Vacances coupables

Vacances coupables
20 juillet 2009

À la une des actualités famille, cette semaine, on trouve évidemment le thème des vacances. Deux beaux mois de vacances, pour nos trésors, n’est-ce pas le bonheur?

Eh bien, pas vraiment, à en lire les chroniqueurs et les articles. On dirait que tous se sont passé le mot pour nous faire culpabiliser, ou du moins, nous rappeler qu’il y a de quoi culpabiliser…

Ça commence par le casse-tête des parents, chaque année, pour « caser » leurs enfants dans des camps de vacances. Je ne sais pas si vous le réalisez, mais statistiquement, plus de la moitié des enfants de 6 ans passent plus de temps avec un animateur de camp ou une gardienne qu’avec leurs parents. Et le tiers d’entre eux se fait garder tout l’été, ou presque.

Alors, forts de cette culpabilité, les parents se mettent à la recherche des meilleurs camps pour accueillir leurs enfants, des meilleurs entraînements de soccer, des meilleurs stages de musique, etc.

Autre facteur de culpabilité - qui découle du premier - : n’est-on pas en train de surcharger l’été de nos enfants? En effet, ils passent toute l’année à courir entre l’école, leurs devoirs et leurs activités parascolaires, puis nous, on leur en ajoute une couche pendant les vacances?!

Et vas-y que les psys se régalent et interviennent à la pelle. Pour nous dire :

- que les enfants ont besoin de « s’ennuyer »; 

- qu’il est nécessaire, parfois, de n’avoir aucun programme et d’organiser tout seul ses journées;

- que c’est l’occasion unique de jouer aux jeux accumulés depuis Noël, auxquels on n’a pas touché à cause de notre agenda de ministre;

- enfin, qu’à force d’organiser constamment leur emploi du temps, on en fait des êtres totalement dépendants de nous pour s’amuser, pas débrouillards pour un sou.

Et vlan, dans nos dents de parents!

J’avoue, j’avoue… je suis en bonne partie d’accord avec eux. Je suis pro « jeux libres », pro « désorganisation », pro « ennui ». Parce que, comme beaucoup d’autres chanceux, mes enfants reçoivent dans l’année toute la stimulation dont ils ont besoin, et sûrement plus.

En est-il de même pour les enfants des familles défavorisées? Pas sûr.

Beaucoup d’enfants de moins de 6 ans, pendant l’année, n’ont pas accès à des garderies de qualité à cause des listes d’attente interminables. Ils traînent chez eux, entre la maman surchargée par le dernier-né et le linge à ranger, et le papa parfois au chômage, collé devant la télé.

Ce sont eux, sans aucun doute, qui auraient grand besoin de camps de vacances, de football ou de stage de trompette.

Mais le triste paradoxe, c’est qu’ils n’en bénéficient pas. Ce sont les autres, dont l’emploi du temps est déjà bien garni, qui ingurgitent cette planification hyperactive tandis qu’ils auraient besoin de traîner… Je rejoins, ici, le constat de Marie-Claude Lortie, dans cette chronique que j’aime bien.

Enfin, cerise sur le gâteau de la culpabilisation : les vacances qu’on leur offre les feraient grossir! Oui oui, vous avez bien entendu.

Une étude canado-grecque, réalisée sur 180 enfants grecs pendant un an, révèle que pendant l’année scolaire, leur forme physique s’améliore et que leur embonpoint diminue, mais que pendant les vacances, ces deux mesures « stagnent ». La chercheuse, canadienne, prétend que ces données peuvent s’appliquer aux enfants canadiens.

Décidément, comme dirait Dolto, les parents auront toujours tort…

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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Commentaires (1)

  1. Isabelle D 24 juillet 2009 à 15 h 03 min
    Cet été ce sont des vacances de rêve. J'ai 4 enfants 7 ans 5 ans 2 ans et 1 an, nous avons passé 3 semaines en Suisse et depuis notre retour tout est bien calme à la maison, et les enfants semblent plus heureux que jamais! La seule ombre au portrait est mon retour au travail après 2 ans de congé de maternité. Nous nous posons la question est-ce que nous voulons vraiment rentrer dans la roue du métro, boulot, dodo, bains, devoirs, ...??? Et l'impact d'un travail a temps plein fait que nos enfants seront en garderie à temps plein et l'été il y aura du camp de jour pour les 2 plus vieilles. C'est bien faire de l'argent mais à quel prix? Comprenons nous, avec 4 enfants il n'y aura pas grand temps pour les loisirs. Mais comment rester en même temps sur le marché du travail, mon idéal serait de travailler 1 journée par semaine. Finalement, la garderie dans tout ça. C'est un facteur très déterminant dans notre décision, plusieurs RSG en milieu familial (pas la majorité mais bon) on une piètre estime des parents qui se démènent pour le bien de leurs enfants, plusieurs reçoivent des commentaires désobligeants de leur part. En 2009 ce n'est pas facile d'être parent, il faut être parfait au travail, avec nos enfants, la garderie et nous là dedans quel est notre rôle à part de se faire juger par l'un ou l'autre.??

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