Sexualité: on en parle quand?

Sexualité: on en parle quand?
8 février 2010

Notre vision de la sexualité chez nos tout-petits a quelque chose d’étonnant. Parfois, on les prend pour plus grands qu’ils ne sont, d’autres fois, on sous-estime complètement une partie de leur développement sexuel.

C’est un peu ce que j’ai découvert, récemment, en parlant du sujet avec des spécialistes. Je m’explique…

Prenons par exemple leur incontournable question « Maman, comment on fait les bébés? ». Ont-ils besoin de connaître le parcours précis du spermatozoïde, sa remontée vers les trompes et l’ovaire, puis sa rencontre avec l’ovule? Ou encore, le phénomène de la pénétration et de l’éjaculation?

« Pas du tout! », m’ont répondu en choeur les psys et autres. L’explication du « papa qui dépose sa petite graine dans le ventre de maman », puis des « 2 graines qui se rencontrent pour former un bébé » leur suffit amplement, de 3 ans à 7 ans au moins. Ils ne posent pas la question du « comment » avant 8 ou 9 ans. (Bien sûr, cela dépend des enfants!).

Aussi, comment en dire assez, et ne pas en dire trop? Répondre à leurs questions par des phrases courtes, simples et vraies. Mais AVANT, les sonder un peu sur ce qu’ils connaissent déjà, pour mieux cibler leurs attentes et leur « niveau » de connaissance. (Et toi, qu’est-ce que t’en penses? Tes amis, ils t’ont dit des choses?)

À l’inverse, disais-je, dans d’autres domaines, on occulte un peu leur « maturité » sexuelle.

Prenons la masturbation; sujet qui intéresse et préoccupe hautement les parents.

Savez-vous que les petits garçons s’auto-stimulent dès 8 mois, et les filles dès 10 mois? Bien sûr, il ne faut pas imaginer cela avec notre regard d’adulte, ni même nos arrières pensées.

À cet âge, c’est tout doux et tendre. Il n’y a rien de « planifié ». Tout survient dans le jeu et l’exploration. L’enfant découvre que le lent mouvement de son corps contre une peluche, une chaise ou simplement le frottement de ses cuisses suffit à l’apaiser et lui procure des sensations nouvelles.

Et même quand, plus tard, on le surprend à se toucher, que ce soit devant la télévision ou dans le bain, c’est la plus belle preuve du développement normal de sa sexualité.

Évitons donc absolument les « Enlève tes mains de là », « On fait pas ça », « C’est sale », etc. On lui dit simplement que c’est une chose agréable peut-être, mais intime, à faire dans sa chambre, tout comme on ne va pas aux toilettes devant les autres.

La meilleure attitude : garder une attitude de disponibilité et d’ouverture tout au long de la petite enfance pour parler de cela, au rythme de leur quotidien et de leurs questions. En dire assez, sans en dire trop.

Récemment, un pédiatre de l’Hôpital pour enfant de Boston (Harvard Medical School) a découvert, sans surprise, que les parents américains parlaient de sexualité beaucoup trop tard. Bien souvent, après que leurs ados aient eu leur première expérience sexuelle.

Il a prouvé, au contraire, que parler tôt de sexualité avait des effets protecteurs : lorsqu’enfants et parents parlent de sexualité, les enfants retardent leur première expérience sexuelle, ont moins de partenaires et sont moins enclins à avoir des relations non protégées.

Quand on leur dit, « T’es pas assez grand pour ça », ils se tournent vers les copains d’école. Puis quand ils en seront à l’adolescence, il leur sera inconcevable de parler sexualité avec leurs parents; un moment où c’est précisément vers les parents qu’ils devraient se tourner.

Bref : faisons nous-mêmes notre éducation, avant que d’autres ne s’en chargent… Les situations du quotidien nous offrent tellement d’occasions! Lors des changements de couche, les bains, les rires autour du pipi-caca-prout, des jeux de docteur...

Je suis sûre que vous avez des tas d’anecdotes comiques à ce sujet, non?

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (1)

  1. Geneviève 12 février 2010 à 16 h 52 min
    La mienne, elle me parle de sexe quand je conduis! Elle n'a pourtant pas été conçue dans la voiture ;-)))

    C'est vrai que c'est difficile de savoir jusqu'où aller. Pour m'aider, je lui retourne d'abord la question: "Qu'est-ce que tu en penses toi". Ça m'aide à savoir où elle en est.

    Mais, même si je suis très à l'aise d'en parler, je ne vais pas au devant de ses questions! Je devrais peut-être pourtant...

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