Garderies en milieu familial: une réputation à sauver?

Garderies en milieu familial: une réputation à sauver?
27 juillet 2009

Il faut bien le dire, les services de garde en milieu familial arrivent souvent en second choix, après les services de garde « en installation » (les CPE). Et lors de mon arrivée au Québec, il y a 6 ans, je me suis demandé pourquoi. 

« Moins bonne qualité », m’ont répondu les mamans (celles qui avaient obtenu une place en CPE). « Faut juste que tu tombes sur la bonne maison », m’ont dit les autres (qui avaient accepté un milieu familial par dépit). Seule une petite poignée d’entre elles en avait fait un premier choix. Elles voulaient quelque chose de douillet pour leur enfant, à taille humaine, avec une ambiance familiale. 

Heureusement qu’il y en a comme elles! me suis-je dit. Car le Québec compte près de 15 500 services de garde en milieu familial, contre 980 CPE...

Mais revenons au coeur du sujet : pourquoi cette mauvaise réputation?

D’abord, parce que les milieux familiaux dépendent beaucoup du statut économique et social du quartier. À Montréal, un milieu familial situé à Westmount n’offrira pas la même qualité qu’un milieu familial à Hochelaga-Maisonneuve.

Ensuite, parce que les éducatrices en milieu familial n’ont pas reçu la même qualité de formation. On exige d’elles une formation totale de 45 heures, plus 6 heures de perfectionnement par année, tandis qu’on exige des éducatrices en installation un DEC de trois ans en Techniques d’éducation à l’enfance (cégep).

Enfin, parce qu’à titre de travailleuse autonome, la responsable de milieu familial détermine directement, avec sa clientèle, les modalités de son service : horaires, nombre de jours de fréquentation, sorties et activités. Elle gère comme elle veut sa petite maison, organise les jouets comme elle le souhaite. 

Cela fait peur à beaucoup de parents. Pourtant, il faut qu’ils le sachent : ces dames reçoivent du soutien de leur bureau coordonnateur (notamment des ateliers de formation), mais aussi des contrôles de qualité. Le bureau coordonnateur effectue des visites à l’improviste, environ trois fois par année, pour vérifier la qualité du service, notamment en ce qui concerne la santé et la sécurité des enfants. 

Mais voilà la nouveauté : bientôt, ces travailleuses autonomes deviendront des salariées, au même titre que les éducatrices de CPE. Pourquoi? Grâce à leur nouveau droit à la syndicalisation, obtenu fin 2008. Une bombe dans le petit monde de l’enfance. 

Elles pourront donc obtenir des conditions de travail similaires à leurs collègues de CPE en ce qui concerne le taux horaire, les heures supplémentaires et les avantages sociaux (vacances payées, congés de maternité, prestations de retraite et de la Régie des rentes...).

Autant dire que leurs collègues de CPE ne voient pas forcément ça d’un bon oeil; elles qui se sont tapé 3 ans d’études avant de pouvoir postuler un emploi, et encore, sans certitude du résultat.

Et pour nous, est-ce que ça va changer quelque chose? « Logiquement, la formation et la compétence devraient également suivre », m’a répondu, il y a peu, la présidente de l’association québécoise des CPE. Bonne nouvelle!

Surtout que bientôt, je déménage en Montérégie. Et ce n’est pas avec les 40 000 enfants inscrits sur les listes d’attente de CPE (j’exagère un peu) que je trouverai une place en installation. 

Espérons que je me dénicherai un amour d’éducatrice, dévouée, pleine de bonne humeur, compétente et passionnée de son métier. Je suis sûre qu’il en existe des centaines, hein?

 

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (10)

  1. Dodinette 27 juillet 2009 à 14 h 47 min
    (le système des commentaires laisse un peu à désirer ici... on peut pas passer à la ligne !??) moi je fais partie de celles qui ont *choisi* le MF. parce que mes enfants étaient petits quand ils ont commencé la garderie. parce que venant d'arriver au QC j'étais déjà suffisamment confrontée à des préjugés en matière d'éducation et que je ne voulais pas que l'être à l'échelle "industrielle" des CPE installation. j'ai toujours été contente de mes nounous, et j'en ai "expérimenté" 4 en presque 4 ans aujourd'hui. par contre si un numéro 3 se pointait le bout du nez, je ferais tout ce que je peux pour une place en CPE, j'achalerais les gérants des listes d'attente, je copinerais avec les éducatrices au parc, n'importe quoi. pourquoi ?? tout simplement parce qu'en MF, tu es otage de la gardienne. elle décide de prendre congé ce jour-là ? ses vacances à tel moment inopportun ? de fermer une demi-journée à telle date (1/2journée travaillée = payable en entier...) ? etc. etc. tu n'as rien à dire, si tu fais mine de trouver qu'elle exagère, elle te lance qu'il y en a plein d'autres sur la liste d'attente. et avec seulement 2 semaines de vacances par an, quand votre garderie *ferme* 1 mois, vous vous retrouvez dans une sacrée galère pour organiser l'été des enfants...
  2. Lucie 27 juillet 2009 à 15 h 47 min
    Tu as raison Dodinette! J'espère que leur syndicalisation, leur apporteront des "devoirs" et pas seulement des droits...
  3. Marie Charbonniaud 27 juillet 2009 à 20 h 58 min
    Merci les filles pour vos réactions! Tu vois, Dodinette, je n'avais même pas réalisé le problème des vacances, à savoir qu'on pouvait se retrouver sans rien pendant un mois, n'importe quand.... Aïe aïe aïe! Ça confirme les réticences que j'ai déjà!
  4. Eve 29 juillet 2009 à 01 h 06 min
    bonjour, je vais avouer que le MF était mon deuxième choix mais je me doutais que je n'aurais pas vraiment le choix. En effet, j'ai inscrit mon fils sur les listes d'attentes des CPE mais il y avait 2 ans d'attente. Par contre, aujourd'hui je suis très contente. Elle s'occupe bien de mon fils et il semble bien l'aimer ( il a seulement un an, donc difficile d'évaluer mais il lui tent les bras pour se faire prendre lorsque nous arrivons). Bien entendu cela fait seulement un mois qu,il a commencer mais jusqu'à présent tout va bien. Pour les vacances, j'ai de la chance, elle ne prend pas de vancance l'été et elle nous avertit au moins un mois d'avance pour qu'on puisse s'organiser lorsqu'elle en prend. Je pense être tombé sur une très bonne éducatrice .
  5. Marie Charbonniaud 29 juillet 2009 à 13 h 24 min
    Tant mieux Ève, que cette chance dure!
  6. Isabelle 29 juillet 2009 à 18 h 54 min
    Moi aussi, je voulais a priori envoyer mon fils dans un CPE, pour qu'il bénéficie d'une structure bien établie, d'un encadrement bien rôdé, de belles installations et, surtout, pour qu'il y ait un contrôle des éducatrices... Je me suis inscrite sur une 50taine de listes d'attente et, plus de 2 ans plus tard, je n'ai reçu encore aucun appel. --- Finalement, j'ai trouvé une place en milieu familial. Et j'en suis très heureuse !! À tel point que même si un CPE m'appelerait maintenant, je laisserais mon fils avec sa gardienne actuelle ! Les installations sont peut-être moins élaborées, mais mon fils bénéficie de l'encadrement que je souhaitais, en plus d'une attention plus personnalisée. Et, après avoir discuté longuement avec l'éducatrice et l'avoir vue à l'oeuvre auprès des enfants, j'ai tout à fait confiance en ses compétences. De plus, savoir qu'elle est soutenue par un bureau coordonnateur m'a beaucoup rassurée. Dans le fond, on CHOISIT vraiment son éducatrice lorsqu'on opte pour le milieu familial, alors qu'en CPE on hérite de celle qui est désignée pour tel ou tel groupe. --- Mon seul regret est que fiston n'a pas autant d'amis potentiels qu'en CPE, étant toujours avec les même 5 enfants. Par contre, il faut mentionner l'intérêt de la formule multi-âges souvent caractéristique du milieu familial. Mon fils apprend beaucoup, autant des plus jeunes que des plus vieux. --- Finalement, je tiens à souligner que mon éducatrice est extraordinaire en ce qui concerne la flexibilité des horaires et les vacances. Je peux ammener mon fils le matin entre 7h30 et 9h, le nombre de jours que je désire par semaine. Pour les vacances, elle a une remplaçante que les enfants côtoient déjà une journée par semaine, alors la garderie n'est jamais fermée, sauf les jours de congés légaux ! --- PS. Quand mon fils aura 4 ans, je pense quand même l'inscrire en pré-maternelle, pour que le passage entre la garderie et l'école se fasse plus doucement...
  7. Amélie 31 juillet 2009 à 20 h 13 min
    Très intéressant comme articles, et les commentaires aussi! Je commence bientôt la recherche d'une garderie et tout indique que je devrai me tourner vers le MF...
  8. Sanaa 31 juillet 2009 à 20 h 25 min
    Il ne faut pas nier non plus que les milieux familiaux diffèrent d'endroits en endroit ou plutôt de gardienne en gardienne; je parle de mon expérience à moi lorsque je suis venue au Québec pour la première fois, j'ai paniqué parce que j'ai compris que pour trouver une place en CPE il fallait s'inscrire dans une liste d'attente qui pouvait se prolonger sur une durée de 2 ans ou plus, et j'ai commencé à chercher un milieu familial pour mes deux filles. Mais j'étais déçue de pas mal d'endroits (pas très propre, comportement de gardienne bizarre et sec vis-à vis de ces petits êtres. Mais finalement j'ai trouvé une personne très gentille avec une maison très bien aménagée et surtout très propre. Mes filles sont très épanouies chez elle.
  9. Caroline 2 septembre 2009 à 04 h 15 min
    Je n'ai pas cette chance....je me sens en otage...le MF ou va mon fils est ok sans plus....je suis sur la liste d'attente depuis 2 ans pour une place en CPE....et je suis loin d'en avoir une....je fais donc tous les jours le tour des parcs près de chez moi à la recherche de la "gardienne en MF" qui correspondera à mes critères....et attentes...(je ne demande pas la perfection)et qui par chance aurait une place de libre....Bonne chance!...je pense sérieusement à arrêter de travailler....on va se serrer la ceinture jusqu'à ce que mon fils commence l'école (encore 2 ans à attendre)...
  10. Marc 29 septembre 2009 à 17 h 20 min
    Autre point dont vous ne parlez pas dans votre article. En milieu familiale, les gens sont chez eux et peuvent donc continuer leur vie personnelle tout en ayant sous leur aile quelques enfant durant les heures de gardes. Je m'explique. Hier, j'ai été visité une garderie en milieu familiale dans mon quartier, la femme était très gentille, m'a présenté sa maison ainsi que son conjoint qui était présent à ce moment et qui l'aidait avec les enfants. Elle m'a ensuite affirmé, sans que je pose de questions, qu'elle "était la seule à changer les couches". C'est bien, cependant, ce n'est pas que j'ai quelque chose contre le conjoint, c'est tout simplement le fait de savoir que mon enfant est sous la garde "aussi" d'un conjoint, qui pourrait être un autre la semaine prochaine, et peut-etre un autre le mois prochain, en fait on a aucun controle sur qui se presente au foyer familiale durant les heures de garde. Dans un vrai CPE, les gens ont ete passe sous entrevue, et on ACQUIS le droit d'etre sur les lieux de travail, ce qui est selon moi, un monde de difference.

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