La paresse: un art à enseigner!

La paresse: un art à enseigner!
Par , Omnipraticienne
25 juin 2010

Il fait enfin soleil, c’est la coupe mondiale de soccer ET le Festival de jazz, ma liste de patients reste toujours aussi longue et ma rédactrice s’arrache les cheveux parce que ma chronique est encore en retard!

Heureusement, en tant que maman, et comme la plupart des « super » parents, je développe mon sens du « multitâche ». Donc, entre 2 patients et pendant ce qui devrait être 5 minutes de liberté, j’en profite pour rédiger cette chronique, rattraper quelques dossiers, imprimer la programmation du Festival de jazz, allonger mes jambes sur le bord de la fenêtre pour parfaire mon bronzage, allumer la radio pour connaître le score... et tout ça en mangeant mon sandwich multigrain bio.

La vie est courte, je vous l’accorde. Nos voulons tout, tout le temps, tout de suite... et pareil pour Fiston. Je l’ai inscrit au meilleur camp de vacances, entre des cours de natation et le tournoi de soccer. J’ai déniché une gardienne anglophone pour l’initier au bilinguisme et acheté un cahier d’exercices pour peaufiner son alphabet. Et en musique de fond à la maison, c’est toujours du Mozart: il paraît que ça multiplie les neurones. Voilà. Fiston ne s’ennuiera pas : son été sera super.

Vraiment?

Les études affluent sur le manque de sommeil et le stress chez les enfants. Je suis très souvent confrontée à de petits patients qui somatisent : « z’ai mal au ventre » ou « ma tête me fait mal »... En fin de compte, l’examen médical ne révèle rien, et on conclut à l’expression d’un stress. À 3 ans. On en fera des adultes angoissés, perfectionnistes, incapables de création ni d’un moment de solitude.

Il s’avère que l’art de ne rien faire, le farniente, la paresse est aussi nécessaire que n’importe quelle acquisition du développement, comme le langage ou la motricité fine. Des périodes de vide total. De temps non structuré. Aucune obligation de performance, de mémorisation, de compréhension. Rien. L’autostimulation.

Je ne me rappelle même plus la dernière fois que j’ai parlé au téléphone en portant une attention complète à mon interlocuteur. J’en profite pour nettoyer le comptoir, ouvrir le courrier, ranger des vêtements. Quand est-ce que j’ai écouté une nouvelle musique, assise dans un fauteuil, les yeux fermés? Non, j’en profite pour congeler le souper, arroser mes plantes, repasser...

Je n’ai pas envie de transmettre ce pathétisme à Fiston.

Enseignons à nos enfants à prendre conscience de leur corps, de leur environnement, de leur respiration. Faire une chose à la fois, tranquillement, avec satisfaction et sérénité. N’est-ce pas le principe même du yoga, de la méditation, de la prière, de toutes les philosophies du bien-être? 

L’été de nos enfants sera beau et comblé par leurs propres initiatives. Une activité par-ci, par-là reste évidemment un grand plaisir. Mais assurons-nous qu’il n’y ait pas trop de routine, qu’il y ait de la place pour les siestes, le jeu libre et l’imagination.

Ils auront toute leur vie pour prouver ce qu’ils valent dans l’étrange mécanisme de notre société. D’ici là, laissons-les être ce qu’ils sont, à leur rythme.

Bon, mon bronzage semble un peu plus uni et ma chronique est terminée. Ma secrétaire m’appelle encore, les patients s’impatientent... Je savoure un dernier rayon de soleil en fermant les yeux, sur un air de Miles Davis... Le cahier d’exercices d’alphabet et le tournoi de soccer sont sûrement facultatifs après tout...

Dre Taz, Omnipraticienne
Je sais combien la santé est un sujet qui nous préoccupe tous... Inspirés par ma pratique d'omnipraticienne, mes textes sont d'abord ceux d'un parent comme vous!
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Commentaires (5)

  1. Marie-Noël 9 juillet 2010 à 01 h 25 min
    Bonjour Tasnime,
    Merci pour cette belle chronique. Je me sens exactement de la même façon: rentabiliser le temps par le multitâches. Par contre, après coup, je me sens moi-même ridicule de la cohue dans laquelle je me mets. Et je recommence!
    Vive les vacances en famille, pendant lesquelles on donne du répit aux enfants et aux parents.
    MN
  2. Yolande 13 juillet 2010 à 15 h 30 min
    Wow,

    J'espère que cette chronique sera lue et surtout comprise par le plus grand nombre de personnes...Je suggère que vous l'envoyez à des revues spécialisés pour les parents et les éducateurs...en écrivant en titre principal: Êtes-vous tannés d'être des victimes du stress?

    Je travaille auprès des enfants d'âge préscolaire et j'avoue que ce sont mes plus grands professeurs en ce qui concerne le fait de savourer et de profiter de l'ici et maintenant. Je garde, cependant, plusieurs activités éducatives et amusantes dans mes bagages pour combler les périodes d'ennuis. J'aime mieux en avoir plus que pas assez en cas d'imprévu. Comme je fais pour mes provisions alimentaires. Je sais que je n'utiliserai pas toutes ces activités, parce que je priorise les jeux libres, les choix et l'humeur générale des enfants, mais ça me rassure d'avoir ces plans b-c-d...qui m'ont souvent permis d'éviter le chaos total.

    Après tout l'adulte demeure le leader et l'exemple...Cependant, ce ne sont pas pour ces raisons que j'agis ainsi. La raison principale est beaucoup plus égoïste: Je veux passer du temps de qualité avec les enfants qui me sont confiés ou bien avec ma propre famille.

    Je suis tout à fait d'accord avec vous, qu'il est important de développer la paresse et je rajouterais qu'il est tout aussi important de développer l'égoïsme. Dans notre société la religion à été jetée, pour toutes sortes de raisons avec l'eau du bain. Cependant, il y avait du bon dans les enseignements, tel que ce texte qui vient de je ne sais plus où: «Charité bien ordonnée commence par soi" Je crois que c'est la meilleure façon de rayonner...

    Merci encore pour cette chronique très inspirante!
  3. Tasnime Akbaraly 14 juillet 2010 à 04 h 26 min
    Merci Yolande et Marie-Noelle!
    Tentons, cet été, de donner le bon exemple et faire une chose à la fois!
  4. katkat 14 juillet 2010 à 19 h 58 min
    Je termine un congé de maternité de 2 ans...Retour au travail prévu dans 1 mois...Je suis toujours en train de me dire: ah ! J'aurais dû faire ça pendant mon congé, j'aurais dû régler ces trucs-là, faire le ménage là-dedans, etc...et là, je me dis...ben o.k, il reste un mois, j'ai le temps...Mais dans le fond, pendant ces deux ans où j'ai fait des siestes en même temps que les enfants, où je les ai regardé grandir, où j'ai pris le temps de vivre, je n'ai jamais été si heureuse...Alors il faut que j'en profite et que je garde ces bonnes habitudes ,malgré le retour au travail ! Tant pis s'il ya de la poussière chez moi et si les vêtements ne sont pas pliés !
  5. Tasnime Akbaraly 20 juillet 2010 à 04 h 50 min
    Bonjour Katkat!

    Je viens de tomber sur un proverbe anglais, dont je ne connais malheureusement pas l'auteur et qui dit en gros (traduction libre): "les femmes ennuyantes ont des maisons immaculées". Alors vive les vêtements froissés et les moutons de poussière sous les sofas!!!

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