Des oiseaux et des ogres

Des oiseaux et des ogres
Par Stéphanie Côté, Nutritionniste
5 juin 2009

Parfois, il vide le contenu de son assiette et en redemande. D’autres fois, il creuse des tunnels dans sa purée de pommes de terre plutôt que de manger. Un enfant a tantôt un appétit d’oiseau, tantôt une faim d’ogre, et c’est normal.

Dès la naissance, un bébé a la capacité de boire (et plus tard, de manger) en fonction de ses besoins et de son développement personnel. Il est « programmé » pour cela. Notre rôle, comme parent, c’est de lui fournir ce dont il a besoin, sans tenter de le contrôler ou d’ignorer son instinct. Au contraire, il faut faire en sorte qu’il conserve ce précieux réflexe. S’il dit – ou vous fait savoir d’une autre façon – qu’il n’a plus faim, il ne faut pas insister. Restreindre les aliments n’est pas souhaitable non plus.

En fait, toute pression est à éviter, car elle interfère avec l’écoute – innée – des signaux de faim et de satiété. Dans certains cas, un enfant souhaiterait faire plaisir à ses parents et obéirait à leur consigne de terminer son repas. Dans d’autres cas, un enfant s’y opposerait par simple désir de décider par lui-même… ou de contredire! Dans les deux cas, la situation amène le petit à ignorer les signaux que lui envoie son corps. À long terme, ce phénomène augmente les risques de souffrir d’un problème de poids.

Il existe un principe que l’on nomme « le partage des responsabilités ». C’est la nutritionniste et psychothérapeute experte en alimentation de l’enfant, Ellyn Satter, qui l’a défini. Il se résume comme suit :

Les parents décident du menu, de l’endroit et de l’horaire des repas; leurs responsabilités sont le quoi, le où, et le quand.

L’enfant décide de la quantité de nourriture qu’il mange; sa responsabilité est le combien.

Suivant ce principe, les parents encadrent, plutôt que contrôlent. Ils préparent des repas équilibrés et laissent à l’enfant la possibilité d’avaler ce qu’il veut… même si ça signifie parfois « presque rien ». Attention, certains parents ont l’impression que leur petit ne mange pas assez, mais ce sont peut-être les collations trop près du repas ou encore le grand verre de jus ou de lait peu de temps avant de passer à table qui lui coupent l’appétit. N’oubliez pas que le cadre à fournir inclut un horaire de repas et de collations plus ou moins régulier. Ça sécurise l’enfant et ça lui apprend à patienter. Le garde-manger n’est pas un dépanneur ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7!

Et puis, pour dédramatiser, projetez-vous dans 15 ans, lorsque votre ogre d’adolescent dévalisera le réfrigérateur et vous coûtera une fortune en épicerie. Vous sourirez en pensant que son appétit d’oiseau vous a déjà inquiété!

Stéphanie Côté, Nutritionniste
Nutritionniste et maman de 2 enfants, j'ai un intérêt particulier pour l'alimentation des petits. Conseils enrichissants et anecdotes savoureuses sont ici au menu chaque mois!
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Commentaires (2)

  1. Julie 9 juin 2009 à 14 h 48 min
    Merci de me rassurer... et de me faire rire. Mon petit de 2 ans mange très peu ces temps-ci et je dois avouer que j'ai tendance à dire oui à toutes ses "demandes alimentaires" pour être certaine qu'il ne manque de rien. Je vais corrgier la situation...
  2. Catherine 10 juin 2009 à 02 h 15 min
    Je découvre de blogue aujourd'hui, quelle mine d'informations ! Je n'ai pas encore d'enfants, mais j'ai deux filleuls que j'adore qui ont un an et trois ans, alors ces billets me touchent particulièrement. Le principe du "partage des responsabilités" me semble judicieux. Je n'avais jamais vu la chose de cette manière. Merci de me faire réfléchir !

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