Allaiter en public, un droit?

Allaiter en public, un droit?
26 octobre 2009

C’est l’histoire d’une maman de 3 enfants, Nathalie Gagnon, qui vit à Gatineau.  Au mois de mai dernier, elle va à la piscine municipale avec ses 3 fistons. Entre 2 bains, lorsque son bébé de 10 mois manifeste des signes de faim, elle le met au sein.

C’est alors qu’une sauveteuse s’approche pour lui demander d’allaiter au vestiaire. La mère lui demande si quelqu’un s’est plaint; la jeune fille lui répond que non, mais que c’est la politique de l’endroit. Nathalie lui dit que ce n’est pourtant pas la première fois qu’elle vient, ni qu’elle allaite ainsi; mais la jeune fille lui répète que c’est la politique.

« Je rétorque que, selon la Charte canadienne des droits et libertés, j’ai le droit d’allaiter où et quand bon me semble et que du vestiaire, je ne peux pas surveiller mes deux grands garçons qui se baignent », raconte  la maman sur son blogue. Mais la jeune fille lui répète que le mot d’ordre vient de son supérieur, qui n’est d’ailleurs pas là. Alors, la mère demande son nom pour pouvoir relater l’événement et porter plainte, puis termine d’allaiter bébé.

« Aussi solide que j’aie pu paraître, je vous jure que je n’en menais pas large. Je me suis sentie vulnérable, anxieuse, gênée. Mes grands fistons posaient sur la situation et sur moi un regard interloqué : allaiter leur frère n’était-il pas un geste normal, naturel, quotidien, voire banal? Mon pauvre bébé a dû redoubler d’ardeur et de patience pour obtenir son lait », raconte Nathalie, qui n’avait alors aucune certitude que la superviseure n’irait pas chercher un collègue masculin ou un garde de sécurité pour l’obliger à sortir...

Ce banal événement est allé loin puisque Nathalie Gagnon a obtenu gain de cause après un parcours du combattant exemplaire. Demande d’accès à l’information (pour découvrir que la consigne était probablement verbale et n’avait aucune existence juridique!), plainte à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (avec l’aide de sa cousine avocate), plainte au 311 (service officiel des plaintes publiques à la Ville) et demande d’intervention auprès de l’ombudsman de la Ville.

Finalement, le dossier s’est réglé hors cours, à l’aide d’un médiateur. « Comme je ne souhaitais pas que d’autres femmes allaitantes vivent une telle situation entre temps, je tenais à régler le dossier rapidement », dit la maman.

Et ses efforts ont été magnifiquement récompensés. Outre une lettre d’excuses et une compensation financière de la Ville, la municipalité a envoyé une lettre le 1er octobre à tous ses employés, leur rappelant que les femmes avaient le droit d’allaiter et qu’il n’était pas permis de leur demander de le faire de façon plus discrète.

La note indique même que les mères n’ont pas à se rendre dans les aires d’allaitement si elles ne le souhaitent pas et que les plaintes formulées par d’autres personnes ne sont pas un motif suffisant pour porter atteinte à leur droit.

Enfin, la Ville a mis à jour son site Internet et disposé des signets dans ses présentoirs rappelant que l’allaitement est permis.

« Tout au long de ma démarche, mon but a été qu’on cesse d’importuner les femmes qui choisissent de donner le meilleur aliment qui soit sur terre pour leur enfant. Il est démontré que l’intolérance vis-à-vis de l’allaitement en public décourage les femmes », explique Nathalie Gagnon.

Et son combat, elle l’a fait pour toutes les femmes, allaitantes comme non allaitantes. « Je voudrais que cet énoncé ne divise pas les femmes allaitantes des non allaitantes. Un biberon signe parfois une douloureuse tentative avortée d’allaitement et les mamans nourrissant leur bébé différemment de moi le font aussi avec amour et c’est surtout ce qui compte. Le retour en force de l’allaitement et le regard qu’on y pose ne devraient pas nous diviser en tant que femmes, mais bien nous unir, parce que ce qui m’est arrivé, et à d’autres certainement, est une discrimination fondée sur le sexe. »

Elle a raison. C’est au titre de la discrimination fondée sur le sexe qu’il est possible d’allaiter où bon nous semble; seules les femmes pouvant allaiter.

Mille bravos, Nathalie Gagnon! Car cela aurait pu toutes nous arriver, encore aujourd’hui, fin 2009...

Et vous, êtes-vous à l’aise d’allaiter en public?

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (9)

  1. Geneviève 26 octobre 2009 à 12 h 58 min
    Bonjour Marie,

    Pour ma part, je suis enceinte de mon 5e enfant, et comme pour les 4 autres je compte bien l'allaiter longtemps, à la demande et où que je sois au moment de la demande.

    J'ai allaité mes enfants sans gêne, parce que pour moi, c'est la chose la plus naturelle du monde que de donner le sein à son enfant. Est-ce que les gens sont choqués de voir une maman chatte allaiter sa portée de chatons (même au vu de tous, dans une vitrine de magasin!)? Non. Ils sont émerveillés, c'est tellement mignon! Alors, pourquoi est-ce que ça ne serait pas mignon, une maman qui allaite son petit?

    Le seul moment où j'ai été gênée, c'est lorsque ma petite dernière a dépassé les 18 mois et que le regard des gens se faisait insistant, voir outré, de me voir allaiter. Mais j'ai persisté. J'ai allaité Annabelle jusqu'à ses 2 ans, parce qu'elle le demandait encore et parce que je me sentais toujours heureuse de le faire...
  2. Geneviève D. 26 octobre 2009 à 19 h 16 min
    Ça ne fait pas des sorties longues, si l’on doit continuellement revenir à la maison pour nourrir bébé!

    Est-ce possible que la gêne de certaines mamans d’allaiter en public fasse qu'elle décide de passer au biberon? Par exemple, si l’on va au resto avec des copines, on a envie de nourrir notre bébé et de continuer à jaser. Si l’on ne se sent pas à l'aise de le faire, on n'aura pas envie de continuer bien longtemps...

    Pensez-vous qu’une mère qui est à l’aise d'allaiter en public, allaitera son bébé plus longtemps?
  3. nathalie gagnon 28 octobre 2009 à 13 h 43 min
    Bonjour,
    La question ci-haut s'adressait à qui? J'y réponds: oui, oui, oui!!!
    "Selon une étude de Reamer et Sugarman publiée en 1987, 74 % des femmes qui allaitent plus d'un an disent que la stigmatisation sociale et l'attitude négative de la société en général en ce qui concerne l'allaitement prolongé sont les principales difficultés qu'elles ont à affronter...
    L'allaitement est également influencé par des facteurs qui relèvent de l'environnement social. La présence de modèles pour les femmes qui allaitent, l'acceptation de l'allaitement en public et de l'allaitement de bambins, ainsi que l'abolition de la publicité des compagnies de substituts du lait maternel, sont autant d'éléments qui contribueraient à rendre le milieu plus favorable à l'allaitement maternel."
    http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2001/01-815-01.pdf
    La route est parfois parsemée d'embûches, mais elle vaut la peine d'être parcourue. Malgré le temps et l'énergie mis sur cette histoire, je me devais de la mener à terme.
    Nathalie Gagnon
  4. Joanne 29 octobre 2009 à 02 h 18 min
    Bonjour,
    J'allaite mon bebe qui a maintenant 6 mois et je la fais aussi bien en publique qu'a la maison.

    Je pense que l'allaitement est un geste naturel qui peut etre fait dans les endroits publique, mais de facon discrete. Il n'y a pas de raison a s'exposer de facon excessive... soulever son chandail et donner le sein ne necessite pas que l'on expose son sein au regard de tous et chacun.

    Il suffit d'un peu de bon sens!
  5. Nathalie F. 29 octobre 2009 à 05 h 08 min
    Bravo Mme Gagnon, et merci au nom de toutes les femmes!!

    J'allaite mon bébé de 14 mois toujours à temps plein (il n'a jamais bu d'autre lait que le mien), et j'avoue que j'aurais été complètement hors de moi de me retrouver dans votre situation ce jour-là. Qu'on m'empêche de nourrir mon enfant où je le désire dans un pays libre pour moi est un non-sens. Donner un biberon aurait été permis à la piscine, mais pas le sein?

    Qu'on laisse donc la nature être, bon sang. Je suis capable de vivre avec le fait qu'on me juge quand on me voit allaiter mon bambin, même si l'idée n'est pas agréable et que j'y pense quand je l'allaite en public. Mais jamais ça ne m'empêcherait de donner le meilleur à mon fils, et celui qui tenterait de m'en empêcher serait sûrement victime de mon instinct maternel "bouillonnant"!!
  6. Audrey G. 12 novembre 2009 à 01 h 56 min
    Bonjour,

    Premièrement, je tiens à féliciter Mme Gagnon d'avoir su maintenir sa position, je ne sais pas si j'aurais été capable d'en faire autant.

    Présentement, j'allaite mon petit garçon de 3 mois et je trouve parfois difficile de faire face aux regards désaprobateurs de mes amies et aussi des inconnus. Cependant, une fois que mes amies m'ont vues, leur opinion change. J'aimerais vraiment que l'opinion du public soit autre afin de pouvoir le faire naturellement, sans gêne.

    Je suis du même avis que Geneviève au sujet des chattes et de leurs chatons. De plus, tout le monde trouve naturel qu'une femme vive la maternité et l'allaitement est aussi naturel que la grossesse. Alors pourquoi ne pas avoir le même jugement à son sujet.
  7. Tina L 18 novembre 2009 à 23 h 44 min
    Je trouve cela tellement beau d'allaiter son enfant que ce sois en public ou en privé, et je trouve que les mamans n'ont pas a être gêner de donner le meilleur a leur bébé !
    J'ai dernièrement "replacer" un homme qui chialais envers une maman qui allaitais son enfant en plein public.. Mais dans un CLSC en plus. Je peux vous dire que l'homme en question c'est senti tres petit dans sa chaise lorsque j'ai eu fini avec lui, et les gens autour n'ont pas continuer a regarder la maman avec un regard plein de jugement.
    J'ai pas eu la chance d'allaiter pendant longtemps (3 mois le premier et 2 jours le 2ieme) mais je dois dire que c'est le meilleur sentiment que je n'ai jamais eu !!!Merci Mme Gagnon pour le pas que vous avez fait faire a la société !
  8. Marie-Marthe 20 décembre 2009 à 21 h 03 min
    C'est drôle quand même!

    Dans le précédent article traitant d'allaitement et de non-allaitement, on se permet le jugement gros comme le bras et le claquage de bretelles de «moi j'allaite et j'empoisonne pas mon bébé avec de la toxique préparation, avez-vous vraiment lu les ingrédients de ce que vous donnez à vos bébés?».

    Et ici, on se permet de citer une dame qui dit qu'elle fait un combat autant pour les mères allaitantes que pour celles qui n'allaitent pas. Bref, faites comme celles que je copie, pas comme ce que j'écris...

    Vos propos sont de plus en plus ridicules et pathétiques, c'en est désolant.
  9. Nathalie Gagnon 28 février 2010 à 04 h 00 min
    Les cas se multiplient. Voici ceux parmi tant d'autres dont je suis au courant:
    printemps 2009 à une piscine municipale de Terrebonne: une femme allaitant son bébé se fait demander d’arrêter parce que son lait est un liquide biologique dangereux! Après quelques semaines d’attente, le service des loisirs s’excusent.
    Automne 2009 à une piscine municipale de Montréal: une femme allaitant son bébé se fait demander d’arrêter et dire qu’elle est filmée!!!
    Automne 2009 dans un musée de Québec: une femme allaitant son bébé est expulsée d’une salle d’exposition. Rapidement, une lettre d’excuses est envoyée et la politique de l’endroit en faveur de l’allaitement, remémorée auprès des employés.
    Hiver 2010 dans un magasin de Trois-Rivières: une femme allaitant son bébé est priée de quitter sous la menace d’appeler la police. A suivre…
    http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/actualites/201002/24/01-954683-expulsee-dun-commerce-parce-quelle-allaitait.php

    Pour répondre à Marie-Marthe, je fais un parallèle avec le droit de votre des femmes: s'il avait fallu attendre après TOUTES les femmes pour se battre pour ce droit, on ne l'aurait jamais obtenu. Que j'ai le droit d'allaiter en public ne brime en rien ton droit de donner un biberon en public. Et je te rassure: je ferai la chasse aux sorcières de ceux qui pourraient se mettre à persécuter les femmes avec un biberon à la main. Ce symbole cache parfois un douloureux échec d'allaitement et personne ne peut dire exactement ce que contient le biberon.

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