Expliquer le surpoids et la minceur: tout un défi!

Expliquer le surpoids et la minceur: tout un défi!
22 mars 2010

Rendue publique en octobre dernier par la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée poursuit son petit bonhomme de chemin. Je l’ai moi-même reçue cette semaine.

Beaucoup de monde a participé à la rédaction de ses 7 petits articles : gens de la mode, de la publicité, des médias et du gouvernement. Bonne nouvelle : il semblerait que les signataires se multiplient à grands pas.

Grosso modo, on y réaffirme qu’il y a toutes sortes de formes corporelles dans notre monde, mais que le marketing et les magazines continuent pourtant de nous assommer, décennie après décennie, de modèles de minceur.

Cela aurait un impact majeur sur l’estime de soi (des femmes bien sûr, mais aussi des hommes), en plus d’avoir une influence négative sur la santé.

Leur site donne des chiffres éloquents :

  • 34 % des adolescents et plus de 40 % des adolescentes de niveau secondaire sont insatisfaits de leur image corporelle et affirment vouloir modifier leur apparence;
  • 56 % des femmes ayant un poids santé selon leur indice de masse corporelle veulent perdre du poids;
  • au moins 10 % des Québécoises âgées de 13 à 30 ans souffrent d’un trouble de l’alimentation important...

Les signataires souhaitent donc « promouvoir une diversité d’images corporelles comprenant des tailles, des proportions et des âges variés; minimiser les risques d’anorexie nerveuse, de boulimie et de préoccupation malsaine à l’égard du poids; encourager de saines habitudes autour de l’alimentation et de la régulation du poids corporel ». Voilà 3 des 7 principes, pour vous donner un aperçu. 

Je suis d’accord avec tout ça. Mais j’ose poser une question : vais-je m’interdire de dire à ma fille« Ne mange pas trop de gras et de sucre », sous prétexte qu’elle n’a que 5 ans et qu’elle risque de développer une attitude critique à l’égard du poids, voire à l’égard des personnes en surpoids?

Évidemment non. Il ne faut pas que ce discours empêche, à l’inverse, d’éduquer nos enfants à l’alimentation saine. Mais j’avoue qu’en pratique, la conduite à tenir est très délicate.

Je me souviens encore d’une conversation récente :

Moi : - Ma chérie, il faut être raisonnable avec les desserts. C’est beaucoup de gras et de sucre, en général, les desserts.

Elle : - Mais pourquoi c’est pas bon, le sucre et le gras? Moi, j’aime ça!

Moi : - Ta bouche aime ça, mais ton petit corps, lui, n’aime pas ça. Il préfère les fruits, les céréales et les légumes, par exemple. Et si tu lui donnes trop de gras et de sucre, il n’aura pas le temps d’utiliser le tout pour sa petite machine... et va se mettre à grossir pour le stocker. (J’avoue, j’ai simplifié).

Une amie, avec sa propre fille, a utilisé des macaronis pour expliquer tout ça.

« Je lui ai expliqué que nos artères étaient comme des petits macaronis et que lorsqu’on prenait trop de beurre ou de margarine, ça bouchait le petit tuyau. Tout ça, avec l’exemple technique du beurre que je mettais dans un macaroni... Disons que la démonstration a été éloquente! », m’a-t-elle dit l’autre jour, quand je lui faisais part de ce sujet délicat à aborder.

Je ne crois pas que nos filles développeront un désordre alimentaire parce qu’on leur a expliqué cela.

Pourquoi? Parce qu’on prêche une saine alimentation pour des considérations de santé, plutôt que pour des considérations esthétiques.

Comme je l’ai dis à ma fille, quand on mange trop de gras et de sucre, on a plus de risques de souffrir de maladies et de mourir un peu plus tôt. C’est un peu réducteur, mais ce sont des arguments qu’elle comprend très bien, même du haut de ses 5 ans. 

Jamais, par contre, je n’ai utilisé la beauté dans mes arguments.

Cette nuance dans l’argumentation fait toute la différence, je crois. En plus, ça rend le sujet plus facile à aborder.

Et vous, vous réagissez comment?

P.-S. : Un bon petit livre pour trouver les mots justes : Ma fille se trouve ronde - Comment l’aider, par le Dr Cassuto et S. Guillou (Albin Michel, 2005).

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (4)

  1. mélissa 22 mars 2010 à 19 h 22 min
    Ouf, c'est un sujet très délicat chez moi puisque je vis moi-même des complexes et des troubles alimentaires (heureusement contrôlés aujourd'hui.) Ma fille a 7 ans, elle est très consciente du modèle de beauté ultra-mince. Elle ne se trouve pas grosse (Dieu merci!) et elle ne l'est pas. Par contre, mes années de régimes drastiques ont fait leurs petites traces dans son cerveau. Disons qu'elle connait bien plus de choses la dessus qu'elle ne le devrait! J'ai toujours été transparente avec elle, je lui ai expliqué ce que je vivais et l'importance d'être bien dans sa peau et de s'accepter telle qu'on est. Ma fille est belle, épanouie et très a l'aise avec son image. J'en suis fière! Mais je l'ai à l'oeuil!
  2. Marie Charbonniaud 24 mars 2010 à 17 h 38 min
    Merci Mélissa! J'aimerais bien savoir si, en groupe ou en famille, vous vous permettez des remarques sur le sucre (par exemple à un anniversaire avec plein de croustilles et de chocolat), mais surtout comment les autres réagissent ;-) Car je pense que c'est surtout la réaction des autres qui est problématique, en nous faisant presque culpabiliser de parler de ces choses!
  3. michele p 25 mars 2010 à 18 h 48 min
    Lors de la création de la " Nouvelle Cuisine" ,il y a plus de 30 ans deux objectifs se profilaient : redonner la vedette aux légumes et alléger les recettes tout en restant savoureuses! les nouveaux chefs jouèrent gagnant ! pourtant ,, peu de livres de cuisine nous dévoilèrent leurs secrets mais continuèrent à nous donner des recettes de desserts succulents mais ou les sucres et,graisses animales sont toujours en quantité redoutables ... Et modifier ces recettes fait figure alors de régime et privation! .....
    pourtant ,si nous voulons aimer moins gras et moins sucré et donc changer notre comportement alimentaire il faut que les livres de recettes prennent un grand tournant ; car on peut remplacer ces sucres et ces graisses facilement !
    et ... limiter voire supprimer les sodas ,cocas pates à tartiner ,viennoiseries ,,,
    et trouver - cela existe des produits de remplacement ;
    le plus difficile en effet est ,pour nos enfants la bataille quotidienne avec le monde extérieur,,,: ne pas faire comme les autres .... et tenir le coup


  4. mélissa 26 mars 2010 à 15 h 47 min
    En fait, ma devise (mon idéal mais c'Est pas toujours facile) est de ne pas porter de commentaires sur la nourriture que mes enfants absorbent ou n'absorbe pas. Évidemment qu'à la maison je fixe des limites (après 2 biscuits exemple, je vais dire à ma fille : es-tu certaine d'avoir encore faim pour un 3ième car moi je trouve que c'est bien sufisant. si tu as encore faim prends un fruit ou un yogourt...)
    En groupe,lors des fêtes, j'évite les «tout est permis, c'est la fête! C'est le temps mangez-en car rendu à la maison c'Est finit!» CATASTOPHE! Je pense que sa relie la nourriture à une émotion ou à un contexte (chips et bonbons c'est pour la fête c'est le fun, fruits et légumes c'Est pour le plate.) Dans ma tête, c'est encore programmé ainsi : il ya des aliments nécessaires pour le régime que je ne mangerai qu'en situation de privation (thon, poulet blanc, salade, mayo légère, lait écrèmé) et d'autres pour les moments ou je ne suis pas au régime (tous les autres!) Je travaille fort et je commence à apprécier les aliments pour leur goût plutôt que pour leur calories. J'ai compris bien des choses sur mes troubles alimentaires et je tente d'aider mes enfants le mieux possible...Désolé pour la longueur du message...
    Mélissa

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