Parents indignes sous surveillance

Parents indignes sous surveillance
8 juin 2009

Faut-il interdire aux adultes de fumer dans leur voiture, quand ils ont des enfants mineurs à l’intérieur? Cette mesure nous aurait semblé complètement insensée dans les années 60.

À cette même époque, non seulement on fumait en voiture, fenêtre baissée, avec nos enfants, mais aussi dans les ascenseurs, les avions, les cinémas, les salles de réunions, les chambres des enfants. Côté sécurité, on ne s’inquiétait nullement de jeter le couffin de notre nouveau-né sur la banquette arrière, dès la sortie de la maternité. Les parents roulaient sans ceinture aussi, les motocyclistes sans casque, les cyclistes sans rien du tout… Bref, une belle époque d’insouciants.

Il y a deux semaines, au Québec, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, annonçait son projet d’interdire aux fumeurs de griller une cigarette en voiture, s’ils transportent des enfants mineurs. Ce serait la quatrième province à le faire, après la Nouvelle-Écosse, en 2008, l’Ontario en janvier dernier, et la Colombie-Britannique.

Qu’en disent les Canadiens? Selon un sondage réalisé par la Société canadienne du cancer, 82 % sont favorables. Du côté des fumeurs, 69 %. Quant à moi, je la soutiens à 150 %. Comment ne pas vouloir protéger des petits, otages d’une fumée toxique dans quelques mètres carrés et parfaitement impuissants, quand on sait que cette fumée est 27 fois plus importante dans une auto que dans une résidence occupée par un fumeur?

La seule question que cela soulève, le ministre le sait, c’est la question des libertés individuelles. Il s’attend déjà à des contestations. En effet, au nom de la santé aussi, pourquoi ne pas interdire également aux parents de fournir à leurs enfants des sodas surdosés en sucre ou des repas saturés de gras, qui leur prédisent à coup sûr un surpoids problématique et des maladies coronariennes, avec tout ce que ça coûte à notre système de santé!

Bien sûr, cela serait impossible en pratique. Il faudrait mettre un policier à côté de chaque réfrigérateur. Mais… interdire carrément ces aliments, pourquoi pas? Puisqu’ils n’apportent à l’organisme que des problèmes et rien de nutritif? Des fois, je me prends à y rêver. Je me reprends vite, en me disant que ces pensées frôlent l’État totalitaire...

Du 25 au 31 mai, c’était la semaine Sécurijeunes. L’organisme canadien, voué à la protection des jeunes, a consacré cette semaine de sensibilisation à la sécurité des produits domestiques. Il a rappelé que, chaque année, en moyenne, 9 000 enfants se blessent à la suite d’une chute (ou en chutant) de meubles, de téléviseurs, ou d’appareils électroménagers. De même, entre 1990 et 2007, 5 403 enfants ont chuté de leurs lits superposés.

Alors… faut-il aussi interdire les lits superposés, tout comme on a déjà interdit les marchettes? Faut-il obliger à fixer les bibliothèques et les étagères au mur? Ou encore, faut-il interdire les ballons de fête en caoutchouc (vous savez, ceux qu’on gonfle à l’hélium), puisqu’ils mènent immanquablement à la mort par étouffement lorsqu’ils sont avalés par les bébés? J’ai appris cela en interrogeant un médecin des urgences pédiatriques. Je n’y aurais jamais pensé. Les débris de ballons se coincent dans leurs petits poumons, sans possibilité de ressortir.

Bref, jusqu’où faut-il aller dans les interdictions pour protéger nos amours? Telle est la question…

Marie Charbonniaud
Journaliste indépendante et mère de 3 enfants, je jette un regard à la fois critique et maternel aux questions d’actualité touchant à la famille.
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