Jouets de gars, jouets de filles

Jouets de gars, jouets de filles
16 août 2009

Mon aînée a 4 ans; et son frère, 2 1/2 ans. Ils partagent une grande chambre où tous les jeux sont à leur portée.

Quand il le souhaite, mon fils a donc accès aux poupées, et ma fille a accès aux camions. Mais en pratique, c’est assez évident : mon fils n’est pas très porté sur les poupées, et ma fille ne passe jamais plus d’une minute à faire rouler le camion.

Cela dit, tous les autres jeux ont un succès commun : peinture, pâte à modeler, ballon, piano, cuisine, dînette, casse-têtes, avion, vélo… À leurs yeux, il y a donc bien plus de jouets « asexués » que de jouets « sexués ». Et tant mieux!

Mais voilà LA question : qu’est-ce qui fait que certains jeux restent l’apanage des filles, et d’autres ceux des garçons? La génétique, ou l’environnement social (famille, garderie, amis)? Les chercheurs en jasent depuis longtemps.

Ce qu’on sait, c’est que la différenciation des jeux se fait à partir de 2 ans ou 3 ans, âge où les enfants prennent conscience de la différence des sexes et où ils se mettent à imiter leurs parents. Fillette s’intéresse davantage aux robes, aux bijoux, au maquillage, au maternage, parce que sa maman le fait. Et comme papa, Fiston regarde de plus près les voitures, les boîtes à outils, le mécanisme des trains, des avions… 

Avant cet âge, n’y a-t-il vraiment aucune tendance? Eh bien si, figurez-vous. Dès 3 mois, les bébés commenceraient à différencier les jouets, viennent de découvrir la psychologue Geriane Alexander et son équipe du Texas. Ces derniers ont conduit une étude sur des bébés de 3 mois à 8 mois. Ils leur ont montré des poupées et des camions, à intervalles réguliers, et ont suivi très scientifiquement leur regard et la durée de leur attention.

Résultat? Les filles ont regardé la poupée significativement plus longtemps que les garçons, tandis qu’eux ont regardé le camion plus longtemps que les filles.

Est-ce que c’est parce que les camions étaient bleus, et la poupée rose? Et qu’à force de les habiller ainsi, ils connaissent les couleurs? L’étude ne le dit pas. Mais moi, c’est presque ma théorie… car 3 mois, c’est un peu jeune!

Une autre étude intrigante, réalisée en 2004 par l’institut ABC+, s’est intéressée à l’influence des parents sur le choix des jouets. Et là, on s’y retrouve.

On se rend compte que pour la plupart des parents, les stéréotypes concernant les enfants sont puissants. Un « vrai petit mec », c’est téméraire, bagarreur, têtu et espiègle. La « vraie petite fille » est coquette, charmeuse, capricieuse, calme et posée, mature, calculatrice, volontaire et indépendante.

On réalise aussi que les mentalités évoluent (un peu): de plus en plus, les parents acceptent de décrire leur garçon comme « un tendre », ou leur fille comme « un garçon manqué ». Loin d’en avoir honte (comme autrefois), ils en sont fiers.

Par contre, plusieurs attitudes n’ont pas changé. Et c’est bien dommage.

Par exemple, on approuve que les filles jouent aujourd’hui à des jouets ou des sports typiquement masculins (voitures, soldats, soccer…), mais il reste toujours tabou de laisser jouer les petits gars à des jouets ou des sports féminins : la dînette, les poupées, la danse… Surtout au-delà de 3 ans ou 4 ans.

Pourquoi? L’étude le dit clairement : « Il est frappant de voir dans le discours des parents comme le spectre de l’homosexualité persiste. Ils restent persuadés que s’ils ne transmettent pas une certaine virilité ou féminité à leur enfant, celui-ci est à haut risque de devenir homosexuel. » Et pourtant, elle le rappelle aussi : c’est un mythe!

Au contraire, interdire à un petit garçon de se déguiser en princesse ne peut qu’attirer son attention sur le fait que cela nous dérange. Et s’il veut de nouveau attirer notre attention, c’est cela qu’il refera.

Alors surtout, mon fils, continue à jouer à ta dînette, à faire le ménage et à bercer ta poupée : tu n’en seras qu’un meilleur homme à marier!

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (6)

  1. crazyvalou 18 août 2009 à 02 h 20 min
    Je trouve complètement ridicule les idées qu'un jouet est plus approprié pour une fille ou pour un garçon. J'ai une petite fille de 22 mois et entre une poupée et un camion, elle va définitivement faire rouler le camion. Mon frère avait 2 grandes soeurs, donc pas besoin de vous dire qu'il a jouer énormément aux barbies et à se faire habiller en fille. Rien a changer au fait qu'il est le gars le plus homme qu'y ne peut pas exister. Je crois que toutes ces histoires sont simplement dans la tête des parents. Ce sont eux qui peuvent créer un inconfort envers l'enfant en leur faisant croire que le jouet qu'ils ont n'est pas approprié pour eux. Je peux dire par expérience que certains parents veulent que leur fille soit poupée et leur garçon soit camion. Laissons les enfants être des enfants, ils auront tout le reste de leur vie à se trouver des problèmes!!!
  2. Eve 18 août 2009 à 15 h 45 min
    Je suis tout à fait d'Accord avec votre commentaire (crazyvalou) . L'enfance passe tellement vite, laissont nos enfants vivre leur enfance et jouer avec les jouets qu'ils veulent . Et franchement, je comprends pas pourquoi en 2009 les parents ont peurs que leurs enfants soient homosexuels. So What si mon fils me dit un jour qu'il aime les garçons , tant qu'il est heureux, moi je suis heureuse . Et surtout ce ne sont pas les jouets avec lesquels les enfants jouent qui fera une différence dans leur orientation sexuel.
  3. Marie Charbonniaud 19 août 2009 à 01 h 13 min
    Tout à fait d'accord avec vous les filles. Ces stéréotypes sont ridicules mais tellement puissants... il faudra plus d'une génération pour en venir à bout! Par contre, je pense qu'il y a effectivement des "types" de jeu que les garçons ou les filles préfèrent, car ils sont "mentalement" meilleurs pour ceux-là. Les gars sont très bons à se repérer dans l'espace, et cela explique qu'ils préfèrent les jeux qui se construisent dans "l'espace" (blocs, tours, circuits auto, légos motorisés, etc). Les filles sont excellentes dans les jeux de détails, où la mémoire est sollicitée. Mais ça ne se réduit à l'opposition stupide camion/poupée...
  4. Isabelle D. 21 août 2009 à 06 h 15 min
    Quand j'étais enceinte, j'étais déjà super motivée à élever mon futur enfant sans stéréotypes et c'était déjà certain que fille ou garçon, il ou elle allait avoir les mêmes jouets, incluant ballons, autos et poupées. J'ai eu un garçon (il a maintenant 21 mois)... et je constate que sans aucun encouragement de ma part, ni influence de son papa (car je suis monoparentale), il penche définitivement vers les ballons et les autos. Et ce qu'il aime de sa poupée, c'est son zizi, qu'il aime comparer au sien ! (J'avoue que j'ai quand même choisi une poupée masculine pour qu'il puisse s'y identifier...). Dans la rue, il "trippe" sur les camions, les avions, les bulldozers... Bref, je m'étonne et je me questionne. Et je pense de plus en plus que la masculinité ou la féminité, c'est à la fois inné (cerveau, hormonnes) et acquis (modèles, influence sociale). Au fait, j'y pense ! Mon fils aime aussi respirer les fleurs... et donner le biberon à sa poupée. Dans le fond, il est peut-être résolument un garçon... équilibré quant à ses intérêts !? Et comme parent, c'est sans doute ce que l'on doit chercher à encourager : que nos enfants soient curieux, ouverts à plusieurs univers, explorant divers horizons et non confinés dans des images, des activités ou des rôles tyoiquement masculins ou féminins... Et surtout, il faut les accepter et les aimer tel qu'il sont et tel qu'ils veulent être...
  5. Estelle 21 août 2009 à 12 h 23 min
    Mon fils de 2 ans a déjà 2 soeurs ainées lorsque le quatrième est arrivé. Par immitation, les filles "allaitaient" leurs poupées, et ce n'était pas rare que lui aussi réclamait une poupée, levait un petit bout de chandail et restait tranquille à "allaiter". Si tout le monde le fait, lui aussi! Ça nous fesait tous sourire ;)

    Malgré le nombre astronomique de poupées, déguisements et article de cuisine, il choisit majoritairement les camions ou tout ce qui roule. L'autre jour, il a eu la chance de monter dans un vrai tracteur, il était euforique ( comme une petite fille devant Cendrillon). Et ce n'était pas par immitation, c'était vraiment un jouet devenu réalité!
  6. Julie 3 novembre 2009 à 02 h 10 min
    Je suis de votre avis Isabelle D. il y a un mélange d'inné et de culturel dans tout ça. Une fondation génétique sur la quelle se construit une socialisation.

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