Faire des bébés, pas écolo?

Faire des bébés, pas écolo?
23 novembre 2009

On commençait à l’entendre ici et là, dans des débats d’initiés, mais maintenant, c’est dit officiellement : faire trop de bébés, c’est pas écolo. Mercredi dernier, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a conclu son rapport avec cette idée dérangeante... mais vraie. 

« Chaque naissance entraîne non seulement les émissions imputables à ce nouvel être durant tout le cours de sa vie, mais aussi les émissions produites par tous ses descendants », expliquent les auteurs. Ils rappellent que, si rien n’est fait, la population mondiale passera de 6,7 milliards à 10,5 milliards de personnes en 2050, ce qui aggravera le réchauffement planétaire. Cela serait encore plus vrai dans toutes les puissantes émergentes : Chine, Inde, Amérique du Sud, etc.

Les solutions? Heureusement, ils ne conseillent nulle part dans le rapport une limitation des naissances, comme en Chine. D’ailleurs, si le ton du rapport est si prudent, c’est par peur d’être coincés avec cette solution extrême. Mais l’UNFPA recommande tout de même aux États membres de commencer à réduire le taux de fécondité de leur population. Comment? Par la sensibilisation et la « planification familiale volontaire », en donnant par exemple l’accès gratuit aux contraceptifs.

Ce genre de débat me touche, par sa vérité inéluctable, mais me dérange en même temps.

D’abord, parce que je vois venir les sourires en coin de la part des adultes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfant. Ils vont pouvoir savourer leur petite revanche.

En effet, combien d’entre eux se font poser plusieurs fois par jour la question harcelante : « Mais… pourquoi tu n’as pas d’enfant? » Dès qu’un couple approche la quarantaine et choisit de vivre sans contrainte familiale, cette question les ramène à leur « anormalité » (qui n’en est pas une). Ils sont toujours mis en position de se justifier. Ce qui, à mon avis, est injuste pour eux. La parentalité est un choix trop intime et personnel pour être discuté.

Bref, ces couples-là, devant les familles nombreuses qui autrefois les titillaient, vont enfin pouvoir penser : « Pollueurs ». J’exagère, mais à peine. Et cela me désole d’avance.

Cela me dérange, aussi, parce qu’il me semble qu’il y a bien d’autres mesures économiques, agricoles, industrielles qui pourraient être prises avant d’embêter les parents. Des choses évidentes, comme le fait de réduire l’élevage bovin qui produit près du quart des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Les pets et les rots des vaches! Oui, Mesdames!

Et puis, en tant qu’éternelle optimiste, j’ai toujours l’espoir que ces enfants qu’on met au monde, justement, participent à construire un monde plus vert. Par leurs gestes, leurs idées géniales, ou leurs nouveaux métiers écolos qu’on ne connaît pas encore. Moi, je me contente pour le moment de leur transmettre les bonnes valeurs : réduire, réutiliser, recycler. Parce que je sais qu’ils le transmettront à leurs descendants.

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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