Vous passez plus de temps en famille que vous ne le croyez

Vous passez plus de temps en famille que vous ne le croyez
12 avril 2010

Qu’on arrête de se culpabiliser, car c’est démontré : les parents nord-américains n’ont jamais passé autant de temps avec leurs enfants.

L’enquête, conduite par deux économistes de l’Université de California, a analysé une douzaine d’études sur la façon dont les Américains utilisaient leur temps, de 1965 à 2007. Des résultats qui devraient être similaires (voire supérieurs) au Québec, grâce à nos exceptionnels congés parentaux.

Quelques chiffres?

Avant 1995, les mères américaines consacraient en moyenne 12 h par semaine aux besoins de leurs enfants. En 2007, ce chiffre passait à 21,2 h par semaine chez les diplômées (niveau collégial) et 15,9 h pour celles moins diplômées.

Les pères? Les plus diplômés consacraient 4,5 h avant 1995, puis 9,6 h en 2007; tandis que les autres passent de 3,7 h à 6,8 h.

Le point fort de l’étude, c’est qu’elle a comptabilisé uniquement le « vrai » temps d’interaction. Elle n’a pas compté le temps « passé ensemble », c’est-à-dire dans la même pièce, mais chacun à ses activités. Elle a relevé le temps directement investi dans les soins de l’enfant. « Celui passé à les amener à l’école, à les aider pendant les devoirs, à jouer avec eux dans la cour, etc. », précise Erik Hurst au New York Times.

Comment cela se fait-il, puisqu’il y avait plus de mamans à la maison au foyer, avant?

Les mères d’aujourd’hui passent moins de temps à la cuisine et à faire le ménage, comparé à avant. Les pères passent moins de temps au bureau. Et les parents consacrent aussi plus de temps ensemble avec les enfants : on fait des virées familiales en vélo, on va au parc tous ensemble, etc. Avant, on était plus seul à seul avec l’enfant.

C’est cool! Mais je suis tentée de me faire un peu l’avocat du diable...

Ce temps supplémentaire avec l’enfant, est-il composé d’heures passées ensemble à regarder la télé, ou d’heures à faire un bricolage ou un jeu de société? Est-ce qu’on les aide à faire les devoirs, ou on les fait à leur place?

Je sais que beaucoup s’interrogent sur la tendance à se « surinvestir » avec ses enfants. Notre manie à devenir des parents copains, sous peine de culpabilisation majeure.

Mais quelles sortes d’adultes va-t-on éduquer? Ces enfants auront-ils autant d’indépendance et d’autonomie que ceux qui ont appris à construire leurs jeux tout seuls, avec leurs petits voisins ou leurs copains imaginaires?

Je l’avoue, je n’ai pas vraiment de souvenir de longs jeux interactifs avec mes parents. Aucun souvenir d’avoir joué au Monopoly par terre avec mon père, ni ma mère. Ai-je été malheureuse pour autant? Non.

En fait, les souvenirs les plus forts de mon enfance, ce sont tous ces jeux que je me suis construits avec mes copines et copains. Ce sont mes heures de liberté à faire de la planche à roulettes ou des cabanes dehors. Ce sont aussi les choses que l’on m’a montrées (cuisine, jardinage) puis qu’on m’a laissée faire toute seule.

Dans une étude intitulée « Ask the children » (Harper, 2000), on a demandé à plus de 1 000 enfants quel était leur principal voeu, concernant leur relation avec leur parent. Ont-ils demandé d’avoir plus de temps en famille, comme le croyaient tous les parents? Non! La majorité souhaite que leurs parents soient moins fatigués et moins stressés.

Bref, ce n’est pas la quantité qui compte, mais bien la qualité. On le sait tous.

D’ailleurs, heureusement que c’est ainsi! Parce que lorsqu’on compte vraiment le temps qu’il nous reste dans une journée, ça ne fait pas beaucoup. Partez des 24 h d’une journée, puis retranchez votre besoin de sommeil, votre travail, puis le temps minimal pour la cuisine et les courses. Puis voyez le temps qu’il reste pour jouer avec les enfants...

Il reste 20 minutes? Ne nous décourageons pas! Mais décidons plutôt que ce seront 15 minutes de bonheur inaltérable, consacrées à dire à notre enfant combien on l’aime, à parler de ce qu’il aime, et à jouer…

Je sais, ça fait un peu Mélodie du bonheur. Mais c’est un objectif louable et réalisable, non?

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (2)

  1. Sonia 13 avril 2010 à 14 h 43 min

    Votre texte m'a fait du bien. J'ai toujours l'impression que je ne joue pas assez avec mon fils de 10 mois. Je dois avouer que passer mes journées assis par terre avec lui ne me tente pas et je me sens parfois coupable. Pourtant je sais que j'interragis énormément avec lui. À tous les changements de couches, J'en profites pour lui parler et jouer et il trouve cela drôle, lorsqu'il mange également, lorsqu'il prend son bain et même en poussette, je lui parle et lui fait des grimaces etc..(parfois les gens doivent même penser que je suis folle mais il rit et ça me rend heureuse.) De plus, régulièrement dans la journée, je m'assois par terre et fais des tours de blocs et je lui lis des histoires. Il adore les livres. Je remarque aussi qu'il s'amuse beaucoup seul. Il prend ses livres, regarde les images et jase, je ne sais pas ce qu'il dit mais parfois j'ai l'impression de lui laisser déveloper son imagination.


    Vous avez raison, nos parents n'ont pas passer leur temps assis par terre avec nous et je n'ai pas l'impression d'avoir été brimée au contraire j'ai eu une enfance heureuse et amusante.


    Merci

  2. Marie Charbonniaud 14 avril 2010 à 01 h 20 min
    Merci à vous Sonia! Je me reconnais beaucoup dans ce que vous dites, avec ma fille de 11 mois. Il y a toujours une occasion de culpabiliser, mais il ne le faut pas! On les aime tellement.

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