Merci Donald!

Merci Donald!
26 août 2009

D’un côté, j’avais cet éducateur costaud en short et gougounes qui parlait et riait très fort dans la cour de la garderie; et de l’autre, cette éducatrice calme et posée, véritable douceur incarnée que toutes les mamans me recommandaient parce qu’elle avait été « fooooormidable » avec leur fille!

Il fallait que je choisisse le groupe de l’un d’eux pour la rentrée suivante de mon bonhomme. Dur dilemme. Quelque part sous mes jupes se cachait mon petit timide, plus à l’aise avec les baisers des fillettes que les accolades brusques et maladroites des petits garçons. Côté adulte, même scénario. Sa préférence allait aux éducatrices dans les bras desquelles il aimait se blottir. Alors évidemment, quand je lui ai montré le grand costaud qui s’agitait bruyamment dans le fond de la cour, il m’a murmuré à l’oreille : « Ze l’aime pas le monsieur, maman. Il a une grosse voix. » Le message était clair.

Pourtant, j’hésitais. À cause des mots de son éducatrice actuelle qui me trottaient dans la tête : « Choisis Donald. Il va l’aider à s’extérioriser, à prendre sa place parmi les garçons. » Quelque chose me disait qu’elle avait raison. Par moment, je sentais chez mon fils cette énergie typiquement masculine capable de soulever les montagnes, de transformer les bâtons en armes, d’écrabouiller les fourmis, d’effrayer 200 millions d’ennemis invisibles, de pousser des cris de Ninja à en rendre sourds les gens du quartier. Une énergie incompréhensible que j’avais tendance à étouffer parce qu’elle m’échappait, mais qui, j’en avais l’infime conviction, devait pouvoir s’extérioriser. Il fallait que je mette un homme là-dessus. Et puis, je savais que, durant son parcours scolaire, mon petit d’homme croiserait plus souvent des enseignantes que des enseignants. Je trouvais bien de lui offrir un modèle masculin. J’ai donc ignoré les craintes de la mère poule en moi (va-t-il le consoler s’il pleure? Va-t-il l’écouter? Et si c’était un pédophile!, etc.) et j’ai dit oui pour Donald.

Je pense que c’est l’un des plus beaux « oui » de ma vie.

Avec Donald, mon fils s’est épanoui. Il a appris à se bagarrer sans se faire mal, à fabriquer des épées de chevalier, à organiser des attaques de dinosaures. Il a bercé des poupées, chanté à tue-tête, fait des bricolages, mémorisé les jours de la semaine, dessiné ses amis, ri aux éclats, écouté des histoires de football, différencié les marques des autos, etc.  Quand la tension montait dans le groupe ou que le soleil ou la grosse bordée de neige faisait tourner la tête des petits vers la fenêtre, Donald arrêtait tout. Il mettait au diable la vie des planètes ou la façon de tenir un crayon et il emportait sa gang dehors. Au grand air, pour libérer leur trop-plein d’énergie et leur donner envie de croquer dans la vie à coups de liberté encadrée. Épanouis, les enfants aimaient se jeter dans les bras de ce costaud au grand coeur comme dans ceux d’un gros nounours.

Demain, mon petit garçon prendra le chemin de la maternelle. Grâce à Donald, il a gagné en assurance et en autonomie. Maintenant, quand je sens monter en lui ce fameux trop-plein d’énergie, au lieu de lui dire de se calmer le pompon, je le fais courir dans le jardin sans arrêt! Il devient champion du monde de course de testostérone et mes hormones ont la paix. Tout le monde est heureux!

Catherine Goldschmidt
Je suis une drôle de maman qui adore dénicher ou inventer des jeux simples et peu coûteux pour amuser les enfants.
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Commentaires (9)

  1. Barbara 27 août 2009 à 23 h 35 min
    Ton commentaire fait tellement de bien en cette période de rentrée où tout est chamboulé, nouveau professeur, nouvelle éducatrice...
    Retrouver ses repères, encourager ses enfants....
    Il me semble qu'on accorde parfois trop de crédit à la réputation de tel(le) éducateur(trice)- ou professeur(e) par rapport à tel(le) autre.
    Je l'avoue, je suis la première à m'inquiéter. On voudrait toujours le meilleur pour nos enfants, mais où est le meilleur ?
    Je m'efforce de freiner les jugements trop hâtifs, mais les discussions entre parents à la sortie de l'école ou de la garderie laissent parfois planer des doutes...
    J'ai été enseignante dans une autre vie, quand je n'étais pas encore maman... alors quand mon cerveau se met à bouillonner je me raisonne. Une réputation tient bien souvent à très peu de chose.
    Heureusement que les éducateurs et le personnel enseignant ont souvent le don de nous rassurer.
    À mon tour alors de dire Merci à Margareth et à Marie-Denise pour le temps qu'elles ont pris pour accueillir mon petit dernier et calmer mes inquiétudes de mère et celles de mon conjoint...


  2. Pakrik 28 août 2009 à 02 h 05 min
    C'est touchant au max. Merci Cathy pour ce beau témoignage.
  3. Rosette 28 août 2009 à 07 h 38 min
    Bon, je n'ai pas de garçon. Mais si j'avais eu à faire un choix, j'espère que j'aurais fait le même que toi... Sacha entre en CP et n'aura pas le choix : ce sera une maîtresse. Joli moment d'écriture en tout cas. Comme toujours. Ceci dit, qu'est qu'une "gougoune" ? :)
  4. ema 28 août 2009 à 13 h 15 min
    gougoune= tong
  5. Danny Raymond 28 août 2009 à 14 h 31 min
    Je pense que ton témoignage réconfortera aussi les inquiétudes des pères. Mon petit gars est particulièrement sensible. C'est tentant de le lancer dans les bras douillets d'une éducatrice ou d'une professeure. Mais il faut la présence d'un Donald, à un moment donné, pour lui apprendre à être lui-même: un gars, "moteur", qui court et se chamaille selon les règles. Merci Catherine, ça fait du bien d'entendre une femme privilégier le développement masculin.
  6. Catherine Goldschmidt 28 août 2009 à 15 h 04 min
    C'est vous qui me touchez avec vos commentaires! Merci!
  7. Sindy 28 août 2009 à 16 h 20 min
    Ou je travaille il y a deux hommes educateur! Quel bonheur!!! Ca reequilibre l'energie, justement, trop douce et cajoleuse. Les enfants ont aussi besoin de se tirailler, de parler fort, de l'energie vibrante et energique d'un homme. Meme si une educatrice est plus dynamique que ses collegues c'est jamais comme l'energie bien special des hommes... On auras beau dire il y a des differences entre les hommes et les femmes mais une choses reste la meme ceux qui travail avec les enfants c'est l'amour et la passion de voir ces petits bout de chous de developper dans le bonheur.

    Merci de ce temoignages... Je suis le genre d'educatrice a pousser les parents a faire ce genre de choix, provoquer un peu, permettre d'essayer du nouveau, qui developpera de nouvel choses chez nos enfants. ;)
  8. Brigitte 2 septembre 2009 à 20 h 00 min
    Mon garçon n'a eu que quelques jours un éducateur remplaçant à la garderie cet été et il m'a encore mentionné son nom récemment. Il est bien déçu de ne plus le voir.
  9. Catherine Goldschmidt 8 septembre 2009 à 02 h 59 min
    L'énergie des hommes est tellement différente. Elle n'est pas meilleure, elle est juste différente de celle des femmes. Dommage qu'il n'y en ait pas plus.

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