Remboursement des traitements de fertilité: pour ou contre?

Remboursement des traitements de fertilité: pour ou contre?
15 mars 2010

Vous souvenez-vous? Lors de la dernière campagne électorale québécoise, en matière de santé, le remboursement des traitements de fertilité était au programme. 

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, évaluait le coût de  10 000 $ à 15 000 $, et promettait de rembourser jusqu’à un maximum de 3 essais.

Le Québec s’alignerait ainsi sur la France et plusieurs autres pays, qui remboursent ces traitements puisqu’ils considèrent l’infertilité comme une maladie.

En effet, comment peut-on être contre la guérison?

La Commission de l’éthique, de la science et de la technologie (dont le mandat est de favoriser un débat public éclairé sur ces questions) ne semble pas du même avis.

Dans un rapport remis en décembre dernier, elle estime que le « droit à l’enfant » n’existe pas et qu’il faut distinguer le désir d’avoir un enfant et le droit d’en avoir un. Elle affirme que l’État n’est pas tenu d’accéder à toutes les demandes des citoyens en matière de procréation assistée et que l’adoption doit constituer la solution pour les couples infertiles.

Malgré cela, le Ministère a décidé d’aller de l’avant dans sa promesse. Il a demandé aux centres hospitaliers universitaires quels étaient leurs besoins en équipement et en main d’oeuvre, pour y voir plus clair.

C’est là que la Commission de l’éthique a réitéré son avis et a sorti quelques chiffres. Elle rappelle que, dans un contexte où les ressources de santé se font rares (débordement des urgences, etc.), où la santé monopolise 44,8 % du budget total du Québec, il n’est peut-être pas pertinent d’augmenter la pression budgétaire sur ce Ministère, pour quelque chose qui relève plus d’un désir que d’un droit. 

Le ministre avait estimé, en effet, que le nombre de fécondations in vitro passerait d’environ 2 000 à 10 000 d’ici 5 ans!

Je vous le dis tout de suite : je n’ai pas vraiment d’avis sur la question. Je suis d’autant plus prudente que j’ai écrit un livre sur le sujet, destiné aux parents, et que ma propre soeur a subi plusieurs traitements. 

Mais j’avoue que l’argumentation de la Commission vient me chercher. À l’heure où le système de santé coûte si cher, où les besoins de base peinent à être offerts (un médecin de famille notamment), le remboursement de ces traitements est-il une priorité? Avoir un enfant : désir ou droit?

J’aimerais bien avoir votre avis là-dessus. Pas facile, hein?

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (17)

  1. Geneviève F. 15 mars 2010 à 12 h 32 min
    Bonjour Marie,

    Étant moi-même maman de 5 enfants et ne pouvant pas du tout imaginer ma vie sans la vie qui règne chez moi, sans ces grossesses où j'ai senti la vie pousser en moi, je suis sans équivoque dans le camp de ceux pour qui enfanter est un droit. Je pense que si le gouvernement peut assumer les frais reliés aux trop nombreux avortements qui ont lieu annuellement, il peut(et même doit) assumer les frais reliés à l'infertilité. Je suis convaincue qu'il y a de nombreux moyens (comme un ticket modérateur, par exemple) qui pourraient aider le gouvernement à réduire autrement les dépenses liées à la santé et à mieux gérer son budget. De plus, on ne cesse de nous rabacher les oreilles à propos du faible taux de natalité chez les québécoises! N'est-ce pas là un moyen de nous prouver que ce faible taux préoccupe réellement nos dirigeants?
  2. Mila 15 mars 2010 à 13 h 16 min
    J'avais entendu un reportage sur la question il y a quelques années. Ils disaient que lorsque une fécondation in vitro se fait dans le privé, les médecins n'hésitent pas à implanter de nombreux embryons ce qui donne souvent lieu a des grossesse multiple. Ces grossesse sont ensuite prises en charge par le secteur public et coûtent cher (suivi particulier et prise en charge des enfants nés prématurément).

    Des médecins pensent qu'il serait beaucoup moins coûteux que le secteur public rembourse les fécondations in vitro en autorisant l'implantation d'un ou deux embryons seulement à la fois, que de supporter le surcoût de toutes les grossesse multiples que l'on a aujourd'hui...
  3. Madame 16 mars 2010 à 00 h 03 min
    Je pense qu'en tant que femmes qui ont pu tomber enceinte de façon naturelle, c'est complètement insensé de juger si oui ou non il est pertinent de financer la fécondation.

    Un minimum d'empathie me permet de me douter que si mon rêve le plus cher était de sentir la vie en moi (ce que l'adoption ne me donnera jamais) et que je ne le pouvais pas pour une question de sous, de lire un texte qui ne fasse que soulever une possible objection face à cette excellente nouvelle me mettrait dans tous mes états, encore plus si cette objection venait d'une mère qui n'a pas eu de problèmes de fertilité.

    Honnêtement, la question se poserait toujours si vous n'aviez pas réussi à tomber enceinte?

    Il y a bien des domaines dans la santé où c'est possible de couper, mais je ne crois pas que de refuser l'accès à la maternité soit nécessairement une bonne idée...
  4. Gen 16 mars 2010 à 01 h 41 min
    Pour avoir moi-même vécu des problèmes de fertilité, je suis bien placée pour savoir toute la peine (et la colère) que ça peut générer. La cause est louable certes, mais il y en a beaucoup d'autres tout aussi louable que l'état ne défraie pas... (peut-être parce que des grosses vedettes ne s'en sont pas mêlées!).
    Malheureusement, l'état ne peut pas payer pour tout et nous devons, comme société, faire des choix. Préférons-nous payer pour des traitements de fertilité ou payer pour d'autres types de traitements médicaux? La question se pose et aurait, à tout le moins, justifier un débat public...
  5. Andrée-Anne M. (via Facebook) 16 mars 2010 à 02 h 14 min
    Pour!!! Pour ma part j'en ai jamais eu de besoin, mais je suis pour à 100%!!!
  6. Anonyme 16 mars 2010 à 05 h 40 min

    Pour!!!

  7. Cyndie 17 mars 2010 à 14 h 17 min
    Une cousine a déjà essayé et a payé de sa poche deux essais, mais maintenant elle n'en a plus les moyens et elle espère bien cette gratuité pour avoir son premier enfant. Je suis présentement mère d'un fils, et mon désir de retomber enceinte est presque devenu viscéral, bien qu'au secondaire j'ai toujours dit que je ne voulais pas accoucher. Maintenant, la grossesse est une super belle expérience que j'ai vécu et je ne vois pas pourquoi privée des femmes de la possibilité d'au moins essayé. Et j'aime bien le 3 essais maximum, de cette façon il n'y aura pas d'abus.

    Donc, oui je crois que c'est une bonne initiative du gouvernement, et que si pour une fois il tient une promesse tant mieux.
  8. marie 17 mars 2010 à 14 h 52 min
    Pour avoir moi-même été en fertilité pendant plus de 8 ans, je suis tout à fait d'accord que le gouvernement s'engage à défrayer certains coûts de l'infertilité. Pendant ces 8 années de traitements, nous nous sommes endettés comme jamais car tous ces traitements coûtent vraiment très cher ( et je ne me suis même pas rendu à la fécondation in vitro ). Cependant, le gouvernement aurait dû penser aux gens, comme moi, qui n'ont pas eu recours au FIV, mais à d'autres traitements de fertilité puisque ce n'est pas tous les couples qui ont les même problèmes et les autres traitments sont tout de même assez dispendieux.
  9. Mélanie 19 mars 2010 à 01 h 14 min
    Je suis POUR!
    J'ai moi même eu recours à la FIV, après 9 ans et 2 traitements FIV, j'ai finalement connu la joie d'être maman et en double! Ils auront bientôt 8 mois et je suis la plus heureuse! C'est aberrant de voir qu'il n'y a presque pas de soutien pour ceux et celles qui doivent passer par ces traitements. C'est très long et très couteux ces traitements, on peut facilement s'endetter... Pour ma part, j'aurais bien aimé que tout mes coûts soient défrayés mais comme d'habitude, ce projet de remboursement arrive trop tard...En espérant qu'ils tiennent enfin leurs promesses. Ils veulent qu'on fasse des enfants mais ils font pas grand chose pour nos encourager. Moi qui a eu des jumeaux, me faire dire que en avoir 2 c'est comme en avoir 1 et que je n'ai pas de raisons d'avoir plus en prestations familiales ou d'aide, j'ai un peu de misère...

    merci
  10. Christine 19 mars 2010 à 20 h 33 min
    Je suis maman d'un petit garcon qui est arrivé dans ma vie comme une belle surprise car on m'avait annoncé qu'il me serait presque impossible de concevoir un enfant au début de la vingtaine.

    Voilà qu'au moment du deuxième enfant, les mois d'attente s'accumulent et le verdict tombe: syndrome des ovaires polykystique. Ce qui n'est pas nouveau en soi. Mon médecin me parle de quelques médicaments et me réfère pour un traitement en fertilité. Et c'est là que les choses se corsent. Moi qui croyais qu'on irait progressivement, on me parle dès le début de fertilisation in vitro, d'injections et tout le bataclan. Je suis obligée de demander d'autres options pour me faire regarder un peu croche et me faire prescrire (un peu à reculons) un médicament seulement, et pas d'insémination.

    Tout au long de mes traitements, ce qui me dérangeai le plus, c'est le fait qu'on offre jamais d'options, on ne pose jamais de questions, sur ce qui est dans le fond tellement intimement lié à nos valeurs, nos attentes, l'image que nous avons de nous-même en tant que femme. On nous traite souvent comme des "machines à bébés" en mécanisant les rapports de couples et notre corps avec comme objectif ultime la production d'un bébé. Et on accepte le tout, car nous sommes souvent vulnérables et désespérées, prête à accepter des traitements avec des effets inconnus pour nous et pour l'enfant à venir.

    En même temps, je me suis réjouie quand j'ai entendu la nouvelle. Car, même si logiquement je sais que je pourrais me tourner vers l'adoption, il reste que rien ne remplace avoir une vie en nous. Alors je suis d'accord avec cette mesure, surtout que beaucoup d'autres traitements discutables sont déjà remboursés. Mais je souhaite que des traitements de première ligne soient aussi remboursés, le in vitro devrait demeurer le dernier recours. Mais aussi qu'un vrai débat aura lieu sur ces traitements, sur ce qu'ils impliquent pour la vie des patients et des bébés.

    Bien que le désir d'enfant soit souvent criant, il ne faut surtout pas perdre de vue que le but ultime est que de cet enfant soit en santé mais aussi que la mère qui l'ai mis au monde soit aussi en santé pour prendre soin de lui.
  11. Marie Charbonniaud 20 mars 2010 à 01 h 51 min
    Merci pour vos magnifiques commentaires à toutes. Ils sont tous très instructifs!!
  12. Marie-Eve Noël 20 mars 2010 à 11 h 45 min
    Étant moi-même maman de deux enfants, je ne peux pas être totalement contre car je sais que pour celles qui ne peuvent pas être mamans facilement, ça doit être totalement frustrant.Payer aussi cher pour avoir un enfant doit également faire mal au coeur. Sans compter que ce n'est pas tout le monde qui peut se le permettre. Mettre un enfant au monde sans FIV est déjà extrêment cher alors imaginez être déjà endettés par vos traitements??

    Par contre, notre système de santé est déjà mal en point alors si on se met à payer ça en plus imaginez notre situation financière d'ici 5 ans. Sans compter que pour celles qui ne sont pas "admissibles" à la FIV et se tournent vers l'adoption cela devient un peu injuste... non? Il va falloir que le gouvernement se mette à trouver des solutions pour faire rentrer de l'argent aussi...
  13. Anonyme 16 avril 2010 à 17 h 29 min
    Mère d'un enfant que j'ai conçu naturellement et présentement enceinte d'un deuxième enfant conçu par IAD (insémination artificielle avec donneur). Je crois que l'aide financière pour concevoir un enfant est importante. J'ai eu la chance de tomber enceinte lors du troisième essai par contre nombreuses sont celles qui doivent faire beaucoup plus de tentative. Monétairement c'est éprouvant, mais il y a aussi tout le stress que cela engendre. Oui, le gouvernement doit faire des choix... est-ce un bon choix de payer pour des avortements quand certaines femmes l'utilisent comme un moyen de contraception. Droit ou désir d'avoir des enfants ? Bonne question. Certaines femmes ont des enfants, mais n'auraient jamais du en avoir et cela du a une incapacité de s'en occupé. C'est enfant se retrouve avec des services qui sont également payés par l'état.
    L'adoption est une façon interressante d'avoir des enfants, mais il ne te ressemble pas. Tu ne les as pas sentis bouger en toi et il est rare de pouvoir adopter un enfant encore bébé.
    Réflexion ...
  14. Anonymous 25 mai 2010 à 21 h 18 min
    Pendant 3 ans nous avons essayé d'avoir un enfant naturellement. Nous avons construit notre maison avec des chanbres pour toute notre famille... Après plusieurs mois d'échecs nous en parlons a notre medcin et l'annonce fut que mon conjoint est infertile... La peine et la honte... la tristesse.

    Nous en avons parlé et nous en sommes venu à l'option insémination avec sperme de donneur. Plusieurs mois d'essais qui concistent à 2 jours avec insémination qui coutent 500$ à chaque fois. Comme nous sommes jeunes avec de nouveaux emplois, une maison, une voiture le montant peut sembler petit mais pour nous 1000$ par mois c'est gros et c'est trop. Après 11 mois d'essai voila en moi un petit garcons qui a aujourd'hui 3 ans et pour rien au monde je regretterai cet investissement.

    Lors des traitements, la frustration des échecs, le temps investi (car nous vivons en régions et nous devons prendre congé), le jugement des autres ce rajoutent à ce prix à payer, alors que les gens autours de nous ont la tâche beaucoup plus facile et amusante.

    L'annonce que le gouvernement nous donne la possibilité de donner une petit frère ou une petite soeur à notre garcon... et pour nous les parents nous avons un stress de moins deplus que le prêt que nous avons pris pour les traitements de fertilité pour ma première grossesse sera rembousé en février 2011.

    l'annonce pour moi veut aussi dire : ce n'est plus un tabout, ça arrive, c'est une maladie et non une ANNOMALIE rare et honteuse. J'aespère que les gens recevront cette nouvelle avec fierté et honneur car les résultat donne la plus belle richesse qu'une société peut avoir : DES ENFANTS.

    J'en profite pour remercier les GÉNÉREUX DONNEURS, vous donnez la vie et le bonheur...
  15. Anonymous 13 juillet 2010 à 17 h 58 min
    Je crois que l'adoption devraie être financée et facilisée au Québec. Il est égoiste d'avoir des enfants pour le seul désir de sentir la vie pousser en soi. La nature contrôle la population ainsi meme si cela peut sembler injuste. Toutefois, si le désir vous viens d'avoir des enfants l'adoption devrait être accessible. Nous sommes 7 milliards sur terre pourquoi créer une nouvelle vie quand il est aussi possible d'en sauver une d'une situation précaire. Soyons écologiquement responsables et humainement responsables en encourageant l'adoption pour les couples infertiles qui veulent à tout prix avoir un enfant!
  16. Julie 29 juillet 2010 à 01 h 20 min
    Nous avons eu recours à l'insémination artificielle avec donneur pour notre fille. Après 9 tentatives et plusieurs dollars investis, nous sommes fiers et tellement heureux du résultat! Même si cela a été très éprouvant et difficile pour nos modestes moyens, ce n'est rien et nous sommes décidés à recommencer.
    Cette nouvelle a été une grande joie et un soulagement. Je ne pouvait pas me résoudre à imaginer qu'une contrainte financière pourrait m'empêcher de revivre une grossesse. Enfin, nous sommes reconnus et appuyés dans nos droits légitimes de vouloir fonder une famille.
    Je suis tout de même inquiète après mes quelques recherches de ne pas retrouver réponse à ma question: est-ce que les frais encourus par l'insémination avec sperme d'un donneur anonyme seront couverts?
  17. Karine 27 septembre 2010 à 12 h 43 min
    Toujours évident de dire aux femmes infertiles d'adopter lorsque nous meme n'avons aucun problème d'infertilité! Amplement d'accord sur le fait que plusieurs enfants n'ont aucune famille et ne demandent qu'à etre adoptés... Et L'adoption devrait etre moins couteuse ainsi que l'attente moins longue...

    Par contre, ce n'est pas parce qu'une femme n'est pas pas fertile qu'elle devrait avoir recourt à l'adoption seulement! Des gens irresponsables font des enfants pour obtenir différents crédits d'impot et allocations pour leur bien-etre personnel et non pour celui des enfants... Ne serait-il pas plus intelligent de permettre aux femmes, couples, qui chérissent le reve de fonder une famille? Famille dans laquelle ces enfants serons aimés et appréciés puisque tant désirés?

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