est une bonne idée.
    Je ne suis pas en faveur du terrorisme alimentaire, mais il y a quand même des limites...
    Cela dit, je ne crois pas que j'aurais eu le courage (le culot?) d'en parler à la maman... C'est délicat ces choses-là... En tout cas ça doit être amené avec beaucoup de doigté...
  6. Stephanie Cote 3 septembre 2010 à 01 h 22 min
    Sonia, vous n'êtes pas du tout "mal faite"! C'est évident que la boisson gazeuse n'a pas sa place dans l'alimentation d'un bébé. Même d'un jeune enfant, à mon avis. J'ai omis de préciser que tous les aliments ont leur place (certains, une toute petite)... à un âge où l'enfant sait au moins marcher, manger tout seul, parler et compter jusqu'à 20!
    Merci d'en avoir fait la remarque.
  7. Danny Raymond 3 septembre 2010 à 02 h 09 min
    Je pense qu'on accuse actuellement un peu tout le monde dans cette dérape alimentaire générale!

    Bien s'alimenter demande un minimum d'effort pour trouver les bons ingrédients, surtout adopter les bonnes habitudes alimentaires.

    Et à K-Lypso, qui sait si la mère ne vous aurait pas répondu de vous mêler de vos affaires! De nos jours (j'ai pourtant 36 ans), les maîtres d'école paient fort le désengagement parental...

  8. Aude 6 septembre 2010 à 14 h 50 min
    N'oublions pas non plus l'effet du manque de sommeil sur l'obésité.
    Il serait nécessaire de développer au plus vite cette information
  9. Stephanie Cote 6 septembre 2010 à 17 h 41 min
    Tout à fait vrai Aude. J'en ferai un billet prochainement. Merci pour la suggestion.
  10. Sonia 7 septembre 2010 à 13 h 29 min
    Vous avez raison. Mon fils a 15 mois, je ne lui pas de boissons gazeuses, ni de jus. je trouve qu'à cet âge du lait et de l'eau c'est suffisant. Mais si un parent donne un peu de jus à son enfant du même âge, je n'ai pas à le condamner sans savoir si c,est une habitude ou si c'est fréquent. Donc, il est effectivemnet délicat de donner notre avis à un parent qu'on ne connaît pas car on ignore si c'est réellement une mauvaise alimentation ou simplement une petite récompense occasionnelle.
  11. dauphins20 7 septembre 2010 à 15 h 06 min
    Cet semaine, j'ai écris à la blague sur on facebook:
    Ce soir on se gâte: pizza! vous me trouvez mère indiqne? Ben non c'est une pizza végétarienne :)

    C'est fou les commentaires que j'ai eu! Ma fille à 16 mois et beaucoup de maman me disait de ne pas m'en faire qu'elle pouvait mangé de la vraie pizza( lire ici garnie avec pepperoni) et ca m'a un peu *scandalisé*. Ici, ma fille ne mange aucune friture ( je fais même mes frites maison avec des vraies patates et un peu d'huile d'olive cuite au four) elle ne mange pas de croquette ou autres ( sauf du poulet parmigiana fait avec une chapelure maison) ne mange pas de charcuterie.. et je me fais dire que je suis trop stricte..

    Nos repas sont très équilibré et je trouve cela extrêmement important de lui donner un excellent début dans la nourriture. J'ai comme mentalité que les goûts ca se développe. Donc, en suivant ma logique, si je l'habitue à mangé des bons légumes frais, des aliments non transformé, elle aurait comme acquis et comme goût ses notions de bases. Par conter au déjeuné, je donne 4 onces de jus pur. De vrai jus. C'est une 1/2 portion de fruits de plus et ma fille adore! Mais le reste de la journée elle boit de l'eau

    Elle a en masse le temps de mangé de la Junk-food.

    Est-ce que vous vous êtes déjà attardés ( probablement ;) ) à regardé les menus pour enfants dans les restaurants! C'est scandaleux. Croquette de poulet, poutine, pogos, kraft dinner ( oui oui chez Mikes, ils offrent du Kraft dinner!) Même dans un restaurant de Québec ( pour ceux qui connaissent: La biftèque) qui est un restaurant qui est affilié avec une boucherie.. on n'offre même pas une petite portion de filet mignon avec légumes. Je dois commandé un plat de légume à part et lui donné une partie de ma viande... IL y a des mentalités à changé... c'est profondément ancrés dans la société la malbouffe...
  12. Tanya 10 septembre 2010 à 14 h 11 min
    Quoique je ne suis pas du tout une spécialiste, j'ai l'impression que le problème d'obesité de notre société vient du fait que la malbouffe est devenue disponible très rapidement, plus que les informations sur la tenur nutritive et les effets des aliments sur la santé. Nous avons donc aujourd'hui une société qui a été élevée dans la malbouffe, sans en connaître réellement les effest néfastes, et ces gens, soit par inconscience ou par négligence, transmettent ces mauvaises habitudes à leur progéniture. De plus, ces entreprises multimiliardaires dépensent des quantités époustouflantes de leurs revenus dans la publicité (qui joue souvent pendant les heures d'écoute des jeunes enfants, d'ailleurs!).
  13. Stephanie Cote 13 septembre 2010 à 01 h 28 min
    Vous avez raison "dauphins20" et Tanya, c'est en grande partie une affaire et un enjeu de société. Le problème de l'obésité est multifactoriel et les solutions doivent rejoindre toutes les causes impliquées...

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