Portraits de parents

Portraits de parents

Quel type de parent êtes-vous?

Pas facile, dans le tourbillon familial quotidien qui nous emporte, de nous arrêter un peu sur nous-mêmes. Pourtant, il faut bien se demander : quel parent sommes-nous? Est-on plutôt du genre relax, autoritaire, surprotecteur ou obsédé par la performance de notre enfant? Passe-t-on d’un style à l’autre? Allez hop, aujourd’hui, on s’analyse!

Apprendre à mieux se connaître

L’an dernier, la Ligne Parents a reçu 16 628 appels. Un véritable succès pour ce service téléphonique, gratuit et confidentiel, offert depuis maintenant 25 ans. Or quelles sont les raisons principales des appels? « Le rôle parental et les règles de vie à l’intérieur de la famille », déclare l’intervenante sociale Caroline Palardy.

« Les parents se demandent : Est-ce que je fais bien cela? Est-ce que j’ai raison d’imposer cette règle? » Peu de parents se reconnaissent un style particulier. La plupart s’interrogent d’abord sur un point précis. Au fil de la discussion, une tendance émergera : permissive, autoritaire ou surprotectrice. L’important, ce n’est pas l’étiquette : c’est d’arriver d’abord à mieux se connaître, soi et son enfant.

Voici donc ses conseils.

  • Prendre conscience de son style parental
    Le style que vous adoptez correspond-il au parent que vous voulez être? « Si une règle familiale ne fonctionne pas, c’est peut-être parce que cette règle n’est pas cohérente avec nous-mêmes, avec les valeurs que nous véhiculons, explique Caroline Palardy. Si un parent exige le respect de ses enfants, mais qu’il dénigre le reste de la famille devant eux, il devrait travailler sur sa cohérence. Ou s’il se trouve trop autoritaire, on essaiera de se demander pourquoi il l’est autant. »
  • Adapter son style parental à son enfant
    Nos attentes concernant le développement de notre enfant sont-elles réalistes? « Au début de chaque appel, on demande l’âge de l’enfant, afin de situer son développement moteur, physique, sexuel. Cela va déterminer beaucoup de choses et expliquer de nombreux comportements de l’enfant », poursuit Caroline.

Le style du parent devra également s’adapter au tempérament de l’enfant. « Par exemple, le style autoritaire sera beaucoup moins efficace avec un enfant confrontant qu’avec un enfant naturellement coopératif. Au sein d’une famille, cela explique qu’un même style éducatif ne fonctionne pas pour tous! », explique-t-elle.

  • Ajuster ses valeurs à celles de son partenaire
    Parfois, la difficulté ne vient pas du style lui-même, mais du fait que les parents adoptent des styles différents. Exemple : la maman est surprotectrice et permissive, tandis que le papa est autoritaire sur les mêmes sujets. « Il faudra alors s’efforcer de devenir complémentaires et complices », conseille l’intervenante. Pour cela, pas besoin d’aller contre sa nature : au contraire, il est bon que les styles parentaux s’équilibrent entre eux.

Par contre, les valeurs véhiculées devraient être les mêmes en ce qui touche les règles de vie pendant les repas, les heures de coucher, le respect, etc. « Un enfant peut s’adapter à différents styles, tant que les règles de bases sont claires », explique Caroline Palardy.

Et vous, quel type de parent êtes-vous?

Pour la plupart, nous sommes « un peu de tout ». Et cela fonctionne bien ainsi. Mais parfois, rien ne marche plus. C’est alors du côté de notre style parental qu’il faut peut-être se pencher. Le psychologue François Dumesnil, auteur de Parent responsable, enfant équilibré, rencontre quotidiennement de nombreux parents qui se remettent en question, à l’hôpital Rivière-des-Prairies.

Les problèmes apparaissent quand un style parental devient omniprésent, dit-il. Ou, au contraire, quand le parent ne respecte soudainement plus ce style. Il faut alors se réajuster. Bonne nouvelle : si vous vous en inquiétez, c’est que vous êtes déjà un parent concerné, non pas décrocheur. D’ailleurs, tous les parents dont nous parlerons plus bas sont souvent des parents aimants. Ils sont juste « un peu trop comme ça », au détriment de l’équilibre de leur tout-petit.

Le parent permissif

Qui est-il?

« On devient un parent trop permissif souvent pour 2 raisons », a observé Francois Dumesnil. « Soit parce qu’on est en quête d’affection et qu’on espère recevoir de son enfant tout l’amour qu’on n’a pas reçu nous-mêmes. Soit parce qu’on est contre toute forme d’autorité, en réaction à l’éducation trop stricte qu’on a reçue. »

Dans le premier cas, le parent n’est pas capable de s’opposer, de peur de ne pas être aimé. Dans le second, le parent confond fermeté et oppression; il idéalise le rôle de parent. Ce dernier va fréquemment exiger des éducateurs qu’ils soient aussi permissifs que lui, et se sentira heurté par la moindre punition à son enfant, remarque François Dumesnil.

Enfin, à côté de ces 2 grandes catégories, il faut ajouter le « parent-ami ».

« Le parent-ami est permissif, car l’autorité est tout simplement en contradiction avec son statut d’ami. » Parmi ses traits les plus fréquents : il se fait parfois appeler par son prénom, veut être le partenaire privilégié des jeux de son enfant, organise pleins de fêtes d’enfants, et n’hésite pas à lui confier ses états d’âme, en plus d’être son confident.

Quels risques pour ses enfants?

Devant un parent en quête d’affection, l’enfant a l’impression qu’il est plus important que le parent, et que son parent a plus besoin de lui qu’il n’a besoin de son parent. Donc, quand il aura des besoins à satisfaire, il se tournera vers d’autres. Le parent « ami », au lieu de renforcer le lien parent-enfant, aura l’effet inverse : ses comportements vont mettre une distance entre lui et son enfant. Ce dernier aura le sentiment que le parent n’est pas au-dessus de lui, mais à côté de lui, tout comme un simple ami ou un de ses éducateurs. Du même coup, il va mépriser le parent, qui n’aura pas acquis « le droit » d’être une autorité.

« Dans tous les cas, avec un parent trop permissif, l’enfant ne sent pas dirigé et devient vite mal dans sa peau, impulsif, même agressif. Il démontre de l’insécurité et de l’immaturité, et essaie de se rassurer, notamment en prenant les choses des autres, en voulant leur prouver que c’est lui le meilleur; mais il démissionne facilement devant l’effort », constate François Dumesnil.

Les correctifs à apporter

Il faut cibler la source de cette permissivité. « Si c’est parce qu’on cherche à tout prix l’affection de son enfant, ce n’est pas bon, car l’enfant est là pour en recevoir beaucoup plus que pour en donner. Il veut être guidé pour devenir meilleur », insiste le spécialiste.

Le parent-ami, de son côté, aurait intérêt à se repositionner « au-dessus » de l’enfant, plutôt qu’à côté. « Le parent ne doit pas jouer avec son enfant, mais faire jouer son enfant. Être un entraîneur, pas un co-équipier. » Et, de façon générale, il lui faudra faire preuve de plus de fermeté, notamment grâce à de petites conséquences quand l’enfant va trop loin.

« Expliquez cette conséquence, une fois que l’enfant est calmé. Si c’est un retrait dans la chambre, commencez à compter lorsque l’enfant commence à vouloir sortir de sa chambre. Sinon, 10 minutes comptées d’office pour un enfant qui adore sa chambre, c’est presque une récompense! », précise t-il.

L’expérience d’André-Philippe et Loukas (4 ans)
« En me comparant aux autres parents, c’est vrai que je laisse à mon fils beaucoup de liberté. Que ce soit dans le jeu, dans notre maison ou à l’extérieur. Je le laisse prendre ses propres risques, voire se faire mal dans des limites raisonnables, mais il sait que je suis là en filet de secours. À la maison, il peut toucher à presque tout, car je veux qu’il puisse s’amuser tout seul. Du coup, Loukas est plus réticent à la discipline : il sort parfois de table sans demander, saute sur les divans, ou je le surprends avec un doigt dans le nez. Cela exaspère certains amis. Mais sur bien des points, il a plus confiance en lui que les autres enfants de son âge. »

Le parent autoritaire

Qui est-il?

Tandis que le parent permissif a tendance à expliquer sans agir, le parent autoritaire agit sans expliquer, résume François Dumesnil. Il y a problème quand le parent devient autoritaire pour répondre à ses propres besoins, et non à ceux de l’enfant. « Par exemple, si l’enfant dérange, le parent lui demande de se taire, mais ne se demande pas si, dans le contexte, c’est normal que son enfant soit bruyant. Ou alors il regarde son émission, mais ne laissera jamais l’enfant regarder la sienne. »

Parmi les autoritaires, il y a aussi les parents qui ont des exigences démesurées par rapport au stade de développement de l’enfant : au plan de la propreté, de la politesse, du rangement.

Quels risques pour ses enfants?

L’enfant bien encadré vit des frustrations subjectives. Par exemple, il ne peut pas toujours parler, mais comprend vite qu’il y a un ordre à respecter. L’enfant du parent autoritaire, pour sa part, vit des frustrations objectives : il voit que le parent est centré sur lui-même, et ne comprend pas le sens des interdictions. « Il va donc croire qu’il n’est tout simplement pas important », explique François Dumesnil.

Ce comportement parental va donner un enfant contrôlé, peureux, avec une faible estime de soi. Lorsque le parent a des exigences démesurées, il crée beaucoup d’anxiété. « L’enfant sent qu’il n’a plus le droit d’être ce qu’il est, et n’est jamais sûr de ce qui va arriver. »

Les correctifs à apporter

Il faut évidemment lâcher du lest, puis se recentrer sur les besoins de son enfant. « Malheureusement, ces parents se remettent rarement en question avant l’adolescence, quand il est déjà trop tard », constate le psychologue. Avant, ils jouissent de leur pouvoir physique et l’enfant est totalement contrôlé, donc les problèmes ne se font pas sentir. « Puis, du jour au lendemain, ils ont l’impression qu’ils ne sont plus écoutés. C’est alors trop tard : l’intimité n’aura jamais été établie, donc le parent n’aura pas plus de poids que n’importe quel autre intervenant aux yeux de l’enfant, pour rectifier le tir », prévient le spécialiste.

L’expérience de Mélanie avec Liana (2 ans) et Zachary (6 ans)
« Mon conjoint me trouve autoritaire, simplement parce que, lorsque j’impose une règle après avoir pesé le pour et le contre, c’est ferme et non négociable. Mais ces règles ont un sens pour eux. Par exemple, quand Zachary rentre de l’école, je lui laisse 30 minutes de jeu ou d’ordinateur pour se défouler, puis nous passons aux devoirs. Je suis alors exigeante sur la concentration, bien plus que sur la performance. À table, jamais de télé : on discute, on mange, et on ne quitte pas la table sans demander. Et le dodo, c’est 20 h, pas plus. Les conséquences? Quelques minutes dans les marches d’escalier, pour réfléchir. Un endroit plus neutre que la chambre, selon moi. Mais, à côté de ça, nous sommes pleins d’amour, et les enfants semblent très heureux. En tout cas, ils ne sont jamais rancuniers! »

Le parent surprotecteur

Qui est-il?

Convaincu que le monde environnant est menaçant pour son tout-petit, le parent surprotecteur ou « couveur » met l’accent sur la protection à outrance. Parmi ses quelques traits : il imagine souvent les pires scénarios lorsqu’il est loin ou fait garder son enfant; il fait souvent les choses à la place de son enfant; il prend son parti même quand celui-ci a tort; l’excuse facilement pour lui éviter les frustrations ou difficultés.

Quels risques pour ses enfants?

« Si l’impression que le monde est dangereux a été communiquée à l’enfant, et même si le parent a eu des bonnes raisons de penser cela, l’enfant va devenir anxieux, sans trop savoir pourquoi. Ses parents me l’amèneront, par exemple, pour des cauchemars; parce qu’il ne veut pas laisser sa mère à la garderie; ou parce qu’il est très timide avec ses amis », relate le psychologue. Le parent surprotecteur se remet rarement en question de lui-même. Ce sont plutôt les conséquences visibles sur son enfant qui l’alarmeront.

Les correctifs à apporter

Il suffit de réaliser que si l’enfant est ainsi, c’est parce qu’on lui communique notre anxiété au lieu de le protéger vraiment. « Une remise en question parentale lorsque l’enfant est en bas âge aura un très bon impact », rassure le psychologue.

L’expérience de Marie-Josée avec Adam (3 ans) et Jacob (6 ans)
« Un peu inconsciemment, j’ai surprotégé mon premier fils, Jacob, pour lui éviter les peines et les difficultés. Comme il était réservé et timide, nous l’avons conforté dans sa nature. Par exemple, il a toujours eu peur de l’eau, mais au lieu de le jeter une bonne fois pour toute dans la piscine avec son petit frère, nous avons respecté sa peur. Je lui ai également expliqué trop de détails sans importance, par exemple en verrouillant la porte le soir. Du coup, il me posait plein de questions sur les risques, les voleurs.
« Avec Adam, à qui j’ai laissé plus de latitude en tant que deuxième enfant, j’ai vu une nette différence de tempérament. Adam a acquis plus de confiance en lui, que ce soit à la garderie ou dans les jeux. J’ai alors pris les choses en main avec Jacob : je l’ai inscrit au gymnase, je lui ai acheté des patins, et le laisse faire tout seul. Je sens qu’il est fier et ça lui donne confiance. »

Le parent aliénant

Qui est-il?

On retrouve dans cette catégorie le parent obsédé par la performance de son enfant au sport, à l’école, en musique, ou dans toute autre activité qui implique des résultats. Une variante : le parent qui impose des valeurs très exigeantes à son enfant, pour qu’il soit, par exemple, très écologiste, ou altruiste. Dans ce dernier cas, le parent dit à son enfant : « Toi, tu n’as pas de besoins, tu dois donner tes choses aux autres, parce nous sommes au dessus de ça », etc.

Quels risques pour ses enfants?

En agissant ainsi, le parent exige finalement que l’enfant soit autre chose que ce qu’il est, pour satisfaire ses propres désirs.

« L’enfant devient le porteur de l’idéal du parent, et sent une pression importante puisque, s’il n’est pas le meilleur ou tel comme on lui demande d’être, il n’est personne. Ce qu’il est pour de vrai n’est pas pris en compte », explique François Dumesnil.

Puisque ce type de parent se remet rarement en question, le psychologue verra plutôt arriver ces enfants à l’âge adulte, en thérapie. « Dans le cas du parent obsédé par l’altruisme, non seulement son enfant se sent quelqu’un de mauvais dès qu’il a des besoins; de surcroît, devenu adulte, il sera quelqu’un qui donne tout à tout le monde, mais n’a jamais été heureux, puisqu’il s’oublie. S’il tient compte de lui-même, il se culpabilise », explique-t-il. L’enfant guidé par la performance deviendra pour sa part un adulte qui a toujours vécu à côté de lui-même, à côté de ses vrais rêves.

Les correctifs à apporter

« Là encore, il faut rectifier l’éducation le plus tôt possible et oser se remettre en question », conseille François Dumesnil. Ce qui n’est pas évident, puisque, à la base de sa démarche, ce parent pense bien faire. L’enfant doit pouvoir faire les activités qu’il aime, les passe-temps de son âge, et ne pas subir la pression de la performance, en dehors de celle qu’il s’impose naturellement.

L’expérience de Mélina avec Laurie-Anne (5 ans) et Henry-William (3 ans)
« J’ai été moi-même très bonne élève. Depuis que Laurie-Anne est en maternelle, je suis moi-même découragée par mes propres exigences! En fait, je suis très exigeante sur les efforts et la concentration. Chaque soir, nous travaillons sur son défi du mois, une feuille à compléter donnée par sa classe. Ce mois-ci, elle doit apprendre à écrire son nom, savoir les parties du corps, le téléphone d’un ami, ou encore faire ses lacets... ce que nous avons beaucoup répété! Durant nos temps libres, nous lui apprenons des choses plus complexes, qui nous passionnent personnellement : mon conjoint lui parle d’astronomie ou d’histoire... Puis, chaque session, elle choisit une activité sportive différente : soccer, ballet, etc. Elle semble parfaitement à l’aise avec tout ça, et ce qui me motive, c’est qu’elle a une grande soif d’apprendre : ses yeux s’illuminent lorsque nous lui expliquons des choses. On voit qu’elle aime ça. »

 

Naitre et grandir.com

      Source : Magazine Bien grandir, mai 2007
      Rédaction : Marie Charbonniaud
      Adaptation web : Équipe Naître et grandir

 

Ressources

  • Ligne-Parents : Confidentiel et gratuit, offert partout au Québec, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Montréal : 514 288-5555; extérieur : 1 800 361-5085
  • Ligne Éducation-coup-de-fil: Service offert depuis 1983 à toutes les familles 514 525-2573 ou 1-866-329-4223 www.education-coup-de-fil.com
  • Ateliers de « parents entraîneurs » Formation à l’intention des parents donnée dans plusieurs régions par Claire Leduc, travailleuse sociale. www.apcfq.com (450) 653-5473.
  • L’encyclopédie sur le développement des jeunes enfants
    Cette Encyclopédie publiée sur Internet est accessible gratuitement. Elle couvre des thèmes traitant du développement psychosocial de l’enfant, de la conception à cinq ans, et présente les connaissances scientifiques les plus récentes. Les messages à retenir sur chacun des thèmes, présentés dans un format pratique, sont destinés aux parents et aux intervenants. www.enfant-encyclopedie.com

Références

  • DUMESNIL, François. Parent responsable, enfant équilibré. Éd. de l’Homme, 2004.
  • DUCLOS, Germain et Martin DUCLOS. Responsabiliser son enfant. Éd. de l’Hôpital Sainte-Justine, 2005.
  • WYCKOFF, Jerry et Barbara-C UNELL. Se faire obéir des enfants sans frapper et sans crier. Éd. de l’Homme, 2005.
  • REID, Louise. Guérir l’anxiété de nos enfants, sans médicament ni thérapie. Quebecor, 2006.
  • GANNAC, Anne-Laure. Mère-fils, l’impossible séparation. Marabout, 2006.

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